RECETTES
Impôts et contributions. 11.2
Douanes. 12
Fermes. 2.6
Loteries. 1.9
Biens de l’État. 0.1
Rentrées éventuelles. 0.1
A. Tome XII. — 1897.
La dette consolidée de Cuba se compose essentiellement de deux catégories de titres, qui se négocient sur le marché de Paris : en vertu des lois des 25 juillet 1884 et 13 juillet 1885, un décret royal du 10 mai 1886 a créé pour le remboursement de la dette flottante et la conversion des titres des dettes de Cuba, 1,240,000 billets hypothécaires de cinq cents francs l’un, rapportant un intérêt à 6 p. 0/0 et représentant un capital de 620 millions de francs. Quatre ans plus tard, en vertu de l’autorisation édictée par la loi du 18 juin 1890, un décret royal du 27 septembre suivant a décidé l’émission de 1,750,000 billets hypothécaires de cinq cents francs l’un, rapportant 5 p.0/0 d’intérêt. De ces 875 millions, 170 sont applicables au rachat d’une partie des billets de guerre et au remboursement de la dette flottante de l’île, et 705 millions étaient destinés à la conversion en 5 p. 0/0 des billets hypothécaires 6 p. 0/0 de 1870. Mais après que l’insurrection eut éclaté, les Cortès ont autorisé le Gouvernement à en disposer pour faire face aux besoins militaires en même temps qu’elles lui ouvraient un crédit extraordinaire parla loi du 29 mars!895.
Le compte de la campagne cubaine du 1 er mars 1895 au 31 décem- : bre 1896 s’élève à 400 millions de pesetas environ, fournies presque j
en totalité par des avances consenties par le trésor de la péninsule. j
On calcule que les dépenses mensuelles atteignent maintenant 30millions de pesetas environ.
La circulation ordinaire de l’île de Cuba, avant le dernier soulèvement, c’est-à-dire le commencement de 1895, avait été régularisée dans les meilleures conditions. Le papier-monnaie à cours.forcé, émis lors de l’insurrection réprimée sous le règne d’Alphonse XII, avait été • successivement remboursé. La circulation monétaire était dès ce moment basée sur l’or, l’argent ne servant que comme monnaie divisionnaire pour les paiements inférieurs à 50 piastres. Le change sur la Havane faisait prime à Madrid. Mais les événements ont de nouveau tout bouleversé dans l’île, si bien qu’il est difficile à l’heure actuelle de préciser le régime monétaire.
Ce qui contribue malheureusement beaucoup aux difficultés économiques de l’île, c’est la diminution énorme et inévitable des transactions. L exportation a décru dans une proportion qu’il est aisé de concevoir, si 1 on se souvient que la récolte de sucre à Cuba, qui dépassait un million de tonnes en temps ordinaire, n’a pas atteint le quart de ce chiffre pour 1896. Le général Weyler n’a pas cru devoir j permettre les travaux dans les champs de canne, de peur de donner aux insurgés l’occasion de lever des tributs sur les planteurs.
La guerre désole une autre partie du domaine colonial. Les Phi' lippines sont, comme la plupart des possessions espagnoles doutre*
mer, un pays dont le sol est riche. Elles produisent du sucre, du tabac, du café, un chanvre d’une qualité toute spéciale qui se nomme abaca. Mais l’apathie des neuf millions d’indigènes qui peuplent l’archipel est telle que la culture se fait en partie par des Japonais immigrés, tandis que le petit commerce est aux mains de 150,000 Chinois. Le change sur l'Espagne est à une perte considérable, qui s’est élevée jusqu’à 60 p. 0/0 à la fin de 1894.
La situation se présente sous un jour beaucoup plus riant dans une autre île espagnole. Le dernier budget de Porto Rico a été soumis aux Cortès le 27 juin 1896 par le ministre d’outre-mer, qui se félicite de la situation prospère de l’île ; elle n’a pas de dette, son trésor est bien garni. Depuis 1880 les recettes sont en progression constante et ont passé de 3 millions et demi à 5 millions de piastres, tandis que les dépenses ne s’élèvent qu’à 4 millions. Le ministre profite de cette remarquable situation pour proposer la suppression de l’impôt de consommation et de la retenue imposée aux fonctionnaires sur leurs traitements. Il applique l’excédent d’encaisse de 1,500,000 piastres à des dépenses militaires, fortifications, artillerie, acquisition de fusils Mauser, et à une subvention à donner à un chemin de fer à voie étroite.
Malheureusement pour l’Espagne, ce tableau agréable n’est vrai que d’une faible part de son empire colonial. Il semble qu’une loi inéluctable lui arrache successivement tous les joyaux de cette couronne qui enveloppait jadis l’univers. La race a subsisté, souvent forte et énergique : elle a, avec les Anglo-Saxons et les Portugais, peuplé les deux Amériques, mais les colons ne veulent plus dépendre de la mère patrie. Au point de vue économique et financier, la possession de Cuba n’est plus aujourd’hui que d’une utilité douteuse à la métropole. Elle est grevée d’une dette telle que ses revenus, même en temps normal, seraient à peine suffisants pour l’acquitter. Les plantations de sucre et de tabac, source principale de la richesse, sont en partie détruites. L’Espagne avait bien à la Havane un débouché pour ses fonctionnaires, qu’elle envoyait y faire fortune, et pour ses marchandises qu’elle forçait les Cubains d’acheter, grâce à des droits différentiels. Mais l’obligation d’entretenir une armée et une marine nombreuses, que sa situation continentale lui eût permis de réduire notablement, lui impose des sacrifices au moins égaux, sinon supérieurs, aux avantages directs ou indirects que nous venons d’indiquer. A l’heure actuelle, c’est donc la question d’honneur national qui est en jeu. Doit-elle se poser vis-à-vis d’une colonie peuplée de fils du môme sang comme elle le ferait en face de l’étranger? Nous souhaitons à nos voisins transpyrénéens, dont nous admirons plus que per-
sonne les nobles et généreuses qualités, de conserver assez de sangfroid pour examiner le problème sous cette face, qui leur permettrait peut-être de lui donner une solution moins ruineuse et moins cruelle que la lutte sans merci qui se poursuit là-bas.