APPRÉCIATIONS SUR L'ALLEMAGNE
Or, est-il capable de soutenir longtemps encore cette œuvre ? Ses réserves d’or et de devises indispensables au commerce international sont épuisées et pour ainsi dire inexistantes. Son commerce d’exportation devant la concurrence nouvelle, suscitée par les dévaluations étrangères, a peine à se maintenir, et comme il conditionne lui même celui des importations, celles-ci sont de plus en plus difficiles (3). En outre, les prix mondiaux ne cessent de monter, en veriu même des lois économiques qui ne tardent pas à s'appliquer, par suite des dévaluations, du réarmement général, etc, si bien que le volume des échanges très rétréci, l’est encore en réalité plus, que ne le révèlent les chiffres (4).
De sorte que prise à son propre jeu l’Allemagne doit — faute de ne pouvoir faire autrement — s’enfermer dans une autarcie de plus en plus farouche.
Le commerce international ne fournissant plus les devises pour acheter les matières premières essentielles, elle doit se mettre au régime des succédanés, et, à frais énormes, au prix d’un travail inouïi, construire les usines qui permettront de les fabriquer. D’où accroissement nouveau de la fiscalité, et émission de traites à court terme que n’arrivent pas à consolider entièrement les émissions massives d'emprunts à long terme.
La consommation (5) doit se réduire de plus en plus devant la nécessité d'utiliser la main-d'œuvre disponible à des constructions onéreuses et d’un faible rendement.
(3) Commerce extérieur pour décembre 1937.
Exportations 552 millions KR. M.
Importations 531 — —
(4) La main-d'œuvre utilisée est elle-même d’un rendement diminué par suite de l’emploi de chômeurs sans profession, ou reclassés dans d’autres que la leur, et qu’ils connaissent imparfaitement,.
(5) Surtout celle des produits de luxe, ou de demi luxe, qui donnent à la vie son attrait et son niveau de civilisation matérielle,
La résistance du gouvernement allemand est fonction de la passivité ou de l’exaltation du peuple allemand, et le problème qui se pose alors est de savoir si bientôt l’œuvre entreprise portera ses fruits, si la vie pourra reprendre un cours moins tendu, moins épuisant et plus normal. :
A voir la solution s’enfuir toujours (6) et n’être jamais que du domaine de l’avenir, n'est-il pas à craindre qu’il y ait « accoutumance » à l’espoir et que la confiance disparaissant ou que, la misère prenant une forme aigué, tout s’écroule ?
Quoi qu’il en soit, rendons hommage au patriotisme du peuple allemand, à son énergie admirable, à son courage, et regrettons de n’avoir pas su, jusqu'ici, nous en inspirer. j AMENER
Quelle amélioration, et quel bien-être, pourraient être le lot de la France, si, riche en ressources naturelles, en qualités exceptionnelles, comme elle l’est, elle savait discipliner ses efforts et reprendre goût au travail. Ce serait aussi le salut devant une Allemagne, qui acculée à la perte, pourrait être un jour amenée à un geste fatal, si non irréfléchi,
(6) Malgré les beaux résultats déjà atteints dans la politique des succédannés. Mais leur valeur n’est qu’occasionnelle et relative.