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ÉTATS-UNIS D’AMÉRIQUE

De bonnes finances ont toujours été un des élémens essentiels de la puissance d’une nation : cela est plus vrai aujourd’hui que jamais. Elles lui permettent, en temps de guerre, de porter à son maximum d’intensité l’outillage que la science moderne met à la disposition des combattans. Dans le duel qui s’est engagé au mois d’avril 1898 entre l’Espagne et les États-Unis, il semble que la supériorité financière de ces derniers soit un élément de succès aussi important que l’énorme différence de population, quadruple en Amérique de ce qu’elle est dans la péninsule. Bien que l’état économique de nos voisins transpyrénéens soit loin d’être aussi mauvais que beaucoup de gens se l’imaginent, il est incontestable que celui de leurs adversaires est infiniment supérieur et capable de résister en se jouant à des épreuves comme celles de la guerre actuelle. Nous allons essayer d’en étudier les élémens.

. Un rapide coup d’œil jeté sur l’historique des finances américaines, particulièrement depuis la guerre de Sécession, nous expliquera par quelle série d’événemens a été préparée la situation présente, en nous montrant l’un des efforts les plus considérables qui aient jamais été faits par un peuple pour se procurer les ressources nécessaires à la lutte et se débarrasser de sa dette, une fois la paix rétablie. A côté du budget fédéral, ceux des États particuliers et des communes nous serviront à compléter le tableau des charges qui pèsent sur la nation américaine, charges aujourd’hui légères si on les compare à ce qu’elles étaient, il y a

REVUE DES DEUX MONDES

trente ans, et qui peuvent être augmentées sans nuire au développement du pays. Nous ne séparerons pas l étude de ces divers points de celle du système monétaire et fiduciaire, si important dans la constitution économique d’ün pays et dont l’imperfection s’est plus d’une fois fait sentir aux États-Unis. Nous verrons qu’une confusion fâcheuse d’attributions y a mis au nombre des fonctions du Trésor l’émission des billets de banque, et que ce système a été une source constante de difficultés et d’inquiétudes.

L’ordre naturel du sujet nous fera diviser en trois parties notre étude : historique, budget de la confédération, finances locales; nous essaierons de dégager, de cet examen du passé et du présent, quelques vues d’avenir.

Jusqu’en 1861, le montant de la dette des États-Unis n’avait jamais atteint un chiffre considérable : après s’être élevé de 75 millions de dollars (1) en 1791, à 127 millions en 1816, point culminant de cette période, il n’avait cessé de décroître ; en 1835 il avait disparu et en 1860 il n’était encore revenu qu’à 65 millions, c’est-à-dire la moitié environ de ce qu’il était un demi-siècle plus tôt. A partir de ce moment, la face des choses change rapidement : en 1866, au lendemain de la guerre civile, le montant de la dette est de 2773 millions de dollars, y compris les billets sans intérêt, connus sous le nom de greenbacks, émis pour plus de 400 millions par le gouvernement du Nord au cours de sa lutte contre les États du Sud. Vingt-cinq ans plus tard, en 1891, ce chiffre est réduit à 1560 millions ; il était, au début de la guerre espagnole, revenu à 1835, dont 847 portent intérêts. Hâtons-nous d’ajouter que le Trésor possède une encaisse d’environ 800 millions, de sorte que sa dette réelle était de 1 milliard environ. Il faut toutefois l’augmenter de la perte subie par le métal argent qui compose la majeure partie de l’encaisse : cette perte représente aujourd’hui Le tiers à peu près de cette dernière.

Il est difficile de résumer l’histoire financière des États-Unis depuis la guerre de Sécession, si l’on ne rappelle pas à grands traits leur histoire économique pendant la même période. Huit ans après que le général sudiste Lee eut mis bas les armes, la lou-

(1) Tous les chiffres de cet article sont exprimés en dollars, unité monétaire américaine, qui équivaut à environ 5 fr. 20 de notre monnaie.

gueur des chemins de fer américains avait doublé. La surface ensemencée en céréales avait passé de 64 millions d’acres en 1867 à 100 millions en 1878. Cette énorme augmentation avait naturellement été accompagnée d’une chute de prix, que la réduction des frais de transport contribuait encore à hâter. C’est alors seulement que naît aux États-Unis la question de l’argent : les agriculteurs, effrayés de la baisse du blé, s’imaginent qu’elle est due à une insuffisance de monnaie, et demandent à en augmenter le volume, soit sous forme de billets, soit au moyen de la frappe de pièces d’argent : c’est de cette époque que date la suspension du rachat des billets émis pendant la guerre civile ( greenbacks) et la première loi ordonnant l’achat par le Trésor et la frappe mensuelle d’au moins 2 millions de dollars d’argent (Bland bill de 1878). Les représentai des États miniers de l’Ouest, où la production d’argent annuelle passa de 1 million de dollars en 1861 à 45 millions en 1878, avaient usé de toute leur influence pour obtenir cette nouvelle législation, contraire à la politique américaine suivie jusque-là en matière monétaire, puisque le pays n’avait pas frappé plus de 8 millions d’argent depuis le commencement du siècle. C’est en 1880 que le Message présidentiel fait pour la première fois mention de l’intérêt que les Etats-Unis, « le plus grand producteur d’argent du monde, ont à maintenir ce métal comme étalon. » Quant aux greenbacks , le chiffre, qui en atteignait 450 millions de dollars en 1866, avait été réduit à .315 millions en 1869, mais relevé à 346 millions en 1872, à 370 en 1874 et finalement à 382 millions. Le régime du papier-monnaie à cours forcé, inauguré pendant la guerre, subsistait toujours : il avait eu pour conséquence une prime sur l’or, qui s’était élevée un moment jusqu’à 100 pour 100.

De 1872 à 1878, une véritable révolution avait eu lieu dans le mouvement commercial des États-Unis. En la première de ces deux années, les importations de marchandises dépassaient les exportations de 182 millions de dollars; en 1878, ces dernières étaient de 258 millions plus fortes : la balance du commerce s’était, en six ans, déplacée de 440 millions; aussi les meilleures conditions semblaient-elles réunies pour assurer le succès de la loi de reprise des paiemens en espèces, votée le 7 janvier 1875, et qui devait entrer en vigueur le 1 er janvier 1879 : elle ordonnait le libre monnayage de l’or, l’échange à bureau ouvert des billets d’État contre le métal, et le retrait définitif de ymsnôac&s jusqu’à concur-

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