‹ Les finances russes et l'épargne françaiseChapitre 2 sur 15 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Dès rapparitiôn du livre où je portais de graves accusations contre lui, M. Witte, par une note insérée dans le Journal (français) de Saint-Pétersbourg du 8 mars, a essayé de réduire la' discussion des faits incriminés à un simple débat sur Torthographe de mon nom. Pendant plus d'un mois, la presse à sa dévotion a exécuté des variations légèrement monocordes sur ce problème de philologie dont la portée pour les finances russes a jusqu'à présent échappé aux esprits superficiels. Quand parut enfin le Bulletin russe spécialement destiné à me réfuter, on ne fut pas peu surpris de constater que la question de mon nom était encore l'argument le plus sérieux du ministre en fureur. Ce thème ingrat étant déjà plus qu'épuisé, force était à ses folliculaires de garder le silence ! Depuis trois semaines que le Bulletin a été distribué aux fidèles, à une seule exception près, aucun journaliste, même parmi les moins dégoûtés, n'a osé fouiller dans cet amas d'ordures inju-

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[ PHÉFACIi.

ieuses pour y repécher quelque chose qui resemblàt, fût-ce de loin, à une justification de !. Witte, Ce dernier s'étant ainsi condamné luiaême, il ne me restait qu'à prendre acte de ses veux implicites. C'est, comme le lecteur le verra, e que je fais dans cette brochure. N'était ma iromesse publique de répliquer à la réponse du linistre, j'aurais même pu garder le silence. ' L'amour de la vérité m'oblige pourtant à reconlaitre qu'en dehors de sa malheureuse réponse ans le Bulletin russe, n" 3, M. Witte, le détracteur véré de la France, y a trouvé plusieurs défeneurs, d'ailleurs peu convaincus, dans des rangs pposés. D'un côté, le député socialiste Rouanet, ont tout le monde apprécie la haute intelligence lolitique et la rare compétence économique; de 'autre, l'ex-député Yves Guyot, le pourfendeur du ocialisme, le publîciste si admiré pour sa farouche ndépendance, ont simultanément pris la défense le M. Witte, le premier ministre qui ait expérinenté en Europe les doctrines du socialisme l'État. On a vu — spectacle inattendu ! — les écolomistes attitrés de la rue Laffitte et les impecables docteurs en antisémitisme se rencontrer lans des attaques communes contre le critique de a gestion de M. Witte. L'organe par excellence les saines doctrines économiques soutient le proaoteur du régime des assignats ; mais, trop souleux de la propreté de ses colonnes pour y hoslitaliser la prose de M. Witte, il s'est contenté

PRÉFACE. m

d'observer dans sa Revue financière que la polémique n'a pas tourné à mon avantage

Bref, tous ceux qui sont profondément pénétrés de ce que Bossuet a appelé « la haine des hommes contre la vérité » se sont donné la main pour la défense de M. Witte. Eh bien! malgré ces hauts et désintéressés soutiens, je garde Tintime conviction que le triomphe final restera à la vérité — toute nue — telle que je Tai exposée dans mon livre...

Je n'en veux pour preuve que ce seul fait : il y a un mois à peine, les relations entre la Russie et l'Allemagne étaient des plus cordiales. M. Witte,

dans son rapport au tsar, parlant du relèvement économique de la Russie, passait sous silence la part prépondérante que la France y avait prise et s'étendait longuement sur les avantages que la Russie aurait tirés de ses traités de commerce avec TAUemagne et TAutriche. Le Nouveau TempSy le principal soutien de M. Witte dans la presse russe, pouvait écrire à la date du 18/27 mars à propos des fêtes de Kiel :

Par la fatale force des circonstances, les deux puissances voisines j séparées par les souvenirs des années iSlO-li, seront amenées à ce degré d^adoration muluelle qui représente Tordre normal des relations entre États voisins vivant en paix.

