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LE CONTRÔLE DES CHANGES

Nous avons dit comment l’entreprise de la campagne d’'Ethiopie posait le problème de l’utilisation au mieux des ressources et des devises détenues par l'Italie et, vu les énormes besoins à satisfaire — celui de s’arranger pour sauvegarder les devises en laissant sortir le moins

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d’or possible : d’où le contrôle des changes et sa conséquence inéluctable, la politique du clearing.

En 1934, tout contribuait à mettre en danger la lire italienne ; d’un côté la guerre et ses impératifs et, d’autre part, une mauvaise récolte de céréales qui obligeait à recourir à des. hp ste importantes de denrées alimentaires.

A cette balance commerciale déficitaire s’ajoutait une émigration assez considérable de capitaux qui, craignant des mesures dangereuses pour eux, ou perdant confiance dans les destinées de la campagne entreprise, cherchaïient refuge à l’étranger.

Les sorties d’or et de devises font que la couverture de la monnaie jusqu’alors bien au-dessus de son minimum de 40 %, s’en rapproche de plus en plus, ce qui la met fortement en danger, si des mesures immédiates ne sont prises et si elles ne comportent une certaine rigueur.

Voici la situation de la banque d'Italie telle qu’elle se présente en janvier et novembre 1934 (milliards de lires) :

Avoirs Or à Or à l'étranger à l'étranger Circulation Janvier 103482. 7,093 0,303 1,792 14,050

Novembre 1934 ...... 5,840 0,026 1,772 14,150

Le rapport de la couverture à celui des engagements était en janvier 1934 de 48,75 %, en décembre il n’était plus que 41,27 %. En onze mois, il avait fallu régler le déficit de la balance commerciale par un transfert de 1,264 milliards, pendant que les avoirs à l’étranger perdaient eux-mêmes 277 millions.

On comprendra que devant un tel mouvement, devant la perte de près 20 % de son or (aucune raison d’un renversement normal du cours des événements n’étant à

envisager, puisque les raisons qui leur avaient donné naissance n’avaient pas cessé), des décisions énergiques et exceptionnelles s’imposaient. Ce fut le contrôle des changes. Il ira en gagnant de sévérité.

D’autres mesures concomittantes étaient adoptées : le relèvement du taux de l’escompte, relèvement du taux de l'intérêt, contrôle des prix, l’émission d’un emprunt destiné non seulement à fournir des ressources au trésor mais encore à diminuer la circulation. Suppression des distributions de dividende en août 1935, pour freiner l'inflation et la hausse des prix.

La banque d'Italie fut chargée de centraliser toutes les créances des commerçants sur l’étranger, ce n’était là qu'une conséquence inévitable du contrôle des changes.

Naturellement, le régime de la restriction à la liberté du change tend à faire le vide de l’or dans le pays qui le pratique, les mesures administratives ne peuvent rien si elles ne remédient pas aux causes elles-mêmes.

Un expédient consista à décider le dépôt obligatoire des valeurs italiennes à l’étranger. Il fallait faire rentrer des devises et aviser à ce que la lire ne puisse être compromise de l’extérieur. Cette mesure qui ressortit directement du contrôle des changes prit d’ailleurs la forme d’un emprunt obligatoire, par la conversion des titres déposés en bons du trésor (août 1935).

Le déficit de la balance commerciale, ne cessant pas — bien au contraire — il devenait de plus en plus malaisé de conserver la règle de la couverture à 40 %. Et en juillet 1935 la règle est définitivement abandonnée sans qu'aucun autre minimum soit fixé. Les prémisses d’une dévaluation étaient posées. Il s’agissait de choisir le moment opportun pour que le régime n’ait pas à en

souffrir dans son amour propre, et ne compromettre sa stabilité.

En effet il devenait impossible, même en régime de contrôle des changes, de maintenir longtemps la monnaie à un niveau stable lorsque les déficits de la balance commerciale — et de la balance des comptes — étaient chose permanente et que la circulation s’accroissait sans arrêt (2).

La France allait intervenir pour créer, et la circonstance favorable et l’euphémisme génial : ce fut « l’alignement » du franc français sur la livre et le dollar.

Le 4 octobre 1936, la lire s’alignait à son tour sur le dollar pris comme étalon. Le poids d’or fin de la lire passe de 79 mmg. 19 à 46 mmg. 77, soit une dévaluation de 40 % environ. Conformément à la méthode française, une marge de 10 % était réservée à des adaptations ultérieures ; malgré cela — d’ailleurs cela ne changeait guère à la situation — l’amélioration technique de la monnaie n’était pas très sensible.

