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DANS L’ORDRE ÉCONOMIQUE

Dans ce domaine des résultats certains et tangibles sont acquis, cependant les moyens mis en œuvre ont offert parfois une certaine contradiction, tout au moins apparente.

Nous avons vu que l'Etat, soit pour obtenir des ressources supplémentaires, soit pour redonner à l'initiative privée son élan, avait libéré peu à peu les parts qu’il tenait dans les banques ou les grosses industries, et qu’en même temps il n’hésitait pas à leur donner des directives plus précises, plus rigoureuses, et à nationaliser leur activité — pour ainsi dire — alors qu’il leur rendait leur capital.

Il lui arrive aussi très souvent de se substituer aux entreprises privées lorsque celles-ci ne peuvent assurer le rôle qui leur est assigné. On citait dernièrement que, devant l’impossibilité dans laquelle la grosse industrie automobile s’avouait de ne pouvoir fournir la voiture automobile populaire (Volkswagen) au-dessous de 1000 R. M.. le Reich avait décidé de mettre lui-même en construction ce véhicule, selon des plans qu’il avait fait établir.

Donc laisser à l'initiative privée le maximum de liberté pour obtenir un rendement maximum, et en cas de carence de celle-ci, — aucune raison de la respecter n’existant plus — : s’en passer.

Une telle politique devait produire des résultats, nous allons les passer en revue en examinant :

1° Quels sont les grands travaux entrepris ; 2° À quel prix ils l’ont été. l

1° Les grands travaux

Ils ont été entrepris suivant deux plans de 4 ans, le premier plan quadriennal visait au réarmement et à la création des moyens de production d’Ersatz dans l’industrie, et dans l’agriculture à une exploitation méthodique du sol. Le second plan quadriennai continue l’œuvre de réarmement commencé mais envisage, dans l’ordre industriel, le développement des produits de consommation à son terme final.

Il faut avouer que la part du lion est attribuée à l’industrie de guerre, ou aux travaux stratégiques : Autobahnen, ou autostrades, qui sont donc des immobilisations improductives économiquement, -ou qui ne peuvent donner des avantages économiques qu’indirectement et d’une façon bien aléatoire (5).

D’autres travaux révèlent un certain penchant pour ce qui pourrait être considéré comme du luxe dans une période aussi critique pour les finances ; constructions immobilières, maisons d’habitation, travaux d’urbanisme et de modernisation des grandes villes (Berlin par exemple doit avoir sa physionomie entièrement modifiée, des quartiers supprimés, d’autres reconstruits, des gares déplacées — etc...).

Maïs un effort gigantesque a été fait pour la création d'usines destinées à la fabrication des succédanés des produits qui font défaut à l’Allemagne et qu’elle ne peut se procurer, au dehors, faute de devises.

(5) Par exemple l’entreprise d’une guerre permettant d’acquérir des colonies, ou des régions industrielles ou agricoles en Europe.

C’est ainsi que des usines pour la fabrication des carburants de synthèse, ont été créées et qui assurent déjà — ou assureront dans un avenir prochain — une part importante dans la fourniture des besoins en pétrole — Il faut citer encore les usines pour la fabrication du caoutchouc artificiel, pour la laine, la soie, le coton synthétiques, etc., etc.

De même, le Reich pauvre en ressources minières métalliques, maïs riche d’un puissant outillage métallurgique, a entrepris la récupération des minerais pauvres et des vieux métaux.

L’agriculture qui longtemps était demeurée incapable de suffire à l’alimentation de l’Allemagne, et nécessitait des importations considérables a repris une activité et un ressort des plus remarquables, si bien que maintenant l’Allemagne arrive presque à se suffire en céréales, en même temps des mesures ont été prises pour la reconstitution de son cheptel. La production des produits alimentaires s’est développée, et des résultats sérieux obtenus légitiment — dans une certaine mesure — la réduction des importations.

Peut-on mettre sur le même pied les plans quadriennaux allemands et les plans quinquenaux russes ? Les uns et les autres visent à rendre l’Allemagne et la Russie indépendantes de l’étranger, à vivre sur leurs propres ressources. L’impécuniosité pour ces deux pays les a poussé dans la même voie. Toutefois il semble intéressant de faire remarquer qu’il existe deux différences fondamentales entre eux.

