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LE CONTRÔLE DES CHANGES

Depuis 1931 des mesures avaient déjà été prises à cet effet, le « verrouillage >» n’était pas complet, il appartenait au chancelier Hitler de le parfaire. Il n’y manqua pas.

L'Allemagne n’avait plus en caisse que 500 millions de R.M. en or et devises — ; le contrôle des changes ne pouvait guère causer plus de dégâts que n’en avait fait la politique antérieure.

En outre un contrôle des changes, isolant le Reich, permettrait d’y développer l'inflation, — sous une forme ou sous une autre — qu’exigerait le financement des grands travaux. Or si l'inflation devait être, elle devait avoir des effets aussi limités que possible : notamment le prix de la vie devait demeurer stable, si non ce serait à nouveau la fuite devant le mark dont le souvenir, des pires années d’avant la stabilisation, demeurait très douloureux au peuple.

Seul le contrôle des changes, en l’assortissant du contrôle des prix intérieurs, permettait au gouvernement, de tenter son expérience tout en conservant la confiance des épargnants.

D’ailleurs, d’un point de vue tout théorique, il était impossible de maintenir les règles de la libre circulation de l'or, alors que les plus gros détenteurs de ce métal ne s’y soumettaient plus.

Les Etats-Unis, créanciers du monde, voulaient bien vendre et prêter, mais se refusaient à acheter à l’étranger, et élevaient des barrières douanières décourageantes, pour protéger leur industrie. Alors que l’abondance de l’or aurait voulu une montée des prix intérieurs, aux Etats-Unis, qui eut facilité l'entrée des marchandises de provenance des pays débiteurs tels que l’Allemagne.

L’Angleterre, ayant stabilisé sa monnaie trop haut, en reprenant le pair d’avant-guerre,-plutôt que de laisser les prix s’adapter, préfèrerait recourir à la dévaluation et portait, ainsi, un coup sérieux à ses concurrents, sur les marchés extérieurs, notamment à l’Allemagne. Celle-ci, par expérience, avait la phobie de la dévaluation, et le Dr Schacht dira que, pour dévaluer, il faut une encaisse métallique qui mette le gouvernement à même de rester maître de sa monnaie en pareil cas, et lui permette de limiter les dégâts.

Fonds gelés, encaisse métallique réduite, concurrence difficile à supporter sur les marchés étrangers, nouvelle dévaluation impossible, nécessité de financer la «reprise >» intérieure et de maintenir la stabilité des prix, obligation de mettre fin à l’endettement à l'étranger et de veiller à un excédent de la balance commerciale, tels étaient les impératifs qui commandaient le contrôle des changes le plus rigoureux,

Mesures de contrôle déjà existantes

Si depuis 1931 le service de la dette à long terme était maintenu, comme par le passé, nous avons vu qu’il en était différemment en ce qui concerne les engagements à court terme pour lesquels on avait obtenu un accord de prorogation.

« Quant aux autres transactions internationales de paiement ou de crédit elles étaient soumises à la réglementation d’un contrôle central des devises qui avait uniquement pour but que des transactions illicites ne vinssent compromettre le service normal de la dette extérieure et l’approvisionnement du marché national en marchandises étrangères indispensables à la vie du pays ».

Nouvelles mesures

1° Un des premiers actes du nouveau gouvernement — le gouvernement national-socialiste — ce fut de décréter le 30 juin 1933, le moratoire du transfert des intérêts des dettes privées à moyen et long terme. Ce moratoire d’une portée presque générale décide que la moitié seulement des transferts serait effectué, les 50 % immobilisés étant déposés dans une caisse spéciale qui, en contre partie, émettrait des « scripts ».

Sur ces «scripts» va s’échafauder une véritable politique d’exportation et de dumping qui sera appelée à avoir un certain succès.

Le contrôle des changes, protégeant la monnaie à l’intérieur, ne peut empêcher que cette même monnaie subisse une dépréciation à l’extérieur. Il y a donc deux

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\ cours pour la même devise : le cours officiel à l’intérieur des frontières de l’état considéré et un cours inférieur, hors frontières.

L'Allemagne va se servir de cette différence de quotation du Mark pour favoriser son commerce, qui en 1933 passe une crise très difficile : le mark déprécié à l'étranger, jouera pour l’exportation le même rôle qu'un mark dévalué — mais dont on se réserve cependant de limiter la dépréciation.