A l'occasion dés mêmes fêles, la Gazette de Moscou, autre organe sympathique au ministre des finances, déclarait le 12 mars

Que la France avait tort de rêver toujours vengeance et

mptes entre l'Allemagne et ta in( Été définitivement réglés 2

es à peine se sont éo orts entre les deux ei ! à zéro. Le général W mteurs du traité russi î. M. Witte, devenu so ces pour les Français ;s, — que d'ailleurs il me fois l'orage passé, rement les industriels Exposition de Bordeau 33 confrères débordent ( e.

porté par notre livre au allemand, l'énergique us avons adressé à M.

iltitude vis-à-vis de la F igers à ce subit revire utente franco-russe «, i ier en nous décidant à p ons vu juste,

LES

INCES RUSSES

ET

it M. Witte n'est pas heureux dans le I moyens de défense. S'être mis dans la répondre à mes accusations ([uaiid per- : que M ne savait qu'elles étaient irréfuitait déjà peu habile. Mais, en confiant h.

îoin de Son apologie, il a été plus mal re.

i-uui i*»ii-c apprécier toute la saveur de ce choix, je reproduis ici une note marginale qui se trouvait dsms l'Avant-PropoB de mon livre (p. xix) et se rapportait à la phrase : « Ceux-là n'ignorent ni la situation économique déplorable du pays ni les embarras du Trésor, >> etc. ; je la copie textuellement sur l'épreuve de l'imprimerie Chamerot et Renoaard du 9 janvier :

Dans i'aulomne de 1891 M. Wyschnagradski envoya  Paris deuï délégués pour traiter le rachat d'une partie du malheureas emprunt 3 p. 100, MM. Pleske et B. de V,, un Français au service du ministère russe. Le gouverneur du Crédit foncier, H. Christophle, donna en leur honneur un banquet auquel assistaient les représentants les plus autorisés des (,'randcs institutions de crédit de Paris. Durant

INCES RUSSES

des valeurs russes fit naturellersation. Avec cette légèreté de m chez les fonctionnaires russes thèses, facilite tant le service des ssie aux gouvernements étranisemeut informés, H. B. de V., quent, traça de la gestion ^ies ibleau qui jeta, non sans raison, ves. En Bussie, dit-il pour cont surpris de la légèreté, de la ûs qui prêtent encore de l'argent lé, tandis qu'eux, les Busses, à quoi s'en tenir et lui ferment

supprimée au moment du s la crainte de nuire à M. B.

que ceG.B. V., àquiH.Witte

comprend avec quelle sincéc quelle force de persuasion écité a pu entreprendi-e la réons dont il connaît mieux que

■ dont, — n'étaient les tristes m, — il aurait pu allonger

le caractère piteux et pâteux arguments y font défaut et muante de la part d'un Franisent. Tout l'atticisme de M. B.

aphi'er mon nomTsion au lieu

■ initiale russe de mon nom, îs i, e, y, se traduit presque C, et vice-versa, comme par Cicéron, Censeur, Cyanose, achever de me confondre et jment encore la probité de la le G. B. V. préfère écrire mon

ET l'épargne FRANÇA«iSE.

nom par Tsion? Me voit- on en manière d'argument écrire Vithé au lieu de Witte ou Barbet de Veau au lieu de Vaux ? Cette dernière orthographe pourtant serait peut-être justifiée par le français, généralement attribué aux vaches espagnoles, dans lequel le défenseur du ministre des finances a rédigé son factura.

L'orthographe de mon nom paraît à M. Witte un argument d'un si grand poids pour le jugement à porter sur son administration, que dans un supplément spécial au Bulletin il y revient encore longuement. Un de ses abonnés ayant charitablement essayé de lui faire comprendre que son insistance n'avait pas le sens commun, il s'en prend cette fois à la particule de, « parce que la langue russe ne connaît pas de particules » et que mon nom s'écrit en russe Cyon, Mais M. de Gief's, M, de Mohrenheim et mille autres noms s'écrivent également sans particule en russe (les terminaisons ski et of remplacent souvent en russe la particule).

