L* ADMINISTRATION FINANCIÈRE DU TEMPLE DE DELPHES
rêt de leur histoire financière est dans la succession des tentatives pour arriver à la centralisation. On les voit à Athènes établir l'unité de la recette, par l'institution du collège des apodectes, mais ils maintiennent encore la multiplicité des payeurs-. Ailleurs, comme à Delphes, les deux offices de payeur et de receveur sont réunis dans les mains des naopes, par exemple, mais à côté d'eux, il y a d'autres trésoriers.
Les tentatives de centralisation ne sont pas poussées jusqu'au bout. Dans chaque bureau subsiste la séparation des caisses. Les recettes entrent suivant leur nature ou leur date dans des caisses différentes. Nous devons nous représenter le coffre-fort de chaque receveur, quand il y en a plusieurs, divisé en un certain nombre de cases où il dépose les espèces qu'il reçoit, ou sous le même aspect que le trésor de Délos où sont rangées des jarres, dont chacune contient une certaine sopime.
Le receveur, quand il est en même temps i)ayeur, puise selon les besoins dans une de ses caisses ou dans plusieurs et il tient note à part de toutes les opérations relatives à chaque caisse.
Sa comptabilité offre donc un aspect singulier. Elle manque d'unité comme toute le reste. Il note ce qu'il met dans une caisse, ce qu'il en retire. Il ne tient pas une comptabilité générale; mais une série de comptes de caisse particuliers, qu'il faut additionner, si l'on veut avoir le résultat total.
Le résultat final de chaque receveur-payeur est facile à établir. Dans son livre-journal, les recettes et les payements sont inscrits à part pour chaque caisse ; mais il peut dresser un compte de gestion où toutes les opérations sont alignées et qui fera ressortir le solde qui lui reste dans toutes ses caisses.
Mais, insistons-y, dans le livre comme dans le compte de gestion, on ne trouve que des comptes de caisse, particuliers dans le premier, généraux dans le second. Chaque receveur-payeur ne tient note que des espèces qu'il a réellement pa3'ées ou. reçues ; il n'écrit pas un payement fait pour lui par d'autres fonctionnaires.
Il en résulte que si l'on veut établir par chapitres la
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comptabilité générale de l'État ou d'une administration publique, on se heurtera aux plus grandes difficultés. Il faudra dépouiller tous les comptes de caisse des fonctionnaires qui ont effectué des payements, en faire dos extraits et les grouper par articles. Il en sera de même si l'on veut savoir combien a coûté un monument public, puisque les éléments de ce compte sont dispersés dans plusieurs comptes de caisse.
Ce qui complique encore ce ti'avail, c'est le rôle assigné aux magistrats qui ont la garde d'une partie des fonds de l'administration. Bien qua simples déj)Ositaires, ils peuvent payer valablement les mandats émis sur leur dépôt.
J'ai essayé de déterminer d'après ce qui précède le caractère des différentes pièces de comptabilité que nous possédons.
Ainsi, I" l'inscription de l'Asclépieion d'Epidaure représente un compte général de dépenses dont les éléments ont été tirés des comptes des différents receveurs payeurs: elle avait avant tout pour but d'apprendre aux visiteurs combien le temple avait coûté.
2" I^es comptes d'Eleusis sont des comptes de gestion. On a simplement copié les livres de caisse tenus par les épistates et on y retrouve la séparation des comptes correspondant à celle des caisses.
3° Les comptes de Delphes : a) les comptes du Conseil représentent un compte de caisse spécial, puisqu'ils ne justifient que de l'emploi du dépôt ; b) les comptes des naopes sont des comptes de gestion: les naopes énumèrent leurs diverses dépenses ; les fonds ont été prélevés sur plusieurs caisses, il y a donc eu un groupement des articles qui figuraient dans les livres de caisse particuliers. Les naopes justifient parfois aussi de leur-s entrées, mais pas régulièrement. Les contrôleurs de leur gestion les ont trouvées annotées dans leurs livres ; mais la publication en a paru moins intéressante ou moins utile que celle des dépenses : elle ne s'est donc pas faite régulièrement ; c) les divers comptes des tamiai sont des comptes de gestion complets donnant recettes et dépenses.
Dans quel but toutes ces pièces ont-elles été dressées et publiées ? D'abord pour les autorités devant lesquelles les
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fonctionnaires financiers sont responsables, elles facilitent leur contrôle et leur permettent de faire une vérification des caisses ; ce but est bien apparent dans les documents de Délos qui sont à la fois des procès-verbaux de vérification de caisse et des inventaires. Puis, pour les contemporains, elles justifient de l'emploi de certains fonds : ainsi les souscripteurs pour la reconstruction du temple de Delphes avaient intérêt à contrôler l'entrée de leur argent dans la caisse des naopes et son utilisation. Enfin pour les visiteurs du monument, elles servent à stimuler leur admiration en leur disant combien il a coûté.
Plusieurs autorités concourent à Delphes à la gestion financière :
a) les amphictyons ;
b) le Conseil de Delphes ;
c) les naopes ;
d) les tamiai, à partir de 889 pendant treize ans environ ;
e) les 7iw).yiT-^peç ràv oexaxàv.
