MILLI ONS DE VEN
Montant Augmentation
de l’impôt en 1899 de 2.5 p. 0/0 sur terrains après révision urbains à bâtir, de
de l'évaluation. 8 p. 0/00 sur les autres. Totaux.
Rizières.
Fermes.
Terrains à bâtir dans bourgs et villages...
les
Terrains à bâtir dans villes.
les
Autres terrains.
1. Environ 19 fr. 50 par 180 litres, soit à peu près 11 francs par hectolitre.
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Ce chiffre, autorisé pour cinq ans, est celui que nous trouvons inscrit aux budgets de la période 1898-1903.
L’impôt sur le revenu a été établi en 1887. Après dix ans d’expérience, qui en avaient démontré les imperfections, les bases en ont été revisées; une nouvelle loi promulguée en 1899 (XVII, 13 e session de la Diète) détermine les assujétis étrangers ou japonais, taxe les personnes juridiques, change le mode de perception sur les coupons d’obligations, desquels l’impôt sera déduit lors du paiement, élève le taux pour les revenus individuels, confie la perception à de nouveaux agents de l’administration. Les produits en étaient évalués comme suit pour l’année 1899-1900 :
Millions de yen.
l re classe.•. 1-2
Total. 3.8
Pour 1901-1902, la somme prévue s’élevait à 3 millions et demi.
Le projet de taxe sur les affaires a été présenté pour la première fois à la Diète dans sa neuvième session. Comme elle frappe toute la communauté industrielle et que, par son transfert du domaine des taxes locales à celui des taxes impériales, elle perd son caractère d’inégalité, elle formera dans l’avenir un des éléments stables du budget. Le gouvernement a demandé que les catégories d’affaires à taxer fussent déterminées par la loi et que les taux de l’impôt fussent fixés d’après les recettes et le capital des entreprises, la valeur des immeubles, le nombre des employés, etc., de façon à les faire dépendre du degré de la prospérité réelle. Lorsqu’il s’agit de maisons commerciales ou industrielles ayant des établissements au Japon et à l’étranger, la taxe n’est prélevée que sur le capital consacré à l’affaire en territoire japonais. Le rendement, pour 1901- 1902, en est évalué à plus de 6 millions.
De nouveaux droits d’enregistrement ont été introduits en 1896, lorsque s’exécuta la première partie du programme d’augmentation des impôts : ils frappent surtout les transferts d’immeubles et de navires; ce chapitre produit environ 14 millions de yen.
Les droits sur le salie ont été accrus à plusieurs reprises. La loi détermine les diverses sortes de salie et fixe, pour chaque catégorie, le montant de la taxe, qui s’élève jusqu’à 13 yen par koku. Dans le cas où la proportion d’alcool contenu dans la liqueur dépasse
un certain degré, le taux de l'impôt sur l’excédent est majoré. L’accroissement de l’impôt n'a d’ailleurs pas empêché la consommation de grandir. Il est curieux de retrouver au Japon quelque chose d’analogue à notre régime des bouilleurs de cru : le sake fabriqué pour la consommation domestique était d’abord, jusqu’à concurrence de 1 koku par an, exempt d'impôt, ou ne payait qu'un droit nominal de 80 sen. Le gouvernement pensait ainsi favoriser les familles pauvres, qui fabriqueraient pour leur consommation une certaine quantité de sa/ce; mais, ayant reconnu que ce sont des cultivateurs aisés qui se livrent à cette industrie, il augmenta le droit et exigea le paiement d’une patente par les bouilleurs de cru, dont le nombre se réduisit aussitôt à un dixième de ce qu'il était auparavant. Un pas décisif fut fait lors de la dernière élévation de l’impôt : les dangers d’évasion de la matière imposable devenant de plus en plus grands, le privilège fut aboli. Le gouvernement eut soin de porter la nouvelle législation à la connaissance du peuple, là surtout où la distillation à domicile était une ancienne habitude, et de prévenir ainsi des fraudes ou des contraventions involontaires. Le Japon nous a donné un exemple à suivre.
