Les Flavy
Il est au fond des cœurs je ne sais quel désir De voir le malheureux que la mort va saisir, D'épier sur son front sa dernière pensée ; Et près de l'échafaud cette foule entassée, Qui peut-être le plaint sans vouloir le sauver, Fixe les yeux sur lui comme pour observer, Dans ces traits convulsifs où règne la souffrance. Ce qui reste de l'homme à qui perd l'espérance.
AKCEI.OT.
Par une des plus chaudes journées du mois de juin 1429, la plupart des habitants de Conipiègne venaient de déserter leurs maisons pour se porter sur !a grande place de la ville. Des
hommes , des femmes, des enfants, bravant les rayons du soleil de midi qui dardait sur leur tête, se pressaient autourd'unécliafaud qu'on venait de dressera la hâte. Tous attendaient impatiemment l'horrible jouissance d'assister à un supplice , et peut-être nul d'entre eux ne songeait-il qu'à cette époque sanglante de notre histoire la corde ou la hache du bourreau menaçait aussi bien toutes les têtes que le glaive des hommes d'armes.
On allait pendre deux malheureux dont le plus grand crime était de ne pouvoir se réclamer d'aucun capitaine connu; car, à vrai dire, leurs méfaits ne différaient en rien de ceux que se permettaient impunément chaque jour les gens de guerre qui composaient les armées anglaise, française et bourguignonne , auxquelles la France était alors livrée. Si ces deux pillards eussent marché sous la bannière du duc d'Yorck , de Xaintrailles ou de Jean deLuxembourg, leurs torts, qui se réduisaient au vol dequclques bestiaux,
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ne les auraient point conduits à la potence; mais faisant partie d'une troupe peu nombreuse, qui depuis un mois dévastait les environs de Compiègne sans qu'on pût la saisir, et même la joindre dans ses expéditions subites et nocturnes, ils avaient eu le malheur d'être atteints dans une ferme, au moment où ils débarrassaient l'étable de trois vaches qui s'y trouvaient encore. Surpris par un détachement d'Angiais, plusieurs s'étaient échappés, à la faveur de la nuit. Les deux plus braves avaient tenu bon longtemps; enfin, vaincus par le nombre, ils avaient été garrottés, amenés à Compiègne, où sur-le-champ le capitaine anglais , jugeant en dernier ressort, et de son autorité privée, venait de les condamner au gibet.
A midi , heure indiquée pour l'exécution , un murmure général annonça l'approche des deux infortunés , qui voyaient le soleil pour la dernière fois. La foule s'ouvrit pour leur faire passage. Ils marchaient entourés d'une
vingtaine d'archers anglais et précédés du bourreau. Ils avaient la tête nue , les mains liées derrière le dos , et tous deux étaient vêtus d'une sorte de casaque que les gens de guerre à pied, nommés piqiienaircs , portaient alors sur le haubert léger.
Rien n'annonçait cependant qu'ils appartinssent à l'un ou à l'autre des partis qui déchiraient le royaume ; car on n'apercevait sur leurs habits ni la croix de Saint- André ni la bande blanche des Armagnacs. La figure de celui qui s'avançait le premier était féroce et repoussante, et, quoiqu'il fût très pâle , sa vue ne put inspirer aucun intérêt à la multitude qui couvrait la place. Il n'en fut pas de même de son compagnon. Agé de vingt-quatre ans au plus, celui-ci joignait à une taille athlétique des traits agréables et réguliers; il portait la tête haute, mais ses grands yeux pleins de feu n'annonçaient à ce moment suprême ni aucune impudence ni aucune terreur : il semblait
au confraire que ses regards assurés n'erraient sur la foule que pour y rencontrer le regard d'un ami. « C'est Chariot ! c'est Charlot Boissard! s'écrièrent aussitôt plus de cent voix. — Comment se trouve-t-il ici ? Quel malheur pour sa pauvre mère qui n'a plus d'autre enfant! Pauvre Chariot! pauvre garçon ! » disait on de toutes parts.