Les amphictyons tiennent à Delphes la place de l'ekklésia athénienne, c'est-à-dire qu'ils exercent le pouvoir législatif et en particulier votent le budget. Le mot ne doit pas nous tromper; il ne s'agit pas plus qu'à Athènes d'un document unique portant toutes les recettes et toutes les dépenses : il s'agit plutôt de budgets particuliers, c'est-à-dire de dispositions relatives à certaines opérations envisagées à part : ainsi ordre de faire tel travail et application à ce travail de telle partie des recettes.
Les amphictyons créent donc les recettes, ordonnent les dépenses et appliquent les recettes aux dépenses. Enfin, comme ils sont le pouvoir suprême, ils exercent une surveillance sur tous les rouages qui leur sont subordonnés et tous les comptes leur sont soumis et sont vérifiés par eux.
Le Conseil comprend 3o membres désignés par le sort : « Quinze pendant les six premiers mois, les quinze autres pour les six derniers forment la section permanente du Conseil et remplissent les fonctions qui étaient à Athènes celles des prytanes : à ces trente membres, il faut ajouter deux secrétaires.... Enfin la commission financière des prytanes fait, elle aussi, partie 4u Conseil delphique ; ils
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n'ont à peu près rien d'autre que leur nom qui leur soit commun avec les prytanes athéniens. Ils sont réellement en fonctions toute l'année. Leur nombre est de huit. »
Le Collège des naopes fut institué, semble-t-il, en 869, donc quatre ans après la destruction du temple. Il fut, sans aucun doute, institué en vue des travaux extraordinaires que réclamait cet événement.
Dans sa composition, il était, comme le Collège des amphictyons, international. Les naopes étaient présidés par un comité de trois membres, Trpoo-TaxetJOVTeç.
Je renvoie à l'ouvrage de M. Bourguet pour tous les détails concernant rê7T'.|jiYiV'.oç et le naopcDelphien,vao7io!.£Oiv.
Remarquons que les naopes ne siègent pas en permanence : ils se rendent à Delphes à l'occasion des pylées et même, certaines années, ils ne paraissent pas du tout.
En 339, à la session d'automne, furent institués par les amphictyons les tamiai.
M. Bourguet publie en appendice le décret des amphictyons. Chaque cité représentée à l'amphictyonie doit envoyer des tamiai pour chaque pylée à Delphes. Les cités qui omettent ce devoir sont exclues de la session et encourent une amende : Aô(y)o(v) 3e àTco[oo'Jvat, xal e-jOjûvaç TOÙ; xafjiiaç xa(T)[à] Tr'jXaîav é[xâTr/]v zoîç, lcpojJi]v/,pt.OT!,v xspSouç x[al] yâ^<.To[ç é'vsxa].
D'après ce qui précède, l'étude de l'administration financière se divise en trois périodes : a) jusqu'en 889, c'est-à-dire jusqu'à l'institution des tamiai ; b) depuis 889 et durant une douzaine d'années environ, c'est-à-dire aussi longtemps qu'existent les tamiai ; c) après l'abolition de cette magistrature.
Je m'arrêterai aux deux premières. D'ailleurs, comme le remarque M. Bourguet, la disparition des tamiai permit de réintégrer les nao[)es dans leurs anciennes attributions ; et la troisième période n'a rien qui la différencie essentiellement de la première. Je terminerai par quelques mots sur les TïwXriTTÎpsi;.
Durant la première période nous connaissons deux recettes principales, les souscriptions et collectes et les acomptes des Phocidiens.
Les naopes s'occupent de recueillir les souscriptions ;
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les listes portent le nom de deux ou trois d'entre eux, sous le titre d'àpyupoÂoyiovTei;. Les villes comme les i^articnliers répondirent à l'appel des ampliictyons : de 875 à 3o5 environ, les collectes rapportent à peu près 200 T. Les naopes perçoivent le produit des collectes et souscriptions, mais ne les gardent pas en caisse. Les sommes recueillies sont confiées à la garde du Conseil
Les acomptes payés par les Phocidiens. Je dois renvoyer au livre de M. Bourguet pour tous les renseignements, très intéressants, sur le taux de ces versements aux différentes époques.
D'après Diodore ('), l'amende montait à 60 talents par an, jusqu'au remboursement des sommes enlevées au dieu. Les inscriptions de Delphes et d'Elatée prouvent que les Phocidiens s'en tirèrent avec dix versements de 3o T et douze versements de 10 T ; total 420 T. Les versements commencent en 343.
Les acomptes des Phocidiens sont versés dans les mains des prytanes et entrent dans les caisses gardées par le Conseil.
Telles sont les deux recettes sur lesquelles, pour cette période, nous possédons quelques détails.
On pourrait y ajouter les amendes infligées aux entrepreneurs : il en a été probablement prononcé dans la première période, c'est tout ce que nous en pouvons dire.
On peut aussi considérer comme une recette, mais à inscrire sous la rubrique « fonds de Tiers », les dixièmes retenus sur le prix de chaque entreprise ; ils étaient retenus comme garantie et restaient dans les mains des ampliictyons, qui, le travail achevé, les remettaient aux naopes.
Le Conseil a donc la garde des caisses sacrées. C'est là une particularité des institutions de Delphes : à Délos et à Athènes, c'est le contraire qui se présente ; les fonds de l'Etat sont déposés en tout ou en partie dans le temple ; et les collèges sacerdotaux, à Délos les hiéropes, à Athènes les trésoriers de la déesse, participent à la gestion des deniers publics.