Une loi de 1893 avait établi un droit de 23 yen par koku d'alcool vendu : mais cet impôt rentrait mal, beaucoup de petits débitants tardant à le payer. On essaya de le remplacer par un impôt sur des mélanges de sake et d’alcool. Puis enfin on taxa à un taux très élevé tout sake contenant de l’alcool. En même temps le droit de douane sur l’alcool fut porté de 40 à 230 p. 0/0 ad valorem. Ce ne fut qu’après avoir conclu de nouveaux traités que le gouvernement put ainsi élever les droits d’entrée parallèlement, aux droits d’accise qu’acquittent certains produits à l’intérieur. Il y avait plus d’un quart de siècle que le Japon tendait à mettre en harmonie les impôts de consommation avec les droits d’entrée sur les mômes objets.
Le droit sur le soy frappe un objet d’alimentation, employé par toutes les classes de la population : aussi ne fut-ce qu’après beaucoup d’hésitation que, pour subvenir au déficit creusé par la réduction de l’impôt foncier, le gouvernement proposa en 1899 d’élever ce droit de 1 à 2 yen par koku.
Les lois sur le timbre ont été promulguées en 1873, modifiées en 1884 et codifiées en 1899. Les principaux objets de ce dernier remaniement furent de simplifier les tarifs, d’abolir le timbre sur les chèques, d’égaliser les droits sur documents ou livres de compte, A. Tome XVII. — 1902. 32
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de supprimer l’usage des formules préparées à l’avance, de limiter les exemptions de droits, d augmenter le nombre de documents devant être timbrés à l’extraordinaire et non par l’apposition de timbres mobiles, de simplifier les modes d’oblitération de ces derniers.
Le système des droits de douane en vigueur reposait sur des actes diplomatiques : les premiers traités avaient été conclus en 1858 avec la France, l’Angleterre, la Russie, la Hollande et les États- Unis; des bureaux de douane furent installés alors à Yokohama, Nagasaki et Hakodate; Kobe s’ouvrit au commerce étranger en^l867. Ce n’est qu’en 1894 que le gouvernement commença à préparer de nouveaux règlements qui furent promulgués en 1897 et qui divisaient les marchandises en trois classes : articles taxés, articles admis en franchise, articles prohibés. Les droits variaient de 5 à 40 p. 0/0, avec une moyenne de 10.52. En 1899 parut la loi des douanes impériales, qui marque une évolution importante dans l’histoire économique du Japon, affranchi désormais de la tutelle étrangère. La loi de tonnage transforma les anciens droits de port, qui ne tenaient pas compte de la jauge des navires, en un droit proportionnel de 5 sen par tonne.
Le monopole du tabac en feuilles a été constitué en 1898 : en même temps ont été supprimés les droits de timbre sur cette marchandise, qui étaient une source de vexations pour le commerce. Au U 1 ' janvier 1898, le gouvernement fit le récolement du tabac existant dans le pays et trouva qu’il y en avait 7,427,000 kwan , environ 30 millions de kilogrammes, tant aux mains des fabricants que des cultivateurs et des intermédiaires. Les quantités détenues par les premiers furent imposées aussitôt, les autres remises à l’administration. La culture se fit sous le régime du monopole, pour la première fois, en 1898-1899 : 8 millions de kwan furent apportés au gouvernement, qui s’était attendu à une production beaucoup plus forte : les bénéfices du monopole s’élevèrent à 5 millions de yen. Une mauvaise récolte indigène et l’augmentation de la consommation provoquèrent des arrivages du dehors, dont le chiffre atteignit près de 5 millions de kwan, et décidèrent le gouvernement à s’attribuer également le monopole de l’importation du tabac étranger en feuilles et à élever à 100 0/0 le droit d’entrée du tabac étranger manufacturé. Les revenus bruts du monopole sont d environ 23 millions de yen, et les frais d’exploitation de 10 millions.