Tout d’abord la Russie était au point de vue industriel très en retard sur les pays occidentaux de l’Europe, alors que l’Allemagne était, au contraire, un des pays les plus industrialisés du monde.

Secondement, si la Russie entendait entreprendre une politique autarcique, somme toute elle ne visait qu’à mettre en œuvre les ressources inestimables que renferme son sol, ou son sous-sol ; elle possède des mines de charbon, elle a des minerais : fer, cuivre, or, etc. à ne savoir qu’en faire, elle a de la houïlle blanche, du pétrole, etc. Ses ressources agricoles ne sont pas moins importantes : elle a du coton dans le Turkestan, du chanvre, du lin, du riz sur les bords de la caspienne. Des troupeaux considérables lui donnent — en plus de leur chair — des matières premières pour le tissage, les cuirs, etc. Elle a des vignes en Crimée et sur les bords de la Mer Noire et des champs immenses où sont cultivés les céréales.

Ayant de telles ressources, il est légitime qu’un pays s'efforce de mettre tout en œuvre pour être à même de les utiliser. La chose est normale, rationnelle. Et somme toute la Russie, se repliant sur elle-même, a cru trouver la solution, que demandait son désir de s’industrialiser sans s’endetter, ni compromettre son régime politique issu de la Révolution de 1917.

Mais l'Allemagne avait-elle de semblables raisons ? Non. Ce qu’elle cherchait avant tout c'était à vivre, et cela même au prix de mesures qui, bien qu’irrationnelles, seraient susceptibles de lui apporter les résultats immédiats qu’exigeaient des circonstances passagères peut-être, mais des plus graves.

Pauvre en ressources minières — autre que la houille et le lignite (6) — pauvre en ressources agricoles, elle a voulu suppléer à tout ce qui lui manquait par des succédanés. Elle a appliqué toutes les données de la

(6) D’importance capitale, il est vrai, pour les produits de synthèse.

science, les règles de la méthode la plus absolue, pour créer l’Economie la plus artificielle qui puisse se concevoir. Elle a pu réaliser cela au prix des sacrifices les plus lourds, des efforts les plus pénibles. Avec ses procédés irrationnels et artificiels, elle est arrivée à ce résultat appréciable d’avoir créé quelque chose qui se manifeste par un accroissement de vitalité et de potentiel.

Il n’y a pas là de miracle pour un pays où le travail n’est pas considéré comme chose néfaste et contraire à la raison, mais où il est la base essentielle de la vie et du progrès.

2° A quel prix ont été réalisés ces travaux

Nous ne prétendons pas chiffrer leur prix de revient, nous voudrions seulement savoir ce, qu’en contre-partie du succès obtenu, il a fallu consentir de sacrifices.

Nous avons par ailleurs estimé l’accroissement de la dette publique, elle correspond sensiblement au financement qu’a exigé l’œuvre entreprise, quelque chose de l’ordre de 500 milliards de nos francs actuels. Pour ne citer qu’un chiffre disons qu’on estimait qu’en 1936, plus de 13,5 milliards R.M. avaient été investis dans l’industrie publique ou privée ; ce qui signifie que la production et le travail en 1935 ont dû avoir une intensité telle, et la consommation être si comprimée, qu’une épargne de plus de 13 milliards R. M. a pu être réalisée durant cette seule année.

Cependant les conditions de production étant plus difficiles qu’en 1929 — où on pouvait se procurer de l'étranger ce qu’on ne pouvait produire qu'à un prix

supérieur en Allemagne — font que les bénéfices industriels sont au-dessous du niveau de ceux de 1929, étant à environ 83% de ce qu’ils étaient à cette époque. Pour les salaires, leur somme globale versée à la main-d'œuvre n’est que les 80 % de ce qu’elle était en 1929 (7).

Et pendant ce temps les produits de consommation ont diminué en volume, puisque l'essentiel du travail était appliqué à des travaux encore improductifs, ou au réarmement. Or les salaires et revenus distribués, s’ils étaient inférieurs à ceux de 1929 étaient de beaucoup supérieurs à ceux répartis en 1933 ; les prix auraient dû monter, la politique du gouvernement national-socialiste s’opposa de toutes ses forces à la hausse par la réglementation et la consommation « dirigée ». Les prix demeurant à peu près stables, il était inévitable qu’une certaine quantité des salaires et dividendes serait épargnée, — l’épargne étant forcée, — et serait, faute d’autre emploi, employée à financer l’œuvre entreprise et à boucler le cycle de la circulation des crédits.