A ces témoignages de pitié unanime le malheureux jeune homme répondit par un sourire triste et bienveillant ; mais la couleur de ses joues resta la même, et la fermeté qu'il montrait ne parut aucunement ébranlée.
- Tel était cependant l'intérêt qu'il inspirait à tous que les yeux fixés sur lui seul ne se détournèrent point, même à l'instant où son compagnon passait de ce monde dans l'éternité. Son tour était venu ; d'un pas résolu il moulait déjà sur l'échafaud. « Arrêtez ! arrêtez ! s'écria un jeune chevalier qui, perçant la foule, courut au chef des ar-
chers. 11 faut absolument que je parle à cet liomme. »
L'Anglais, qui reconnut le commandant d'une troupe bourguignonne arrivée de la veille à Compiègne, fit signe au bourreau de suspendre. « A votre bon plaisir , sire de Flavy , dit il. Je souhaite que le drôle vous en dise plus qu'il n'a voulu nous en dire , car son compagnon et lui n'ont pas desserré les d' nts depuis hier soir; mais faites , je vous prie, que nous en finissions le pins lot possible. » Après avoir dit ces mots l'archer fit descendre le malheureux patient et le laissa près du chevalier, ayant soin de ranger sa troupe autour d'eux de manière à former un lar2:e cercle.
« Ne me reconnais-tu pas, Chariot? dit le jeune chef bourguignon, d'un air attendri.
— Vous êtesbien grandi depuis dix ans sans doute, sire Regnaull; mais dès que vous avez paru j'ai remercié Dieu qui m'accorde avant de mourir la joie de revoir un Flavy, et
celui que ma mère a nourri de son lait, celui qu'elle n'oublie ni matin ni soir dans ses prières,
— La bonne Marthe vit-elle donc toujours à Vertbois? demanda le chevalier.
— Oui, si le chagrin ne l'a pas tuée ce matin ; car elle sait sans doute que j'ai été pris.
— Par quel malheureux sort es-tu tombé dans les mains des nôtres? Comment as-tu quitté mon oncle ?
— Parlez bas, reprit le jeune homme ; ces gens-ci ne savent pas à quelle bannière j'appartiens; ils me pendent comme un simple voleur de vaches. Il est bien vrai que j'ai à me reprocher plus d'une expédition de ce genre; il fallait bien nourrir ma troupe, et nous payons pour tous , moi et ce pauvre Jacques , qui fait là une si triste figure , ajouta-l-il en regardant l'échafaud.
— Ta troupe ! Es-tu donc chef de bande?
— J'en aurais long à vous conter si les
Goddam m'en donnaient le temps ; mais ils sont plus pressés que moi. Maintenant qu'ils n'espèrent plus me faire jaser, il faut bien que les comptes se règlent entre nous. J'ai perdu la partie, je paie, c'est fortune de guerre. Pauvre fortune, ajouta-t-il avec un triste sourire, que d'être pendu à vingtquatre ans sur la place de sa ville natale !
— Tu ne le seras pas, lui dit le jeune chevalier avec feu, ou je n'aurais aucun crédit sur le capitaine anglais, et j'ai tout lieu de penser le contraire. Laissons-leur croire que tu viens de me faire quelques révélations importantes, afin que j'obtienne le temps nécessaire pour joindre lord Hackson. Je vais leur parler. Surtout , garde à toi de me démentir en rien. »
Il s'approcha des archers : « Cet homme sait des choses qu'il nous importe de connaître , dit-il; tandis que je vais rendre compte à lord Hackson de mon entretien avec lui, contentez-vous de le retenir étroi-
tement sur cette place , jusqu'à ce que nous ayons décidé de son sort.
Et l'ordre quej'ai reçu pour que les deux
gaillards soient expédiés le plus tôt possible? répondit l'archer.