Telles sont les principales sources de revenu du Japon. Il nous reste à montrer comment le système monétaire et celui des banques ont été réorganisés, de façon à fournir aux transactions, dont l’activité se multiplie, des instruments aussi parfaits que possible et semblables à ceux des nations les plus civilisées.
De 1600 à 1868, c’est-à-dire pendant plus de deux siècles et demi, aucune modification n'avait été apportée au système monétaire : mais les monnaies elles-mêmes avaient subi diverses refon tes, qui en avaient chaque fois déprécié le titre. Le papier monnaie circulait depuis la seconde moitié du xvn e siècle : les daïmios, seigneurs féodaux, émettaient des billets qui avaient cours dans leurs domaines. Ce n’est qu’en 1871 que le gouvernement central déclara vouloir procéder au remboursement de ce papier, dont le chiffre était encore d’environ 38 millions, et qui disparut sept ans plus tard, en 1878; mais le mal n'était guère moindre, puisque le gouvernement lui-même émettait des billets qu’il essayait d’imposer à la circulation et qui subissaient une perte considérable par rapport au métal. Aussi le vice-ministre des finances, Ito, chercha-t-il les moyens de remédier à cet état de choses et crut-il l’avoir trouvé dans l’organisation de banques nationales, calquées sur celles des États-Unis d’Amérique, c’est-à-dire autorisées à émettre des billets, à condition que les trois cinquièmes au moins de leur capital fussent placés en fonds d’Ëtat nationaux. Le comte Okuma éleva à 80 p. 0/0 la partie du capital des banques qui devait être employée à l’acquisition de rente indigène, et ordonna que le cinquième restant fût consacré au rachat du papier-monnaie gouvernemental. D’autre part le gouvernement impérial fonda la monnaie d’Osaka, établit en 1871 un nouveau système fondé sur l’étalon d’or, et décida la frappe de yen d’argent, pièces identiques à la piastre mexicaine, monnaie courante de tout l’Extrême-Orient; ces yen d’argent ne devaient avoir force libératoire que dans les ports à traité. Le mauvais état de la circulation, l’excès de papier-monnaie causèrent l’émigration des espèces métalliques et surtout du métal jaune; la difficulté de maintenir l’étalon d’or dans un pays environné de nations qui ne connaissaient que le métal blanc provoqua l’ordonnance de 1878, qui étendit la force libératoire du yen d’argent à tout le territoire;
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c’était adopter le double étalon. Les émissions de papier-monnaie s’accrurent encore lors de la guerre civile de 18/7, et eurent pour conséquence inévitable une dépréciation notable de cette partie de la circulation.
En août 1876, un remaniement de la loi concernant les banques nationales avait eu pour effet de faciliter l’émission de billets par ces établissements : cette cause d’accroissement du papier s’ajoutant à l’autre contribua à l’élévation des prix, à l’exagération des importations, à l’encouragement de l’esprit de dépense. Le gouvernement finit par reconnaître la source du mal et s’y attaqua en 1880 par un commencement de retrait du papier. Le comte Matsukata, devenu ministre des finances en 1881, reconnut la nécessité de former une réserve métallique et de fonder une banque centrale, qui aurait pouvoir d’émettre des billets, mais des billets remboursables en espèces : 1a. Banque du Japon, créée en 1882, reçut en mai 1884 son privilège d’émission. Dorénavant, une moitié des excédents budgétaires dut être consacrée au rachat du papier-monnaie et l’autre moitié à la constitution d’un fonds de réserve métallique. En même temps le privilège des .banques nationales fut dénoncé, de façon à prendre fin à l’expiration de la vingtième année de chacune des chartes. Grâce à ces mesures, dès 1885, le billet était presque au pair de l’argent, et le gouvernement put décréter la reprise des paiements en espèces à partir du 1 er janvier 1886. Quatorze ans plus tard, le 31 décembre 1899, les billets du gouvernement et ceux des Banques nationales étaient retirés delà circulation, qui ne comporte plus que des billets de la Banque du Japon.
