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lors de la chute de la livre, puis de celle du dollar. De sorte que le prix de revient des produits manufacturés doit inévitablement monter, de même que celui des denrées alimentaires qui doivent encore être importées de l'étranger : viandes, œufs, beurre, corps gras. L’Allemagne se suffisant presque, maintenant, en céréales, la culture des pommes de terre et de la betterave y étant très développée, il faut envisager que la base de la nourriture de l’allemand sera : le pain, les féculents, et le sucre (13). Evidemment le niveau — le standard —de vie de la population n’a pas suivi l’ascension de ses efforts ; mais tout travail doit être épargné et l’aisance ne s’acquiert qu’au prix de sacrifices quotidiens.
Voyons maintenant ce qui en est de la stabilité des salaires, étroitement solidaire de celle du change et de celle des prix. Disons tout d’abord que — ainsi que nous l’avons déjà fait remarquer, — la somme des salaires et traitements est encore inférieure à celle versée en 1929, de 20 % environ, bien que le nombre des chômeurs qui s'élevait à 7 millions en 1933 soît tombé à environ 500.000 —— Cela s’explique par la déflation entreprise dès 1931, la stabilisation des salaires ayant joué sur des salaires diminués.
Si l’on tient compte de la légère montée des prix et de l’augmentation de la moyenne quotidienne de travail exigé, la stabilité des salaires n’est plus qu’une stabilité nominale. Un ouvrier spécialisé gagnait en 1933, 5 à 8 marks par jour, il gagne encore autant mais, alors, la. moyenne de son travail réparti sur l’année donnait une moyenne de 6 h. 1/2 de travail quotidien, cette moyenne est maintenant passée à 7 h. 3/4, soit en augmentation de 20 %.
On peut donc dire, en tenant compte de ces deux facteurs du salaire : le facteur prix des journées et le facteur durée de la journée de travail, qu’en fait la stabilité des salaires se ramène surtout à une réduction effective de 25 à 30 % de leur montant primitif.
Et nous ne parlons pas des impôts accrus et des charges multiples qui incombent à chaque citoyen allemand en dehors de son strict devoir vis-à-vis du fisc. Mais ainsi que le remarque Arthuro Labriola (14) la compressibilité des salaires et des besoins est des plus grandes — encore faut-il maintenir un «climat» psychologique qui lui soit favorable. C’est à quoi le III° Reich s’est appliqué. Il a d’abord créé, de toutes pièces, cette doctrine de l’homme allemand, de la supériorité de la race, qui a l’avantage d’avoir tout le dynamisme d’un mythe, et comme tel de parler plus à l’âme de la foule qu’à sa raison. Avec ce mythe, le culte du sacrifice pour un Etat se différenciant à un tel point —, de par ses origines, son histoire et la race de ses habitants — du reste du monde a pris toute sa puissance et toute sa signification. En son nom le sacrifice le plus absolu s’imposait pour la Patrie et pour le gouvernement qui déclare en être l’incarnation.
Mais la tension exceptionnelle de l'effort humain n’a qu’une durée toute momentanée, s’il n’y a rien de substantiel pour la ranimer lorsque sa base abstraite risque de révêler toute sa fragilité : d’où les diverses œuvres, fort belles, qui ont été entreprises. Les loisirs des ouvriers ont été aménagés : des salles de jeux, des salons de lecture, des stades pour le sport, etc., des croisières
(13) Certains se demandent quel est l’avenir de la population soumise à un tel régime alimentaire. Mais comment vivait-on en Alle-
mägne, il y a 50 ans ?
(14) L’Ere Nouvelle.
en mer organisées, les séjours à la montagne ou à la campagne favorisés. Un bien-être collectif s’est développé, qui soutient la tension spirituelle et masque le prix auquel il est acheté. Il y a un déplacement de la civilisation, de l’individualisme vers le collectivisme et, malgré tout, une diminution de l'Homme.