— Je prends tout sur moi, reprit Regnault de Flavy; avant un quart d'heure le gouverneur vous fera savoir ses intentions. »
L'Anglais, quoiqu'un peu contrarié de tous ces retards, s'inclina sans dire un mot de plus ; car le jeune chevalier, outre son rang dans l'armée du duc de Bourgogne, avait encore l'avantage d'être filleul de ce prince et son protégé reconnu. Or, le temps n'était plus où les Anglais croyaient pouvoir garder la France sans l'appui de Philippe , où le duc de Bedford régent disait que le duc de Bourgogne pourrait bien s en aller en Angleterre boire de la bière plus que son saoul! Les affaires du roi légitime s'amélioraient chaque jour. Depuis trois mois un secours inattendu, d'autant plus puissant
qu'on le croyait envoyé du ciel, ramenait sous la bannière de France les combattauts et la victoire, Jeanne la Pucelle , cette simple fille sortie du village de Domreaiy, s etait déjà acquis autant de gloire que les plus vaillants chevaliers. Son nom seul portait la confiance dans l'armée française , la terreur dans les rangs anglais. Orléans se trouvait délivré, Jargeau, Meung, la Ferté-Hubert , Beaugency étaient repris, et la bataille de Patai venait de livrer comme prisonniers les plus célèbres capitaines de l'armée anglaise, tels que lord Talbot, lord Scales, lord Hungerford et beaucoup d'autres. Dans de pareilles circonstances, ie régent anglais ne reconnaissait que trop combien lui était nécessaire la puissante assistance du duc de Bourgogne. Il venait d'envoyer de Paris à ce prince une ambassade solennelle pour le presser de venir le joindre avec tout ce qu'il pourrait rassembler de forces; en attendant, le peu d'hommes de guerre bourguignons qui
se trouvaient encore mêlés avec l'armée anglaise étaient traités comme des amis dont on a besoin , et les ordres étaient donnés partout pour qu'on leur témoignât les plus grands égards.
Regnault de Flavy, instruit de tous ces détails , en tirait l'heureux augure qu'il obtiendrait la grâce de son frère de lait. Après avoir jeté sur Chariot un regard plein d'espérance , il prit d'un pas rapide le chemin du château royal de Compiègne. En bâtissant cette belle demeure le saint roi Louis était loin de prévoir sans doute que, deux cents ans plus tard, un simple capitaine du roi d'Angleterre viendrait s'y loger en maître ; mais tel était le fruit des discordes civiles, tel était l'effet de la haine d'une femme pour l'enfant sorti de son sein , que le fils d'Isabelle de Bavière et de Charles VI ne pouvait plus reposer dans les palais de ses pères, et que la chambre du roi de France à Compiègne était alors habitée par
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lord Thomas Hackson , que le duc de Bedford avait commis nouvellement au gouvernement de la ville et des environs.
Le lord se promenait sur le perron, causant avec un bourgeois quand il aperçut notre jeune chevalier; il s'avança aussitôt vers lui de l'air le plus amical. « Je suis charmé de vous voir, sire de Flavy, dit-il en lui serrant la main ; j'espère que vous êtes satisfait des logements que j'avais fait préparer pour vous et votre monde? Maître Paulet , que tous ces .soins regardent , ajouta-t-il en montrant le bourgeois, vient de me dire qu'il avait fait pour le mieux.
— Aussi ne devrais-je vous faire ma visite que pour vous remercier, sire Thomas, répondit Kegnault; je viens cependant demander une grâce, une grâce que vous seul pouvez m'accorder, et dont je serai reconnaissant jusqu'à la mort.
— Qu'est-ce donc? » dit l'Anglais d'un air gracieux.
Alors le jeune chevalier lui apprit en peu tle mots comment il venait de retrouver, dans celui des condamnés qui respirait encore, le fils de sa nourrice , le compagnon de son enfance, et il le supplia de lui accorder la vie de ce malheureux.
L'Anglais fronça le sourcil. « Vous a-t-on appris, messire de Flavy, dit-il, que cet homme fait partie d'une troupe que nous supposons être fort nombreuse , dont nous ignorons l'asile, et qui, depuis un mois, pille les environs de Compiègne avec une audace vraiment surprenante?