Compte tenu de la réquisition des valeurs étrangères et autres mesures semblables, la couverture dès octobre 1936 ne semblait guère dépasser 25 à 30 % des engagements avec une masse de réserve de 5 milliards de lires environ (3).

Peut-être en prévision de l’impossibilité de maïntenir longtemps ce nouveau cours et de la crainte de précipiter la chute de la lire par une défense aussi inutile qu’inefficace, aucun fond de stabilisation n’était créé.

Où en est actuellement la lire italienne ? On ne sait trop. Une seule chose est certaine : sa situation est très critique. D’après le « Financial News », en Ethiopie la

(2) De 3 milliards pendant le 1°" semestre de 1935. (3) Europe nouvelle, 24 octobre 1936.

parité entre la lire italienne et le thaler d’argent qui avait été fixée à 5 lires pour 1 thaler était passée, fin 1937, dans les « bourses noires » de 10 à 12 lires contre 1 thaler. Le même « Financial News» signalait que la fuite des capitaux par les frontières éthiopiennes atteignait le chiffre respectable de 30 millions de lires par mois, pendant que le solde débiteur de l'Italie, au compte de l'Ethiopie, s’établissait mensuellement à quelque 110 millions de lires ce qui, avec l’exode des capitaux, grève l’encaisse métallique du royaume de 140 à 150 millions chaque mois (4).

Ce qui prouve encore la difficulté qu’a l'Italie à à maintenir sa devise, et combien faible doit être la couverture de celle-ci, c’est qu’un retard considérable est apporté au règlement du clearing avec Vienne et Budapest qui sont créditrices de Rome et ne peuvent obtenir leur solde.

Quoi qu’il en soit, d’après le «Times » à fin février 1937, la perte subie par l’encaisse métallique de la péninsule s’établissait ainsi :

Pertes d’or et de devises................ 6 milliards — d’or collecté ........ TRS en tel — — de devises et valeurs à l'étranger... 3 —

Soit au total une dizaine de milliards de perte. L’encaisse était évaluée à 4 milliards de lires (5) dévaluées, soit 2,4 milliards lires 1934. Par suite de la

(4) Plusieurs centaines de millions de valeurs étrangères auraient dû être liquidées malgré l’importance que le gouvernement italien leur avait jusqu'alors attaché, pour des raisons politiques.

(5) D’après le Dr Pirelli (Economie internationale). Les réserves de la banque d’Italie au 31 décembre 1936 étaient de :

4.026 millions se décomposant en........ 3.958 — d’or 68 — de devises soit une couverture de 25 %.

chute répétée — et continue — du franc, l’encaisse italienne se serait légèrement améliorée, mais cela est douteux. Il semble plutôt que la perte monétaire, à cause de l'Ethiopie, ait vraisemblablement ramené l’encaisse aux environs de 3 milliards. La circulation, elle, avait légèrement augmenté depuis 1934 passant de 13,145 milliards à 16,525 milliards en 1936.

SECTION B

La campagne d’Ethiopie et les sanctions économiques qui ont été appliquées contre l’agresseur ont mis l’Italie dans la situation de dépenser moins et de produire plus : l’indépendance lui apparaissant être autant en fonction de la puissance militaire dont dispose un pays que dans sa puissance économique. La conséquence immédiate a été la mise en œuvre d’un plan devant conduire à l’autarcie.

Avant la campagne de 1934-1935, l'Italie avait déjà entrepris de relever sa production agricole et de faire en sorte que l'Italien se nourrisse de pain italien. Et ce fut la recherche de meilleurs procédés de culture, de plus forts rendements dans la culture des céréales, lapplication du sélectionnement dans l’élevage du ver à soi, la tentative de faire du coton, de développer la culture du riz, etc.

La «bonification » des marais — les marais pontins notamment — qui était une bien vieille idée, et qui était déjà entrée partiellement en application, fut reprise

avec plus de méthode et plus d’énergie. Des milliers d'hectares, jusqu'alors abandonnés aux moustiques et à la faune aquatique, devinrent des champs prospères, couverts de petites exploitations modèles (6). Des terrains furent reconquis sur la montagne pour être livrés à la culture.

