‹ Les Finances des États TotalitairesChapitre 2 sur 58 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

très nettement, et il est parfois nécessaire pour se faire une opinion de trancher dans le vif et de négliger bien des éléments.

Quels pays allions-nous passer en revue ?

Qu’entendions-nous par état totalitaire ?

Monsieur Paul Reynaud, ramène la distinction entre pays démocratiques et pays totalitaires, à celles entre peuples défendeurs et peuples demandeurs, et il définit (2) «les peuples totalitaires ceux qui veulent se renforcer ». |

T1 nous semble que ce critère nous fournit un point de départ, mais peut-être n'est-il pas suffisant.

L’Allemagne était un peuple demandeur bien avant d’être totalitaire, et se renforçait longtemps avant de connaître le régime national socialiste.

L'Etat totalitaire à notre avis se distingue par deux cCaractéristiques : l’une politique, l’autre économique.

Du point de vue politique tous les pouvoirs sont concentrés en une seule main, la vie entière de la Nation ne dépend que d’un homme, sur qui reposent toutes les responsabilités. Seul responsable il est seul à commander. Il incarne la volonté du pays tout entier. Et à ce point de vue, ce régime se confond avec la dictature.

Maïs le second aspect, l’aspect économique, ne coïncide pas nécessairement avec le régime autoritaire, car un régime dictatorial peut très bien n’être pas totalitaire.

En effet, l'Etat totalitaire, vise à réaliser la nation de F. List : la nation capable de se suffire à elle-même, indépendante de l’étranger, — enfin, pour employer le mot à la mode, — autarcique.

(2) Revue H.E.C., février 1938.

L'Allemagne et l’Italie, répondent intégralement à ces caractéristiques. L’une et l’autre ne connaissent d’autre volonté que celle du Duce ou que celle du Führer, et toutes deux, l'Allemagne depuis l’arrivée de Hitler, l’Italie depuis la campagne d’Ethiopie et les sanctions, n’ont d'autre but que de réaliser leur indépendance économique par la fabrication de produits de remplacement, par une exploitation plus rationnelle de leurs ressources Ou, dans certaines circonstances par l’abandon de la consommation d'objets ou de denrées de provenance étrangère.

C’est donc les finances de ces deux principaux Etats totalitaires qu’il nous appartenait d’étudier.

Bien que le Portugal ne fut pas, à notre sens, un Etat totalitaire, et qu’il ne fut qu’un état à régime autoritaire nous avons tenu à étudier son relèvement économique et financier — qui a de si nombreux rapports avec celui de l’Italie, de la période 1922-30 — pour montrer qu’un Etat autoritaire n’est pas nécessairement un Etat qui ignore la modération et la sagesse, et que le régime autoritaire ne se confond pas obligatoirement avec le régime totalitaire.

L'étude du Portugal offrait un autre avantage : celui de nous faire toucher du doigt tout ce qu’il y a de relatif dans la conception qu’un Etat peut, par le seul fait qu’il le désire, se passer du reste du monde et vivre replié sur lui-même. Car il y a des lois naturelles qu’il ne saurait enfreindre. Or l’étude du Portugal, rapprochée de celle de l'Italie, nous permettait d'examiner deux nations, aux caractéristiques sensiblement analogues : une — le Portugal — s’en tenant à la solution fournie par sa structure économique, géographique et traditionnelle ; l’autre — l'Italie — niant tout de ces conditions,

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