Examinons la politique des prix et la politique des salaires, qui avec celle de la stabilité du Mark, ont permis de mener à bien cette gigantesque entreprise.

Les prix, dans l’ensemble, sont demeurés, en 1937, ce qu’ils étaient en 1933, une hausse légère devant cependant être notée : hausse d’environ 8 % (8) pour les pro-

(7) Centre Polytechnique d’études : Article de M. le Professeur Laufenburger.

Il faut tenir compte de l’augmentation des prix et de l’accroissement des impôts et autres charges qui réduisent d’autant le revenu actuel comparé à celui de 1929.

(8) La conséquence est d’alléger la charge pesant sur l’industrie pour la rémunération du capital immobilisé — et ainsi de réduire le prix de revient.

duits de consommation et de 15 à 20 % sur les produits textiles.

Le gouvernement a fait tout ce qu’il était possible pour enrayer cette hausse. Un contrôle des prix très rigoureux a été établi, le stockage — interdit en principe — est sévèrement surveillé lorsqu'il est autorisé. Cependant tout cela eut été inutile (9), si d’autres causes ne s'étaient ajoutées à ces mesures, car on ne peut guère aller à l’encontre des lois économiques qui, comme toutes les lois naturelles, s'imposent à l’homme.

Quelles ont été ces causes ?

Il faut tenir compte de ce que, au moment ou le National-Socialisme a pris possession de l’Allemagne et y a introduit sa politique, la baisse des prix mondiaux était très accentuée, des énormes stocks avaient pu se constituer, et ce n’est qu’au bout de quelques années que la pression extérieure s’est faite sentir sur les prix intérieurs. Il faut dire également que certains produits ont disparu de la circulation, ou sont devenus des produits de luxe dont les prix s’écartent — et de beaucoup — de l’augmentation moyenne que nous avons mentionnée. Mais pour ce qui est des produits d’un usage courant, d’une consommation usuelle, ils sont en quantité suffisante, et comme cette sorte de produits (produits d’alimentation.…) n’est pas susceptible d’une demande multipliée et d’une consommation extensive, il s’en suit que, pourvu qu’ils se trouvent en quantité normale sur le marché, quelque soit l’abondance des signes monétaires ils ne seront pas demandés davantage et leur prix demeurera à peu près stable. Ce n’est

(9) Une enquête officielle révèle, par exemple, qu’en Prusse Orientale, le contrôle des prix s’est montré assez peu efficace et que le prix des vêtements surtout s’est accru dans de notables proportions,

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que pour les produits qui sont déjà une preuve de luxe, ou tout au moins d'aisance — et par conséquent d’une consommation plus élastique — que le contrôle des prix devra jouer à fond — Sinon avec une circulation accélérée et une inflation telle que celle de la multiplicité des crédits à court terme, une hausse vertigineuse ne tarderait pas à se faire sentir. Malgré cela, bien que freinés, leurs prix montent à cause — la plupart du temps — de la provenance de l'étranger de ces produits et par suite aussi de la limitation de leur importation et du défaut de concurrence sur le marché intérieur.

Par exemple les importations de beurre, d'œufs et de fromages, ont été réduites, dans les proportions respectives suivantes, de 1932 à 1934 : 48,8 ; 54,8 ; 42,5 (10).

Il n’y a pas disette de produits alimentaires en Allemagne, bien des voyageurs en ont fait l’observation (11), il y a simplement difficulté de se procurer des denrées de luxe ou de demi-luxe, et comme le faisait remarquer un économiste on tend vers la «classe unique » plutôt que vers le plat unique.

Quelles sont maintenant les chances d’avenir de cette politique de stabilité des prix ? (12).

Tout d’abord les stocks qui s'étaient accumulés dès 1931, lors de la baisse des prix, se sont épuisés et faute de devises ils n’ont pû être renouvelés à temps, si bien que maintenant l'Allemagne doit acheter aux nouveaux

cours qui sont de beaucoup supérieurs à ceux pratiqués

(0) Ces chiffres sont établis par rapport à 1929 : ils désignent le % d’importation.

(11) Chénevier, Illustration, janvier 1937.

(12) Certains, il est vrai, font remarquer que si les prix sont demeurés stables, c’est la qualité qui aurait varié. Cela serait surtout sensible pour les produits manufacturés,

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