Parallèlement à cette réforme, le Japon préparait celle de son système monétaire : le vicomte Kunitake Watanabe, ministre des finances en 1893, fit étudier cette question par une commission qui arriva à la conclusion que l’adoption de l’étalon d’or s'imposait. Les ressources que fournit l’indemnité de guerre payée par la Chine à la suite de la guerre de 1894-1895 vinrent fort à propos faciliter cette opération. C est ainsi qu’en 1871 l’Allemagne trouva dans nos 5 milliards les éléments nécessaires à la réorganisation de son système monétaire. Le traité de paix de Simonosaki du 17 avril 1895 obligeait la Chine à payer à ses vainqueurs 230 millions de taels. Le comte Matsukata, qui avait succédé au vicomte Watanabe, stipula le remplacement des taels par leur équivalent en livres sterling, de façon à constituer un premier fonds en or, nécessaire à l’exécution de la réforme : le 29 mars 1897, celle-ci était votée, et, dès le l oc octobre
suivant, le nouveau régime était en vigueur. 75 millions de yen en or avaient été frappés durant cet intervalle de six mois. Le fond de l’indemnité chinoise ne devait pas fournir d’une façon définitive les sommes nécessaires à cette opération ; il lui faisait une simple avance dont le remboursement était assuré, au moins en partie, parla vente des yen d’argent retirés de la circulation. Ceux-ci durent être échangés contre de la monnaie d’or avant le 31 juillet 1898, date après laquelle ils cessaient de circuler : l’opération se fît par la trésorerie centrale, les 447 trésoreries et sous-trésoreries, la Yokohama Specie bank et sa succursale de Kobe. Les 75 millions de yen d’argent retirés furent refondus jusqu’à concurrence de 27 millions et servirent à frapper des monnaies divisionnaires; 7 millions furent expédiés à Formose et en Corée; 41 millions furent vendus au dehors, noLamment à Shanghai et Hong-Kong; cette réalisation fut si intelligemment conduite que la perte ne dépassa pas 7 p. 0/0, environ 5 millions de yen; elle fut d'ailleurs couverte par un bénéfice d’égale importance obtenu par la Monnaie. Les billets de faible dénomination furent retirés et remplacés par des monnaies divisionnaires d’argent, dont le montant total fut fixé à 82 millions de yen, soit un peu moins de deux yen par tête d’habitant.
En trente ans, depuis l’ère de Meiji (1868), le Japon a donc réalisé cette réforme considérable qui a passé par les quatre étapes suivantes 1 : de 1868 à 1871 les ministres s'efforcent d’améliorer l’état chaotique dans lequel le régime du Shogunat avait laissé la circulation monétaire et fiduciaire et promulguent une loi monétaire qui institue l’étalon d’or; de 1872 à 1879, le gouvernement émet une grande quantité de papier et procède à la frappe de yen d’argent; de 1880 à 1885, il s’efforce de remplacer les billets à cours forcé par des billets remboursables à vue, et prépare ainsi la voie à la reprise des paiements en espèces, mais sans pouvoir se dégager encore d’un régime nominalement bimétalliste, qui était en réalité celui de l’étalon d’argent; enfin, de 1886 à 1898, ce dernier est remplacé par l’étalon d’or définitivement établi.
Cette mesure était de la plus haute importance pour assurer l’avenir économique du Japon. Son commerce extérieur, dont la majeure partie se fait avec des pays qui ont aussi l’étalon d’or, est assis désormais sur des bases certaines et ne dépend plus des
1- Rapport du comte Matsukata Masayoshi au premier ministre, marqui Yamayata Aritomo.