Un mot d'explication pour en finir avec cette mauvaise plaisanterie, devenue, pour la presse à sa solde, le principal moyen de défense àe M. Witte. Cette particule, à laquelle j'attache juste l'importance qu'elle a, je fus obligé de l'adjoindre à mon nom en 1878*, quand je dus produire mes papiers devant la Faculté de médecine de Paris qui m'accorda, à raison de mes travaux scientifiques, le diplôme de docteur en médecine — sans examen, — et devant la chancellerie où j'étais en instance pour obtenir en France le droit au domicile. Cette adjonction était même assez gênante

1. Le rang de conseiller d'État actuel qui confère en Russie la noblesse héréditaire, me fut gracieusement octroyé par Alexandre II pour services distingues en février 1877, au moment où, contrairement au désir de Sa Majesté, j'avais donné ma démission. Dois-jo rappeler à M. Witte le triste métier que vers cette époque il exerçait encore à Kief ?

pour moi, car mes ouvrages scientifiques et mes mémoires répandus depuis 1865 dans les principales Académies des sciences dé l'Europe avaient été signés simplement : E. Cyon, comme l'était le diplôme de docteur obtenu à l'Université de Berlin en 1864.

En dehors de cet unique argument de G. B. V., des injures grossières et des insinuations calomnieuses occupent plus de la moitié de la réponse de M. Witte. Les premières sont l'argument favori du ministre ; chaque fois qu'un économiste étranger ose mettre en doute les mirifiques tableaux qu'il trace de sa gestion financière, son organe ofûciel déverse sur l'importun des seaux d'ordures. Voici, par exemple,, la manière dont le. i?u//e/m russe (décembre 1894, p. 668) traite M. Paul Leroy-Beaulieu :

Un Auguste en culotte, avec un pied de vermillon sur h' bout du nez, n'y saurait être à sa place (dans V Économiste français comparé à un cirque); on n'y doit pas livrer aux bêtes les hommes qui sont l'honneur de leur pays et de leur époque.

Cet échantillon de la prose ministérielle montre que dans ses polémiques M. Witte ne craint pas de descendre à des invectives à peine dignes d'un palefrenier ivre. Dans le Bulletin russe de mars 1895, il a complètement épuisé son répertoire d'injures. Par bonheur je possède une cuirasse de dédain impénétrable aux traits de cette nature, et ne puis que rejeter àl'égout, d'où elles sont sorties, les ordures dictées par M. Witte à son sous-ordre. Ge dernier, à ce qu'il paraît, est un ancien commis-voyageur resté en panne à Saint-Pétersbourg, je le plains très sincèrement. Être forcé de vendre sa plume, d'écrire le contraire de sa pensée et cela pour un morceau de pain, quel affreux métier ! Je m'abstiendrai cette fois encore

ET l'ÉPARGKE française. S

de toucher à la personne de M. Witle, ayant d'ailleurs peu de goul pour le scandale.

Parmi les insinuations calomnieuses dirigées contre moi, il en est pourtant quelques-unes que je relèverai à seule fin de faire voir à quelles armes le ministre des finances, furieux et à bout d'arguments, est forcé de recourir pour la défense de sa cause. Donner à entendre aux lecteurs' du Bulklin russe qu'une pensée de chantage a inspiré mes attaques, — voilà surtout ce qu'il cherche. Quel chantage etcontrequi?H,Witte se garde bien de préciser. Comment et pourquoi l'envoi de mon ouvrage à tous les membres du Comité des ministres, à l'exception de l'inculpé, constitueraitil un acte de chantage'? Ou considère-t-il comme tel lé fait que ses louches émissaires venus à l'imprimerie pour obtenir, par la corruption, un exemplaire d'un volume qui n'était même pas eiicore broché, ont été éconduits ?

M. Witte parle aussi constamment d' « un révoqué . du ministère des finances n. En fait de révoqué je ne i connais que M. Wyschnegradski qui l'a été paroukase [ du 31 août 1892, quelques jours après la remise à j Alexandre III de mon mémoire sur sa gestion. Les méfaits qui ont amené la révocation de son prédécesseur et ceux de M. WUte lui-même étant respectivement dans la proportion exacte de 16 à 50, — les initiés me comprendront, — j'ai la feiTue conviction que nous posséderons sous peu un second ministre révoqué pour concussion et dilapidation des deniers publics.

Quant à moi, si je suis sorti du ministère des finances, f jel'aiquitté volontairement, et les véritables causes de ■ ma démission sont tout à mon honneur. Ce qui le prouve c'est qu'en remettant mon mémoire au tsar

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