Longtemps déficitaire en ce qui concerne les céréales, l'Italie parvint à se suffire à elle-même.

Ses efforts étaient couronnés de succès, c’est alors que, par suite des circonstances, elle tenta dans le domaine industriel l’expérience qui lui avait si bien réussi dans le domaine agricole.

Cependant les conditions, dans ce domaine, lui sont moins favorables que pour l’agriculture et que pour l'Allemagne.

L'Italie est avant tout un pays d'agriculteurs et de commerçants. Ce n’est pas un pays surindustrialisé comme l’Allemagne. Pour s’adonner à la politique des succédanés, il lui manque l'essentiel : le charbon et le lignite. Pour construire ses usines, il lui manque le plus important : le fer et une main-d'œuvre spécialisée. Ses chimistes n’ont peut-être pas non plus ni le nombre suffisant, ni l’expérience, nécessaires dans ce domaine spécial. Et surtout il lui manque, à la base de départ, une forte charpente industrielle préexistante.

Cependant des installations pour la fabrication de textiles artificiels furent édifiées, la récupération des vieux

(6) L'office des anciens combattants chargé d’une grande partie de la bonification, fait des prêts aux fermiers, et leur construit une petite ferme, qui leur est livrée garnie de son matériel d’exploitation et d’un cheptel. Le fermier pourra devenir propriétaire en remboursant l’office par annuités. Un centre de culture, dans chaque domaine bonifié est chargé d’étudier les cultures et les procédés les plus adéquats. Les fermiers ont à suivre ses directives. Les propriétaires de

latifundia ont eu, eux aussi, à fragmenter et aménager leur domaine, à leurs frais, sous peine d’expropriation,

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métaux entreprise sur une vaste échelle en même temps que la prospection en vue de trouver du minerai (7).

La fabrication des carburants artificiels ne fut pas négligée davantage. Naturellement tout cela sur une échelle assez limitée et, en comparaison de l’Allemagne, dérisoire.

Le gouvernement pour favoriser le succès de cette entreprise établissait des monopoles et, par son intervention dans le financement de ces industries nouvelles, voyait son rôle s’étendre de plus en plus et s’accroître le poids de ses responsabilités.

Mais, raisonnablement, l'Italie n’est pas faite pour cette politique, sa structure géographique et son sous-sol le lui interdisent. Placée sur une des mers les plus commerçantes du globe, elle est destinée à jouer un rôle de commerçante, de transitaire et d’entrepositaire. La charge d’un empire colonial à outiller et à développer exige plutôt le libre échange qu’une autarcie qui retarde — ou compromet — l’œuvre colonisatrice. Mais ce libre échange est-il encore possible actuellement pour elle ? Nous examinerons cette question plus loin.

SECTION C

FINANCEMENT —— LES INSTITUTS

L'Italie eut, et a, à financer deux choses :

1° Sa guerre d'Ethiopie et la mise en exploitation de sa conquête.

(7) Un gros effort, qui a d’ailleurs donné d’heureux résultats, a

été ‘entrepris pour développer la production d’énergie électrique et suppléer au manque de charbon,

2° Sa politique autarcique.

Les moyens mis en œuvre pour aboutir furent : a) Les emprunts,

b) les moyens de trésorerie,

c) l’aide des banques et des instituts,

et, enfin les mesures fiscales que nous examinerons dans la section suivante.

a) Les emprunts

Il a fallu au préalable prendre des mesures pour assurer la canalisation du crédit : ce sont les lois qui limitent les investissements en exigeant le contrôle et l’autorisation de l'Etat. C’est la loi fiscale sur la progressivité de limpôt sur les bénéfices distribués des sociétés, qui a pour résultat de diriger, plus volontiers, vers les caisses de l'Etat que vers l’industrie privée, l’épargne existante et qui, en outre, assure l’auto-financement de l’industrie privée.

Le premier grand emprunt fut lancé en Octobre 1935 par l’émission de rente 5 %. Sa souscription était facilitée par l’acceptation du paiement de celle-ci au moyen de titres du dernier emprunt 1934 à 3,5 %. Le souscripteur devait payer une soulte qui constituait, pour l'Etat, le véritable apport nouveau de capital. Des garanties étaient données à l’épargne (8).