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violentes fluctuations du change, inséparables d’un régime bimétalliste, monométalliste argent ou de papier-monnaie : le cours du yen, exprimé en monnaie anglaise, oscille aux environs de 2 shillings et un demi-penny, c’est-à-dire 2 fr. 60 de notre monnaie. Le chiffre croissant des transactions avec le dehors atteste la sagacité dont firent preuve en cette circonstance, comme en tant d’autres, les hommes d’État japonais. La réforme a aussi ouvert plus largement les marchés financiers étrangers aux fonds japonais. Quand l’étalon monétaire était incertain, l’étendue des sacrifices que le Trésor devait s’imposer pour subvenir au paiement de ses coupons en or ne pouvait être mesurée à l’avance. Au contraire, du moment où la monnaie indigène est celle des grands marchés financiers internationaux, de Paris, de Londres, de New York, de Berlin, il n’y a plus de distinction à faire entre la rente intérieure et la rente extérieure, cette dernière qualification étant réservée à celle dont les arrérages sont exigibles en monnaie française, anglaise, ou d’une façon générale en monnaie d’or.
A la fin de mars dernier, voici quel était le détail de la dette publique : d’après la comptabilité japonaise, les emprunts sont classés non pas d’après la nature des titres émis, mais d’après l’objet auquel les fonds produits par les émissions diverses ont été appliqués.
Ancien emprunt public. 4,608,545
Obligations des pensions héréditaires. 25,428,650
Emprunt de la marine 5 p. 0/0. 8,796,600
Emprunt public consolidé 5 p. 0/0. 168,693,600
Emprunt des chemins de fer 5 p. 0/0. 16,464,950
Emprunt de guerre 5 p. 0/0. 116,781,450
Emprunt des travaux publics 5 p. 0/0. 44,629,050
Emprunt du chemin de fer Hokkaido 5 p. 0/0.. 1,419,950
Emprunt pour le rachat du papier-monnaie 22,000,000
Dette flottante. 10,300,000
Bons du Trésor. 2,211,400
Tot al. 518,964,195
Les emprunts locaux, émis parles préfectures, les districts ruraux, les \illes, bourgs et villages, les associations locales, s’élèvent à un total d environ 36 millions de yen. Le premier emprunt étranger
avait été émis en 1870 au taux de 9 p. 0/0 : le crédit du pays a singulièrement progressé depuis lors, puisqu’un emprunt de 4 p. 0/0 a pu être émis en 1899 au cours de 90 p. 0/0 sur la place de Londres. Il est vrai que depuis lors les cours ont quelque peu fléchi : le 4- p. 0/0, un moment coté en Angleterre 76 n’est pas encore revenu à son prix d’émission et s’échange aux environs de 85; mais le maintien de l’équilibre budgétaire raffermira la confiance des créanciers étrangers, et les Anglais achèteront plus volontiers des fonds japonais maintenant qu’un traité d’alliance a été signé entre les deux pays. L’amortissement plus ou moins rapide des emprunts est d'ailleurs la préoccupation constante des financiers japonais, semblables en cela à ceux des États-Unis d’Amérique. Le 7 p. 0/0 émis en 1873 a été amorti en 1897; le 9 0/0 avait été remboursé dès l’année 1881.
Le Japon a voulu se développer à la fois dans tous les sens, et il y a réussi : son armée et sa flotte ont, par deux fois en cinq ans, prouvé ce dont elles étaient capables; son industrie, son commerce et sa navigation grandissent chaque jour. Il était inévitable qu’une pareille expansion ne s’opérât pas sans quelque heurt, et ne rencontrât pas certains obstacles qui, sans l’arrêter, la retardent quelque peu : c’est avant tout sur le terrain financier qu’ils se sont dressés. Le capital ne s’improvise pas : en dépit de l’activité ingénieuse de ses artisans, en dépit du progrès notable de ses exportations, le Japon ne possède pas encore ces disponibilités considérables que représentent en France, en Angleterre, aux États-Unis, les dépôts dans les banques et qui abaissent d’une façon permanente le taux du loyer de l’argent dans un pays. Les banques de premier ordre bonifient encore à Tokio et dans les autres villes de 1 Empire, 7 p. 0/0 l’an aux dépôts à six mois. Dans l’intérieur des terres, le taux courant des prêts et de l’escompte s’élève à 12 p. 0/0 et au delà. Aussi le Trésor ne peut-il espérer y trouver toutes les sommes qu’il a besoin d'emprunter, et devra-t-il vraisemblablement recourir à des émissions sur les grands marchés financiers de 1 Europe ou de l’Amérique. En attendant, le ministre des finances a fait prendre par la caisse d’épargne postale pour 16 millions de yen d obligations o p. 0/0 au cours de 87 1/2 p. 0/0; il a différé le rem-
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boursement des 24 millions dus par l’État à la Banque du Japon et émis pour 10 millions de yen de bons du Trésor à 7 p. 0/0. Malgré ces diverses mesures, qui indiquent une situation gênée, il n’est que juste de constater que les recettes budgétaires sont en progression satisfaisante et qu’une bonne partie des dépenses dans lesquelles le Japon s’est lancé sont productives : les chemins de fer et les télégraphes qu’il a construits lui rapportent un intérêt élevé. Aussi est-il permis de croire qu’il pourrait sans grand inconvénient emprunter au dehors, à condition que ces capitaux nouveaux fussent appliqués à des travaux publics utiles et rémunérateurs.