— Je le sais, mylord ; mais dans le malheureux temps où nous vivons , le vol de quelques bestiaux est un léger crime , bien souvent commis par de pauvres gens qui meurent de faim.
— Je vois que vous êtes dans l'erreur, sire Regnault, reprit Hackson ; il ne s'agit pas ici de misérables paysans qui se réunissent, ainsi ^ue nous le voyons tous les jours, pour trou-
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ver le moyen de vivre à quelque prix que ce soit. Tout me prouve que ces deux hommes , et ceux de leurs compagnons que ma troupe n'a pu saisir, sont des gens de guerre et servent le parti de ce roi de Bourges, qui se fait appeler roi de France.
— Où donc se cacherait cette compagnie prétendue, mylord? où donc se cacherait son capitaine? Nous sommes maîtres absolus de toute la province , et je viens de la traverser avec mes Picards sans rencontrer un seul Armagnac.
— En vous accordant que ces misérables soient de simples pillards, reprit le lord, je n'en dois pas moins protéger les habitants de ce canton et leurs propriétés. Je ne puis le faire qu'en montrant dans cette occasion la plus grande sévérité.
— Ainsi donc vous me refusez, mylord, dit Regnault d'un ton qui marquait tout son ressentiment, et vous oubliez que sous les murs de Guise cette main a paré un coup
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de hache qui allait vous fendre en deux? i>
L'Anglaisbaissalesyeux d'un air embarrassé. « Songez que les habitants de Compiègne , les sujets de mon roi, attendent un exemple. . . » reprit-il d'une voix basse.
Jusque-là le bourgeois avait assisté à ce débat sans paraître y prendre le moindre intérêt, etsans même sembler écouterla conversation; mais sur les derniers mots du gouverneur: « Je crois, dit-il de l'air le plus indifférent en s'approchant de Regnault de Flavy , je crois avoir entendu, sire chevalier, que l'un de ces deux misérables était déjà exécuté?
— Oui,» répondit Regnault en jetant pour la première fois les yeux sur cet homme, un des plus beaux que l'on pût voir, et qui, bien qu'il n'eût pas encore trente ans, portait une écharpe aux couleurs de la ville, en signe de quelque fonction municipale*.
(l) La ville de Compiègne avait été mise en commune par Louis Vil en 1513, el en prévôté par Philippe V en «319 j mais d*après une ordonnance de Charles VI , de 1414, elle se trou-
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— Eh bien! messire, reprit le bourgeois, d'un ton aussi tranquille, laissez exécuter celui-ci. Convient-il que le noble filleul, l'ami du duc de Bourgogne , se fasse le champion d'un voleur de poules et de pourceaux et retire son affection à un brave allié pour un pareil sujet ? »
Le visage de Regnault de Flavy devint rouge comme du feu. «Maître... je ne sais qui, dit-il avec un accent de mépris, mêlez-vous de faire balayer les rues de Compiègne , de faire sonner la cloche du beffroi pour Ja procession, ou remplissez toute autre de vos fonctions bourgeoises; mais ne vous mettez pas en tiers dans un entretien entre gentilshommes lorsque votre opinion n'est pas requise. C'est assez d'un refus auquel j'étais loin de m'atlendre , sans que vous y joigniez vos fades remontrances. »
Il allait s'éloigner. « Écoutez , sire Regnault,
Tait administrée, à l'époque de cette histoire, par les gouverneurs de la ville et doa?ç Jjpurgeois notables.
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écoutez , s'écria l'Anglais, vaincu par le souvenir du siège de Guise ou par celui da duc de Bourgogne , dont maître Paulet venait de faire mention ; il ne sera pas dit que Georges Hackson ait refusé la première demande que lui fait Regnault de Flavy. Ce misérable vi- ^ vra jusqu'à ce qu'il aille se faire pendre ailleurs. » Appelant aussitôt un des arbalétriers qui se promenaient dans les cours : « Courez sur la place, Robert, continua-t-il , et que l'on amène ici celui des condamnés qui vit encore. »
Le soldat obéit aussitôt , et le jeune chevalier, serrant affectueusement la main du gouverneur:« Je VOUS rends grâcecent fois, mylord, lui dit-il; jamais ce que vous faites aujourd'hui pour moi ne s'effacera de ma mémoire.
