LE CREDIT ET LE CHANGE
Dir , Pai L Au guste ARNAUNÉ
Directeur do 1 administration des Monnaies et Médailles. Proiesseur à^UcMe des Sciences politiques.
Un volume in-8.
[Ouvrage couronné par VAcadémie 7es sciences V mô)îccieS?et politiques.) DEUXIEME EDITION, REVUE ET AUGMENTÉE
8 fr.
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Les monnaies - La drcu aUon n 1 1 NSTRUM ™TS, son mécanisme
tes flducmire ‘ - Le mécanisme de la circulation.
Définition. - LeisSstème L^^MIES MÉTALLIQUES blême monétaire 5 en France. — uŸvsfèm? 1106 ' T . L ’ Union latine - — Le P ro ' monétaire de l’Allemagne — Te = mor >el,aire anglais. — Le système, monnaie de l’Indo-Chine. * 6 SiSt,6me monétaire des Etats-Unis. — La
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Le gage de.la’circ ‘laüoÆdSe^ com P ensalion '
De toutes les surprises que la fin du xix° siècle nous réservait, il n’en fut peut-être pas de plus vive que celle de l’entrée en scène du Japon, de l’Empire du Soleil levant, qui apparut tout d’un coup comme un État militaire et industriel de premier ordre, capable de tenir son rang entre les vieilles puissances européennes et les États-Unis du Nouveau Monde, vainqueur de la Chine, triomphateur aux Expositions universelles internationales, naguère uni à la France, à l’Angleterre, à F Allemagne, à la Russie, à l’Autriche, à l’Italie, pour délivrer les légations de Pékin et réduire une seconde fois à merci les Célestes, déjà battus par lui six ans auparavant, aujourd’hui allié de la Grande-Bretagne, qui a daigné sortir de son « splendide isolement » pour signer un traité d’alliance en bonne et due forme avec le souverain qui règne à Tokio. Depuis longtemps notre curiosité était attirée vers cette race active, dont nous savions que l’histoire remontait à bien des 1 siècles en arrière et présentait, à de certaines époques, quelque analogie avec celle de notre propre pays 1 . Sa vivacité nous charmait, son art fin et profond nous faisait éprouver de délicates jouissances : nous ne soupçonnions pas sa vigueur. Ses succès sur mer et sur terre, la marche brillante de ses armées, qui étaient à quelques journées de Pékin avant la signature du traité de Simonosaki, nous ouvrirent les yeux. Nous apprîmes à respecter sa force en même temps que nous constations ses remarquables progrès dans les arts de la paix; les produits de ses manufactures non seulement pourvoyaient aux besoins des consommateurs indigènes, mais, transportés sur des navires japonais, faisaient concurrence aux marchandises européennes dans tout 1 Extiême-Orient. Adoptant avec ardeur les inventions, s’assimilant avec une facilité merveilleuse les perfectionnements de la mécanique contemporaine, ces insulaires, dont on a quelquefois com-
1. Voir notre article de la Semaine politique et littéra social et économique du Japon, du 6 avril 4901.
e sur le Développement
paré l’esprit d’entreprise à celui des Anglais, eurent bientôt fait de transformer la vie de leur pays. Costume, législation, moyens de transport et de communication, organisation militaire et maritime, tout subit l’influence du souffle novateur. En peu d’années, le Japon était devenu un État moderne, dans toute l’acception du mot, et particulièrement au point de vue économique. Il eut des finances, un budget, une dette, un système monétaire raisonné, des comptes ordinaires et extraordinaires. Rien ne lui manquait pour être un de ces organismes compliqués et puissants qui synthétisent aujourd’hui les grandes communautés humaines.