Le principal signe de souffrance économique réside dans l’état stationnaire de la production agricole; cet état s'explique par la pauvreté du sol d’une partie du pays, bien que, dans certaines régions privilégiées, les Japonais fassent deux récoltes par an, obtenant tour à tour des produits tropicaux et ceux des éléments tempérés; mais il n’en est pas de môme de la production industrielle ni de l’activité commerciale. Les échanges sont en augmentation constante : si ceux avec le dehors avaient présenté à un moment donné un excédent d’importations qui ne laissait pas d’être inquiétant, la situation n’a pas tardé à se modifier : ce sont aujourd'hui les exportations qui dépassent de nouveau les importations. La marine marchande s’est développée avec une rapidité remarquable. À l’intérieur, les voies de communication se multiplient. Le système de la banque unique d’émission, semblable à celui de plusieurs grandes nations européennes, assure le bon état de la circulation fiduciaire ; et, si des difficultés passagères retardent le règlement complet de la dette du gouvernement vis-à-vis de la Banque du Japon, il n’en est pas moins permis d’espérer le voir s’achever, à la première éclaircie qui se produira sur le marché monétaire. L’étalon d’or, fermement assis, semble déjà, en dépit de la brièveté du temps qui s’est écoulé depuis son institution, produire de bienfaisants effets. La position réciproque entre créanciers et débiteurs ne subit plus les secousses violentes qui l’altéraient jadis; les transactions sont devenues plus sûres; les prix sont plus stables, et les modifications s’en expliquent par des causes inhérentes au marché de chaque denrée, et non plus par les variations du métal argent; le crédit s’est en général amélioré. C est au point de vue du commerce extérieur que le bénéfice a été surtout sensible : une base certaine est donnée aux échanges; les importateurs et les exportateurs ont vu disparaître le risque de fluctuations qui se répercutaient dans le cours des marchandises.
L’accroissement rapide du budget est un sujet de préoccupation, d’autant plus qu’il coïncide avec une augmentation générale du prix de la vie. Les deux cinquièmes des dépenses sont des dépenses extraordinaires, dont celles qui concernent la guerre et la marine représentent la partie improductive, tandis que celles des travaux publics constituent un placement dont les revenus viennent s’ajouter aux ressources de l'impôt. Celui-ci n’alimente guère plus de la moitié du budget, dont les exploitations industrielles et les monopoles d’État fournissent un cinquième, tandis que les ressources extraordinaires apportent le dernier quart. S’il ne paraît pas possible de recourir indéfiniment à l’emprunt ni de puiser sans relâche dans le fonds de l’indemnité de guerre chinoise, il suffirait d’arrêter une partie des dépenses extraordinaires pour que le budget fût équilibré par les rentrées normales. Il est vrai que cet arrêt impliquerait une sagesse qu’il serait peut-être téméraire d’escompter, surtout lorsque la gestion financière est entre les mains d'un Parlement : car, chose étrange, les gouvernements de libre discussion paraissent de nos jours moins ménagers des deniers publics que certaines monarchies autocratiques. Sous l’empire de préoccupations politiques, que des engagements internationaux peuvent rendre encore plus pressantes, le Japon n’aura peut-être pas l’énergie de ralentir ses armements. D’autre part, il vaudrait peutêtre mieux pour ses finances qu’il laissât accomplir par l’industrie privée une partie des travaux que l’État entreprend sur une si vaste échelle.