— Mon devoir cède à l'amitié que je vous dois, répondit Hackson; mais, à la moindre plainte contre celui qui vous doit la vie...
— Il resteraà mon service, ou quittera le pays; recevez-en ma parole. »
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A travers sa joie , le jeune chevalier ne put s'empêcher de jeter un coup d'œil triomphant sur l'homme à l'écharpe ; mais celui-ci ne le vit pas, attendu qu'il se promenait alors en long et en large sur le perron , sans prendre la moindre part à ce qui venait de se passer. Lord Hackson, qui avait suivi le regard de Regnault , le prit alors sous le bras, et, baissant la voix :
«Ce bourgeois, lui dit-il, que vous venez de rudoyer nous est infiniment utile. Il jouit d'une si grande considération dansCompiègne que tous les habitants n'entendentet ne voient que par ses yeux. Outre qu'il est chef de la milice , il gouverne entièrement ses collègues, les autres notables , dont j'ai le plus grand besoin d'être appuyé.
— Je gagerais bien mes éperons que c'est un fort mauvais homme, répondit Regnault.
— Je me soucie peu qu'il soit bon pourvu qu'il serve la bonne cause , reprit l'Anglais ; sans lui nolro petite garnison serait insufii-
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santé pour garder la ville, car beaucoup de gens ici ne demanderaient pas mieux que d'ouvrir les portes à Charles. Richard Paulet les surveille, il me les ferait connaître au besoin...
— De pareils hommes, interrompit Regnault dédaigneusement, se paient avec de l'or et vous tiennent quittes de politesses.
— De l'or! il en a plus que vous et moi. C'est le plus riche bourgeois de la France, et sa grande fortune lui fournit tous les moyens d'aider une foule de pauvres diables dont il dispose.
— Soit, dit Régna ult; mais Dieu me préserve de traiter jamais avec estime celui qui combat la pitié jusque dans le cœur de ses semblables ! »
Ils causèrent alors entre eux de l'état des affaires. C'était avec une grande joie que l'Anglais entendait le jeune chevalier affirmer que le duc de Bourgogne ne ferait point avec Charles une paix «épnrée ; que, selon toute ap-
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parence, au contraire, ce prince allait avant peu ramener en France de nombreuses troupes et soutenir ses alliés plus fortement qu'il ne l'avait encore fait. Ces propos avaient entièrement remis le capitaine Anglais en belle humeur, lorsque son envoyé revint, amenant avec lui quatre archers qui conduisaient le condamné.
« Approche , mauvais garnement , dit le lord en apercevant son prisonnier. Voilà notre frère d'armes > le sire de Flavy, à qui je te donne en toute propriété, pour disposer de toi selon son bon plaisir. Remercie-le d'avoir arrêté la corde qui te serrait déjà le cou, et conduis-toi de manière à n'avoir pas besoin de grâce une seconde fois; car, par mon chef! à ta première sottise, le bourreau reprendra son bien. »
Celui auquel s'adressait cette allocution, plus énergique que flatteuse , n'y répondit qu'en jetant sur son frère de lait un regard plein de reconnaissance et d'affection. « Je
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réponds de lui, dit Regnault en détachant les liens qni gonflaient les poignets du pauvre jeune homme. Va m'attendre à la porte des cours, Chariot,» conlinua-t-il ; et Chariot, s'inclinant d'un air assez fier devant lordHackson, exécuta cet ordre à l'instant.
Il tardait si fort au jeune chevalier de suivre son protégé qu'il se hâta de renouveler à l'Anglais tous ses remercîmenls. Lui promettant de le revoir dans la journée même, il s'excusa sur quelques ordres à donner aux siens pour prendre congé, et partit sans daigner honorer d'un dernier coup d'œil le chef de milice, dont il trouvait que lord Hackson s'exagérait beaucoup l'importance.