Nous nous proposons d’examiner ici la constitution financière de l’empire : nous commencerons par rappeler ce qu’étaient les finances avant l’établissement du budget actuel, nous exposerons les grandes lignes de ce dernier, et les impôts qui lui servent de base; nous parlerons de la dette intérieure et extérieure, nous retracerons brièvement les péripéties de la récente réforme monétaire qui a doté le pays de l’étalon d’or, nous esquisserons les grandes lignes du système de banque en vigueur. Nous ferons précéder cet exposé d’une analyse rapide de la production agricole, commerciale et industrielle, éléments inséparables des finances proprement dites, dont la prospérité est intimement liée à celle de ces dernières, et desquels l’organisme que nous voulons étudier tire en quelque sorte sa substance.
L’archipel qui compose l’Empire ne comprend pas moins de 487 îles, au nombre desquelles celles du groupe de Taïwan (Formose) figurent pour 46 et celles du groupe Hokoto (Pescadores) pour 29 : les principaux sont Nippon (166 îles), Kiushiu (150 îles), Shikoku (75 îles) et Hokkaïdo ou Yeso. La population dépasse 46 millions d’âmes, soit un peu moins de deux habitants par ri carré; elle est en augmentation de 10 p. 0/0 depuis dix ans; une douzaine de mille étrangers résident au Japon, dont 6,000 Chinois, 2,000 Anglais, 4,300 Américains, 470 Français. La moyenne normale de la température, dans les diverses stations, varie de 6 à 24 degrés centigrades au-dessus de zéro. La superficie est de 27 millions de ri carrés, et le développement des côtes de 7,433 ri b De cette surface totale,
1- Le ri est égal à 3,927 mètres et le ri carré à environ 15 kilomètres carrés.
ANNALES DES SCIENCES POLITIQUES
25 millions de ri sont imposés : ils se divisent en 47 districts, 647 arrondissements et 14,726 communes. Les recensements séparent encore les nobles, au nombre d’environ 4,000, et les guerriers (anciens samuraï ), au nombre d’environ 2,000,000, des autres habitants. 78 villes comptent plus de 20,000 âmes : parmi elles Tokio tient la tête avec un million et demi; Osaka en compte 820,000; Kioto, 350,000; Yokohama, 194,000; Hiroshima, 122,000; Nagasaki, 107,000.
La production agricole, en 1899, était d’environ 40 millions de koku 1 de riz, 81/2 d’orge, 6 1/2 de seigle, 4 de froment, 7 1/2 millions de kwan 2 de thé. Ces divers chiffres ne marquent pas un progrès sur les années précédentes. Le pays possédait 1,433,000 bœufs et vaches, 1,588,000 chevaux et juments.
La fabrication des boissons fermentées se faisait en 1898-1899 dans près de 21,000 distilleries ou brasseries et consistait surtout dans la production du sake, liqueur extraite du riz, dont nous verrons bientôt le rôle important en matière fiscale. 10,000 fabriques livraient la sauce japonaise connue sous le nom de soy. La production de sucre brut, brun, blanc, noir et de la mélasse atteignait en 1898 près de 15 millions de kwan, soit environ 56 millions de kilogrammes; elle occupait plus de 90,000 ménages d’ouvriers. Près de 2 millions de broches étaient en activité dans les filatures de coton, dont la production dépassait 43 millions de kwan , soit 162 millions de kilogrammes. 264 fabriques d’allumettes en fournissaient 22 millions de grosses valant 6 millions et demi de yen 3 .
Le commerce extérieur a suivi le même développement rapide que l’ensemble de la vie économique de l’Empire; en dix ans, les exportations ont quadruplé, les importations presque triplé; les premières ont passé de 56 à 220 millions de yen, les secondes de 82 à 214. Le Japon exportait en Chine pour 5 millions de yen en 1890, pour 40 millions en 1899; vers Hong-Kong et l’Inde anglaise, 51 millions à cette dernière date contre 10 millions en 1890; vers les États- Unis, 64 millions au lieu de 20; vers la France, 29 millions au lieu de 8; vers 1 Allemagne, 4 au lieu de 1. Les importations de Chine au Japon avaient, durant la même période, passé de 9 à 29 millions; celles de Hong-Kong et de l’Inde anglaise, de 14 à 51 millions: celles de France, de 4 à 6; celles des États-Unis, de 7 à 38. En 1900, le commerce exté-