APPRÉCIATIONS SUR L’ALLEMAGNE
dès l’origine, la politique que nous voyons en plein épanouissement à l’heure actuelle,
Sur elle, et à cause d’elle, se sont greffé toutes les décisions relatives au contrôle des changes (et à ses conséquences : clearing, dumping), à la baisse du taux de l'intérêt ; puis celles concernant le crédit à court terme, sa consolidation, et enfin celles relatives au développement de la « machine » fiscale. Ces mesures d'ordre financier eurent leurs répercussions sur l’économie générale, mais celle-ci à son tour conditionnait celle-là (1).
L'Etat remettait le système économique en ordre de marche et légitimait ainsi les exigences qui allaient être les siennes auprès des producteurs.
Les crédits accordés par l'Etat, ou au nom de l'Etat, passaient dans les entreprises privées qu’ils ranimaient. Des salaires étaient payés, des dividendes répartis, des bénéfices réalisés, des dépôts aux banques et aux caisses d'épargne effectués. Et sous forme de crédits nouveaux, sous forme d’impôts, les sommes que l'Etat avait mises en circulation lui revenaient, bouclant ainsi leur cycle. La vitesse de circulation s’accroissait, l’entreprise prenait de l’ampleur et toujours sous forme de crédits ou d’impôts, l'épargne réalisée sur la production revenait aux caisses du Reich, la partie relative aux impôts lui était acquise, l’autre n’était qu’un prêt, et comme ce prêt était injecté, à nouveau dans l’économie, il reviendrait, grosso-modo, sous la même forme, —
(1) M. Jouhaux, au nom de la C.G.T., préconisait une politique de finances, en France, analogue à celle qui a été pratiquée en Allemagne. A cette différence près qu’en Allemagne, les crédits et les impôts sont utilisés en travail, tandis qu’en France, ils seraient plutôt appelés à le réduire, ou tout au moins à le rémunérer davantage. On oublie que les réalisations allemandes sont dues au contraire à l’épargne combinée avec un travail considérable,
fermant le cycle de sa circulation, — se déverser dans les caisses publiques.
Mais au cours de son cycle, il passait régulièrement de la propriété de l'Etat à celle d’un particulier, et ainsi la dette publique n’a cessé de faire boule de neige, jusqu’à atteindre des dimensions fantastiques. En contre-partie, et en gage de cette dette, des biens étaient créés, mais à grands frais et pas toujours utilisables immédiatement. Si bien que la dette n'ayant son correspondant que dans l'existence de biens improductifs, voyait fondre et disparaître son gage.
Le danger de panique existait, ou du moins était en puissance. Ce n’était pas exactement l'inflation (2) mais c'était quelque chose qui pouvait en avoir les fâcheux effets.
D'où cette nécessité de freiner les appels au crédit à court terme, d’accroître le rôle de la fiscalité et d’entreprendre la consolidation de la dette flottante.
Entreprise avec énergie cette politique n’a pas tardé à donner d’heureéux résultats.
Cependant l'Etat qui avait pris l’initiative de la reprise économique et qui l’a réalisée, a mobilisé toutes les forces de la Nation pour son propre compte. L’Industrie et le Commerce travaillent pour lui, lagriculture a retrouvé une certaine prospérité grâce à lui.
Aussi qu’adviendra-t-il si le Reich, par suite des circonstances, n’était plus à même de soutenir sa politique, s’il devait relâcher son effort ? Ce serait très probablement l’effondrement.
(2) La véritable inflation serait l’émission de monnaie ou de valeurs négociables sans aucune contrepartie réelle. Ici la contrepartie existe bien, mais elle n’est pas réalisable, elle existe pour l’ensemble des prêteurs — la nation — mais disparaît pour le prêteur, pour le particulier.