Les consortiums des instituts bancaires souscrirent en

(8) Parmi ces garanties, citons : promesse qu'aucune conversion n’aurait lieu sur une durée de 20 ans. Exemption d’impôts présents et à venir. LE LA a LE T

L’emprunt a pour but d'éviter le recours à l’émission de bons ordinaires à 1 an.

masse (9). Bientôt 20 milliards étaient souscrits, mais l'Etat ne recevait que 2,2 milliards d’argent frais ; à la clôture 6,8 milliards étaient rentrés dans les caisses du trésor (sur une souscription nominale 43 milliards).

Quelques mois avant cet emprunt, en août 1935, une mesure était prise qui ne se rattache pas, en principe, aux mesures d'emprunt, mais qui en est une, en fait, et qui consiste dans l’exigence de la remise des valeurs étrangères (et des valeurs italiennes à l’étranger, en possession d’italiens) à la banque d'Italie. En échange de quoi seront donnés des bons du trésor, portant intérêt à 5 % et à échéance limitée à 9 ans.

Aucun chiffre officiel n’a été fourni sur ce qu'a pu rapporter cet emprunt indirect (10).

La dévaluation avait eu pour résultat de favoriser les détenteurs de biens immobiliers, lesquels avaient tendance à reprendre une valeur, en la nouvelle monnaie, proportionnelle à leur valeur réelle. C’est cette observation, bien connue, qui est la légitimation officielle de l'emprunt 5 % remboursable, obligatoire pour les détenteurs de biens immobiliers. C’est plutôt une mesure fiscale qu’une mesure de crédit. Tout propriétaire d’un bien d’une valeur supérieure à 10 milles lires est tenu de souscrire à l’emprunt. D'ailleurs toutes garanties sont assurées pour le paiement des intérêts : les souscripteurs se paieront à eux-mêmes leurs intérêts au moyen d’un impôt spécial affecté à la charge de leur créance et qu’ils sont seuls à payer. Ce même impôt est calculé pour un amortissement en 25 ans.

(9) Coté 78 lires sur le marché les titres étaient repris à 80 lires. Une soulte devait compenser les différences entre le prix d'émission fixé à 95 lires et 80, soit 15 lires.

(19) Un recensement, de 1931, des valeurs étrangères facilitait l’exécution de cette loi,

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Des facilités sont d’ailleurs données aux intéressés : qu’ils paient en bloc les annuités de l’impôt et ils seront déliés de l’obligation de souscrire (11).

On admirera cette subtilité, toute machiavélique, à manier le sophisme et l’euphémisme.

Toujours est-il que 3 ou 4 milliards devaient ainsi êlre versés à l'Etat.

b) Moyens de trésoreries

Il y eut émission de bons ordinaires — à 1 an — pour combler les déficits du budget. Il ne semble pas qu’il y ait eu d’abus flagrant dans l’exploitation de ces expédients, le Ministre des Finances, Monsieur Thaon di Revel en signale officiellement 7,5 milliards en circulation.

Il faut d’ailleurs tenir compte d’un accroissement de circulation fiduciaire de 3 à 4 milliards, ce qui en somme, fait un appel d’une dizaine de milliards aux procédés de trésorerie.

c) Appel aux banques et instituts

La politique de déflation entreprise dès 1926 avait causé de graves difficultés à l’industrie privée et, par suite, aux banques qui la contrôlaient. L'Etat eut à intervenir pour les renflouer, et les prendre sous son contrôle. Par ce fait même il prenait la succession au contrôle qu’elles assuraient jusque-là sur l'industrie. Et, dorénavant, les banques ne seront plus qu’un instrument dans sa main, soumises à ses volontés et ne contrôlant plus rien. Elles n’auront, à partir de ce moment, qu’un rôle de collecteur de l’épargne et, à ce titre, entreront en col-

(11) Ce qui fournit une légère diminution de 10 % environ,

laboration avec les Instituts (12) dont nous allons maintenant parler.

Les Instituts ne sont pas de création « Mussolinienne » leur fondation remonte à 1915. Mais avec Mussolini, et surtout depuis la crise de 1929 leur rôle n’a cessé de grandir. Ce sont eux qui, à proprement dire, sont chargés du financement de l'Economie Nationale.

Le premier en date de ces Instituts est le « Consorzio per sovvenzioni su valori industriali >» dont le rôle était d'accorder des avances aux entreprises en difficultés, sur leur portefeuille — titres immobilisés, en tout ou partie. C’est toujours ce principe qui est à la base de tous les établissements analogues qui ont été créés depuis.