Les scripts émis d’après la loi de Juin 1933, pouvaient être vendus à la Golddiskontbank au cours de 560 % (2) — En Décembre de la même année, il était décidé que la quote-part transférable serait ramenée à 30 % et que le reste serait payable en scripts — ou reconnaissances de dettes — que la Golddiskontbank rachèterait, maintenant, au cours de 67 % de leur valeur nominale. (

Ainsi 76,9 % des intérêts étaient transférables, à condition d'utiliser les scripts à des achats de marchandises, à réaliser ce qu’on appelait des exportations supplémentaires (Zusatz Export).

Le mécanisme est simple : l’exportation supplémentaire est celle qui ne pourrait être réalisée avec le mark quoté au cours officiel.

L’exportateur allemand vend, à létranger, à un prix relativement bas, comparativement aux prix pratiqués sur les marchés intérieur et extérieur. L’étranger paiera une certaine partie de ses achats en scripts pris au taux de 67 % — ce qui lui permettra d'utiliser ses fonds bloqués en Allemagne — ; le commerçant allemand portera à la Golddiskontbank les scripts qui lui seront

(2) 50 % étant transférables directement, sans scripts.

achetés à 100 %. Et ainsi il rentrera dans les pertes que son exportation, à prix réduit, lui a causées, pendant que son acheteur aura recouvré partiellement la créance qui, sans cela, serait demeurée immobilisée.

Ce système n’a pas tardé à se perfectionner. L’étranger qui pouvait payer, au début, avec une certaine quantité de « scripts » les opérations commerciales qu’il effectuait, découvrait d’une façon trop facile le dumping qui était ainsi pratiqué. Aussi dès 1934 le procédé devient plus subtil.

L’importateur américain, hollandais, — ou tout autre acheteur de l'Allemagne —, n’aura plus qu’à payer la marchandise allemande, à des prix avantageux, en sa propre monnaie. L’exportateur allemand devra livrer les devises à la Golddiskontbank qui s’en servira, soit pour débloquer les scripts, soit pour acheter des valeurs allemandes sur les marchés étrangers. Et les bénéfices réalisés sur ces opérations serviront à payer des primes à l’exportation : le dumping est devenu occulte et s’effectue en dehors de la présence de l'étranger. Ce système, très ingénieux, a cependant causé des déboires, les excédents d’exportation qui avaient été espérés n’ont pas été réalisés, les Etats qui pouvaient être visés par de semblables mesures ayant pris des mesures de rétorsion assez efficaces.

Toutefois l’exode de l’or et des devises de la Reïichsbank s’est trouvé enrayé pour quelque temps : du 1* juillet 1933 au 15 décembre de la même année l’encaisse or s’était accrue de 127 millions de R.M. dont 100 millions provenant d’un rapatriement de l'extérieur.

Cette amélioration de la situation de l’encaisse métallique était toute passagère, d’ailleurs, c'est ce que

nous montrent les chiffres suivants en millions de R.M.

— de l’encaisse Or et devises de la Reichsbank — de 1931 à 1934 :

Encaisse or et devises 1931 1932 1933 1934 Moyenne mensuelle ...... 1914,4 974,6 529,6 164,7 Fin décembre ere A1 15250020) 395,6 83,70

Puisque les résultats escomptés n’étaient pas atteints, il fallait, pour que l’Allemagne puisse réarmer et s’alimenter, qu’elle aille jusqu’à la conséquence logique du contrôle des changes : jusqu’à remplacer le commerce par le troc et recourir au clearing.

2° Le clearing. — Le passage du contrôle des devises à celui des exportations et des importations était inévitable du fait de la structure même du commerce allemand : il n’y a pas corrélation entre les pays clients et les pays fournisseurs de l’Allemagne. Ceux qui fournissent, et qui sont des pays riches, n’achètent pas ; les clients anciens qui désireraient acheter ne le peuvent pas faute de devises — ils sont éprouvés, eux aussi, par la crise.

La solution du clearing était une solution de fortune, qui ne devait pas tarder à être érigée en principe de la politique économique allemande — et même en facteur politique, tout court.

Le clearing habilement exploité pouvait même offrir certains avantages au cas où, par accord, les pays étrangers acceptent d'acheter une certaine quantité de marchandises pour en vendre, en retour, une quantité, qui pourra être plus ou moins inférieure au chiffre des importations en provenance de l’Allemagne.

Et le solde annuel doit alors donner lieu à un trans-

fert de devises du pays à balance commerciale déficitaire, vers son partenaire du clearing.

