LES DUPIN DE CHENONCEAUX
longtemps sa vie de plaisirs, sans rien perdre, paraitil, de ses moyens de plaire, car, à soixante-deux ans, il épousa en secondes noces Aurore de Saxe, qui n'en avait que trente. C'était une fille naturelle du maréchal de Saxe et d'une demoiselle Rinteau, dite ^'errières, dont la sœur était la maîtresse de M. d'Epinay. Aurore de Saxe n'avait pas été reconnue par le Maréchal. Ce fut la Dauphine qui répara son oubli. Elle s'intéressa à cette jeune fille, dont elle connaissait l'origine, et lui fit obtenir un arrêt du Parlement qui ajouta à son acte baptistaire ces mots : « Fille (( naturelle de Maurice, comte de Saxe, maréchal- « général... et de Marie Rinteau (1). » La Dauphine l'avait mise à Saint-Cyr, puis l'avait mariée au comte de Horn, bâtard de Louis XV, qui fut tué en duel presque aussitôt après.
Francueil, quand il perdit son père, quitta le nom qu'il avait porté jusque-là, et devint simplement M. Dupin. Car il est à remarquer qu'autrefois, dans la noblesse comme dans la bourgeoisie, ces noms d'apparence nobiliaire empruntés à un lieu, à une terre, n'étaient point des distinctions honorifiques, mais un moyen de désigner les enfants ou les branches cadettes, tandis que le chef de la famille portait seul le nom patronymique. C'est par abus que par la
(I) Marmontel, très lié avec la mère, avait été cause de sa brouille avec le maréchal de Saxe. Il raconte que le Dauphin le soupçonnait d'être le père de cette jeune fille, mais qu'il s'en défendit si bien, qu'à sa sollicitation, la Dauphine prit Aurore sous sa protection et la mit au couvent des religieuses de Saint-Cloud. De là elle passa ensuite à Saint-Cyr.
suite ces seconds noms avec leur particule ont été présentés comme des marques de noblesse.
Dupin (Francueil) eut de son second mariage avec Aurore de Saxe un fils, Maurice Dupin qui fut le père de M"' Sand. Dans ses souvenirs ou Histoire de ma vie, M"'" Sand rapporte ce que disait sa grand'mère au sujet de son mariage avec un homme bien plus âgé qu'elle. « Est-ce qu'on était jamais vieux dans « ce temps-là? C'est la révolution qui a amené la « vieillesse dans le monde. Votre grand-père, ma « fille, a été beau, élégant, soigné, gracieux, parce fumé, enjoué, aimable, affectueux et d'une humeur « égale jusqu'à l'heure de sa mort. Plus jeune, il « avait été trop aimable pour avoir une vie aussi « calme, et je n'eusse peut-être pas été aussi heu- « reuse avec lui, on me l'aurait trop disputé. Je suis « convaincue que j'ai eu le meilleur âge de sa vie, et « que jamais jeune homme n'a rendu une jeune
« femme aussi heureuse Il avait le don de savoir
« toujours s'occuper d'une manière agréable pour les « autres autant que pour lui-même. Le jour, il faisait « de la musique avec moi ; il était excellent violon, a et faisait ses violons lui-même, car il était luthier, « outre qu'il était horloger, architecte, tourneur, « peintre, serrurier, décorateur, cuisinier, poète, « compositeur de musique, menuisier et qu'il bro- « dait à merveille. Je ne sais pas ce qu'il n'était pas. « Le malheur, c'est qu'il mangea sa fortune à satis- « faire tous ces instincts divers et à expérimenter « toutes choses; mais je n'y vis que du feu, et nous