L'Institut se procure lui-même des capitaux en empruntant aux banques, à l’Institut d'émission, au public. Son capital originaire avait été fourni à concurrence de 125 millions de lires par les établissements privés et il avait obtenu une ouverture de crédit de 400 millions près de la banque d'Italie (13).

C’est le «consorzio per sovvenzioni» qui lors de la crise bancaire fut chargé de rétablir la situation, la banque d'Italie lui fournissant les trois milliards nécessaires. C’est par son intermédiaire que le gouvernement a mis la main sur les banques privées (14), qu’il contrôle, et sur les industries qui en dépendaient.

(12) Les banques italiennes sont soumises à un contrôle sévère sous la propre autorité du Duce au moyen du « Comité» et de « l’inspection ». Toutes les banques qui acceptent des dépôts à vue ou à court terme lui sont soumises. De même «l’Instituto mobiliare italiano » qui est chargé des crédits à long terme. Aïnsi, la canalisation de l’épargne peut être assurée à tout moment,

(13) Notons que la banque d'Italie a cessé d’être une banque privée, elle est devenue un Institut d’ordre public, dont le capital appartient dorénavant à des personnes morales.

(14) Les banques devenues des banques de dépôt, ne faisant plus

d'opérations lucratives, sont «chères» ce qui ne favorise guère le commerce.

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Un autre institut, créé également avant l’arrivée du fascisme le « consorzio per le opere publiche », émettant des emprunts sur gage, devait assurer le financement des travaux publics.

Ce consortium a aidé les sociétés de navigation à émettre des emprunts pour assurer leur développement et à la fin de 1930 il avait réussi à émettre 1200 millions de lires d'emprunt sur le marché intérieur et 300 millions sur les marchés de Londres et New-York. Depuis il a émis divers emprunts, dont un de 600 millions, et a contribué à faire absorber 2 milliards d'emprunts au cours de la guerre d’Ethiopie.

En 1924, par décret, est créé le premier institut fasciste, il s’agit de «l’Instituto di credito per le impresse di publica » qui est plus directement chargé du financement des entreprises d'utilité publique. Son capital fut souscrit par les caisses d'épargne et les compagnies d’assurances. Faisant des avances aux sociétés de travaux publics, il emprunte sur le marché intérieur et extérieur (Il a emprunté environ 1.200 millions jusqu’à 1935 (15).

Avec la crise de 1930, la nécessité d’accroître le financement des entreprises défaillantes ou de hâter le développement de l'outillage national amena la création de deux instituts nouveaux, l’un étant chargé du crédit à court terme, l’autre de celui à long terme. Tous deux font appel aux diverses sources d'épargne que nous avons

déjà indiquées comme utilisées par les établissements de

ce genre. Mais au lieu d'émettre des actions qui, en période d’instabilité, trouveraient peu de preneurs, ils ont la faculté d’émettre des obligations que le souscripteur pourra, ultérieurement, changer contre des actions.

(15) Il a avancé notamment à la société électrique de Ligurie, à la société hydraulique de la Sila.

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L'Etat garantit le paiement des intérêts et ainsi l'épargne, ne court qu’un risque limité.

L’Instituto Mobiliere fondé en 1931 est chargé du prêt à court terme aux entreprises privées, ou de la prise de participation dans les sociétés qui lui font appel (16).

Son capital (500 millions) a éié souscrit par la banque d'Italie, la caisse des dépôts et les caisses d'épargne. Quant à «l’Instituto per la Ricostruzione Industriale » son rôle est de fournir le crédit à long terme. Alors que l’Institut mobilier ne peut faire des prêts à plus de 10 ans, il pratique, lui, le crédit à 15 et 20 ans.

Organisé en deux sections, par leur entremise, il pourvoit à la liquidation des sociétés non viables et au financement industriel pour développer la reprise et l’outillage : il a ainsi financé la «société des téléphones », la formation et la réorganisation de consortiums métallurgiques.

Ces deux instituts ont joué un rôle considérable depuis leur création, par l’aide qu’ils ont apporté à l’industrie et par les emprunts qu’ils ont aidé l'Etat à émettre. Ils ont certainement réussi à mobiliser plusieurs milliards (17).

Par eux « l'Etat s’attribue un pouvoir d’arbitre et décide de l'extension, du maintien ou de la liquidation des sociétés italiennes » (18). Mais en même temps, il s’expose au risque de grever lourdement son budget, de ne se voir jamais déchargé des actions qui, théoriquement,

(16) Les titres qu’il émet sont exempts de tout impôt, présent ou futur.