Que les Japonais ouvrent largement aux étrangers l’accès de leurs marchés intérieurs; qu’ils les autorisent à posséder sous toutes les formes, meubles et immeubles, à s’intéresser dans les sociétés par actions, à participer à leur gestion, et ils en retireront des avantages considérables. Leur nationalité est assez vivace, leur puissance assez fortement assise, pour qu’ils n’aient rien à craindre des éléments du dehors auxquels ils feraient place. Les États-Unis d’Amérique, qui dominent le monde au point de vue économique, empruntaient, il y a moins de trente ans, des dizaines de milliards à 1 Europe pour construire leurs chemins de fer. En quelques années, ils ont racheté, sur les marchés de l’Ancien Monde, les titres qu’ils y avaient placés. Si les ressources naturelles du Japon ne sont pas comparables à celles des États-Unis, il a cependant assez d’entreprises fructueuses à organiser pour avoir le droit d’emprunter au dehors : la colonisation de Hokkaido, ce territoire fertile, dont le
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climat tempéré se rapproche du nôtre et permettrait une culture intensive de céréales, la mise en valeur de Formose, forment déjà un vaste programme, dont l’exécution est digne d occuper l’activité des hommes d’État de Tokio. Mais pour y arriver, il faut que le Japon suive la politique de la porte ouverte; il faut que non seulement il accepte, mais qu’il sollicite les concours de bonnes volontés qui n’attendent, pour se manifester, que la certitude d’être bien accueillies, et de capitaux qui passeront les mers pour s’employer dans l’empire du Soleil Levant, aussitôt qu’ils y seront protégés. On a parfois raillé, bien à tort selon nous, les « petits hommes jaunes » de la facilité avec laquelle ils adoptaient les coutumes, les vêtements, les institutions civiles et militaires de l’Occident : il convient au contraire de les en féliciter, d’autant plus qu’ils ont presque toujours su discerner le meilleur parmi ce qui s’offrait à eux et réaliser, d'un seul coup, le perfectionnement auquel les autres peuples n’étaient arrivés que par degrés. Nous nous bornons à leur recommander de faire aux capitaux de l’Europe le même accueil que celui qu’ils ont réservé à ses lois et à ses mœurs, et nous estimons que leurs finances, déjà solidement assises, ne pourront qu’y gagner. Nous voudrions que le droit de propriété immobilière fût définitivement reconnu aux étrangers, qui ne sauraient, de ce chef, faire courir le moindre péril au Japon. Les baux emphythéotiques de 999 ans donnent bien une satisfaction partielle au vœu que nous formulons ici. Mais il n’en est pas moins certain que maintes contestations qui naissent aujourd’hui et dont la magistrature japonaise doit connaître, seraient évitées, si les titres de possession étaient irrévocables. Nous avons, au cours de notre étude, indiqué à plus d’une occasion les exemples qui se rencontrent à Tokio : ce n est pas en maîtres, mais en collaborateurs et parfois en disciples, que nos financiers pourraient s’y rendre aujourd’hui. Un pays où le ministre des finances donne sa démission pour ne pas souscrire à des augmentations de dépenses qu’il désapprouve, mérite d être envié par tous ceux qui comprennent le péril que l’excès des dépenses publiques fait courir à un grand nombre d Etats modernes. Nous ne serons donc pas suspects de partialité si nous indiquons en même temps les points sur lesquels il nous semble que des progrès pourraient encore être réalisés.
Raphael-Georges Lévy.
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ESSAI sur L’EGLISE