C’est ainsi que l’Allemagne conclut toute une quantité d'accords de ce genre, dont un avec la France qui a été renouvelé en Juillet 1937 — Avec cette modification toutefois, que c’est la Reichsbank qui recevra les francs provenant de la vente des produits allemands sur le marché français. Sur cette somme, elle prélèvera la somme nécessaire au règlement des importations françaises en Allemagne et, sur le solde, elle assurera le service de certains emprunts, par ordre de priorité (Young — et Dawes) —

Le Reich était particulièrement apte à utiliser le système du clearing, car depuis longtemps il avait organisé son expansion économique, soutenue par un appui bancaire considérable, et une organisation commerciale hors ligne.

Si le désir du nouveau régime était de maintenir ses importations indispensables, il voulait, aussi, les réduire au minimum. Aussi des dispositions sont prises pour atteindre ce résultat : des commissions sont nommées pour fixer,-soit mensuellement, soit semestriellement, le chiffre autorisé des importations.

Une commission existant pour chaque grande branche de produits et de matières premières, des dispositions étant adoptées pour conserver une certaine souplesse (des contingents d’une même catégorie pourraient s’échanger). Le stockage est interdit, et des précisions doivent être fournies à la commission de contrôle sur les besoins, les réserves, et l’utilisation qui est faite des matières importées, etc. etc.

Quels ont été les avantages retirés ? incontestablement la balance est maintenant créditrice :

Hmports 7 RPM A50 4,218 5,468 Exports CE LMMENeRR 4,159 4,768 5,911

Mais le solde créditeur est ici plus apparent que réel, car par suite des accords de compensation et des paiements en marks bloqués la quotité des paiements en devises ne dépasse pas 20 % de la valeur des exportations.

D'ailleurs, ces 20 % ne restent pas intégralement en Allemagne : 10 % sont employés au règlement des intérêts de la dette extérieure. Ainsi donc, en définitive, 10 % de la valeur des exportations sont seulement acquis à l'Allemagne. Il est vrai que celle-ci, par ses retards du clearing, a pu se constituer une sorte de crédit de 500 millions de R. M.

Notons que l’or et les devises importées ne vont pas aux réserves de la Reichsbank, mais a un compte spécial, et occulte, appelé éventuellement à jouer le rôle de trésor de guerre. Nous examinerons cette question au chapitre IV de cette étude.

3° Une décision du gouvernement du Reich, en date du 19 novembre 1936 ressortit également du contrôle des changes ; il s’agit du dépôt obligatoire des valeurs étrangères. Si ces valeurs sont à l’étranger elles doivent être transférées dans une banque allemande — si elles sont en Allemagne, elles doivent être déposées éga- Jement.

Ainsi, le gouvernement s’assure la main mise sur les

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valeurs étrangères encore disponibles, mais il n’y a pas confiscation toutefois.

La confiscation ne sera qu’une sanction. Elle s’appliquera à celui qui exportera — ou conservera — sa fortune à l'étranger. Ajoutons que la confiscation a semblé insuffisante, on l’a complété par la possibilité de la peine de mort.

Il semble, en vérité, que cette loi ait fait faillite dans une certaine mesure. Comme dans d’autres pays, on s’est aperçu que la menace ne remenait guère ni confiance ni capitaux évadés, d’où la loi d’amnistie du 15 décembre 1936 au bénéfice des fraudeurs. C’était peutêtre un peu tard. Les gens risquent souvent plus volontiers leur vie que ce qu’ils possèdent. Quoi qu’il en soit, les mesures qu’imposait le développement normal du contrôle des changes ne suffisaient à ramener ni la prospérité, ni l’aisance, ni la reprise du commerce, ni la diminution du chômage.

Ce n’était pas une surprise pour les dirigeants du Reich : ils avaient misé sur deux tableaux : sur le développement des exportations, et sur la reprise des affaïires à l’intérieur.

La première hypothèse ne se réalisant pas, il fallait mettre tout en œuvre pour que la seconde fût autre chose qu’une chimère : l'Allemagne devait utiliser les ressources qu’elle accordait à l’assistance à cause de chômage à financer du travail.

Ces ressources eussent été insuffisantes, bien que dépassant plus du 1/5 des ressources normales du budget, il fallait les augmenter ; d’où cette politique de financement par le crédit qui sera adoptée.

En outre le plan des grands travaux à entreprendre est tel, qu'après la création de moyens de production, on

visera à accroître les biens de consommation en ne recourant, dorénavant, aux importations étrangères que dans une infime proportion. |

D'où le premier et le second plans de 4 ans qu’on pourrait — à certains égards — rapprocher des plans quinquennaux soviétiques, bien qu’il y ait avec eux des différences fondamentales que nous examinerons ultérieurement.

SECTION B

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