(7) L’Institut pour la reconstruction industrielle en 1935 avait déjà — et à lui seul — émis deux milliards d’obligations.

(18) Enrico Urbino « Financement de l’activité industrielle >». Revue d'Economie Internationale 1935.

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doivent revenir en mains privées par leur échange contre les obligations détenues par les particuliers.

Signalons les mesures secondaires qui ont été prises pour favoriser l’entrée et l’investissement des capitaux étrangers en Italie : dégrèvement ou exemption d’impôts présents ou futurs pour tout achat d’une propriété supérieure à 500.000 lires — Privilèges en cas de guerre. Transfert libre des intérêts jusqu’à concurrence de 5 % du capital, etc.

d) Evaluation de la dette italienne

En 1935 « The economist » estimait que de 1922 à 1935 la dette de l'Italie s'était augmentée d’une cinquantaine de milliards de lires, passant de 93 à 146 milliards. C’est pour protester contre cette évaluation que Monsieur Thaon di Revel, ministre des finances du royaume, exposait (19) la situation de la dette italienne telle que nous allons le faire nous mêmes — mais en prenant comme années de comparaison les années 1922 et 1933 — en millions de lires.

Année 1922 Année 1933

Emprunts amortissables ...... En 12192 83.725 CORNE 44.448 9.892 DCHEMOIONTE ES DS us. 36.256 10.625

RAR a ec 02.806 104.400 Paiement différés ............ 4.057 24.066

POUR RE ee cu à 96.913 128.308 soit une augmentation de ............ 31.395

(19) Bulletin de Presse Italienne, n° 309 du Ministère des affaires étrangères,

L'augmentation de la dette publique ainsi exposée serait due aux investissements qui se décomposeraient approximativement en :

17.293 à la charge totale de l'Etat ; 5.715 de subventions accordées par l'Etat ; 5.715 d'investissement dans les chemins de fer, etc.

Telle était la situation en 1933, mais depuis la situation a dû quelque peu changer. II faudrait tenir compte de l'emprunt 5 % qui a rapporté 7 milliards, de l’échange des valeurs étrangères contre des bons à 9 ans (chiffre exact inconnu) que, en tenant compte des 1772 millions d’avoirs à l'étranger disparus, l’on peut, approximativement évaluer à ce dernier chiffre. De l’émission de 7 à 8 milliards de bons du trésor, de 2 à 4 milliards d'inflation, de la perte d’une dizaine de millards d’or (20). Il faudrait encore ajouter les emprunts émis par les instituts et garantis par l'Etat qu’il ne serait pas exagéré d’évaluer à 8 ou 10 milliards ; soit au minimum une trentaine de milliards (21) nouveaux à ajouter à l’augmentation avouée de 30 milliards. Ce qui, compte tenu de la sobriété bien connue des évaluations faites par les ministres des finances, doit donner un chiffre approximatif de 170 à 180 milliards de lires pour la dette véritable (22), qui aurait ainsi presque doublée depuis 1922 (23).

Il ne semble pas que, mis à part le danger qui résulte du manque d’or et de devises pour les échanges extérieurs, on puisse du seul point de vue technique consi-

(20) Au cours de l’ancienne lire, d'avant la dévaluation de 1936.

(21) Nous ne tenons pas compte de l’emprunt 5 % immobilier qui est plutôt un impôt.

(22) Plus une dévaluation. Si celle-ci favorise l'Etat, en ce qui concerne le service de la dette, elle pèse lourdement sur les particuliers.

(23) En échange une œuvre magistrale a été réalisée, il est vrai, mais pas toujours rentable.

dérer (24) cette dette comme mal équilibrée, puisque la

‘ dette flottante semble assez réduite par rapport à l’en-

semble, et que, en régime dictatorial, le gouvernement dispose de moyens de contrainte illimités. Mais ce qui fait la gravité du problème, c’est que l’Italie ne peut vivre repliée sur elle-même. Plus que toute autre, elle a besoin du commerce international pour vivre, or le clearing lui a donné quelques déboires et les devises lui font défaut pour acheter ce dont elle a besoin. Ainsi se trouve posé l’angoissant dilemne : vivre dans l'isolement et l’autarcie alors que ceux-ci sont choses impossibles pour l'Italie.

SECTION D

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