‹ Les fleursChapitre 2 sur 16 · MICHEL LÉVY FRÈRES, ÉDITEURS · texte numérisé non relu

MICHEL LÉVY FRÈRES, ÉDITEURS

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A LA LIBBAIRIK NOUVBLLK

— Droits *• repro4uettoa tt é» traduction réwrrét —

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A LÀUTQUR-MÉZEKAY

Nous avons eu , dans ma petite vallée abritée» jusqu'à près de huit degrés de froid, dans les derniers jours de décembre, — puis la mer s'est mise à bouillonner, le vent a sauté au sud-ouest, et tout a dégelé dans une seule nuit. Au printemps de 1850, je convins avec H. Alphonse Lemichez, qui a ce beau jardin d'hiver, rue des Trois-Couronnes, à Paris, — le premier qui ait été créé, — que lui à Paris, et moi à Sainte-Adresse, nous planterions en pleine terre quelques camellias. Ce fut lui, comme le plus savant, qui désigna ceux qui avaient le plus de chances de résister à nos hivers. A-t-il fait l'épreuve? je

l'ignore ; — pour moi, J'ai suivi fidèlement le programme de notre expérience.

On sait qu'en France, à Angers, les camellias fleurissent parfaitement en pleine terre. Angers, qu'on appelait, dit-on, autrefois la Ville-Noire, parce qu'elle fut la première dont les maisons furent couvertes d'ardoises, est une ville très-favorable à l'horticulture, et mériterait un surnom plus gracieux. Cette ville est à deux cent soixante-dix kilomètres au sud-ouest de Paris, tandis que le Havre-de-Grâce, près duquel est la vallée de Sainte-Adresse, est à cent soixante-dix-huit kilomètres au nord-ouest de la capitale. (Je compte les distances les plus directes; car, par Rouen, le Havre e&t h deux cent treize kilomètres de Paris, et, par la route du AJans, Angers est à trois cent deux kilomètres.)

J'ai vu de mes yeux, ~ chargé fo fleurs, <~- sur le plateau qui 4omioe Satote^Adresee, «'eôUà-diiv beaucoup plu» exposé au vent du nord, ehez un vieux jardinier appelé le père Lapoule, w caraellia 4e l'ancienne variété panachée 4e rouge, appelée wiegato* Ce caroellia fleurissait ainsi deput* ptatems auftéec eu pleine terre dit soi do jardin et en plein air.

U y en a nu auto», ebea m 4e vm *ofow& detrt les deeiioées fe*t moins battantes : — il est depttîs

quinze ans dans un coin du jardin ; — il n'a jamais fleuri, et fl îfa pas grandi d'un pouce depuis sa plantation. — IJ n'est pas mort; — c'est toute sa vie et tpute son histoire.

Je plantai donc en pleine tçrre de bruyère quatre camellias : l'ancien blanc, le varie gâta, un pœnillora et un donldari. De 1850 à 1851, il n'y eut pas d'hiver, c'est-à-dire que le thermomètre, dans notre vallée, ne descendit pas* plus bas qu'un degré centigrade au-dessous de zéro : répreuve était donc ajournée. Mes cameîlias fleurirent parfaitement, excepté le blanp, qui n'avait pas de boutons à fleurs. Dans l'été, ils firent des pousses très-vigoureuses, et aujourd'hui, 10 janvier, ils ont de nombreux boutons, du moins le variegata et 1s douklari ; le pœniflora n'en a que trois , le blanc n'en a pas ; mais, comme fl est aussi vigoureux et aussi bien portant que les trois autres ; je n'attribue pas cette stérilité à la température, d'autant plus que c'est pendant Tété que se forcent les boutons à fleurs. Pendant la gelée, qui a duré une semaine et qui a varié, en progressait jusqu'au .dégel, de quatre à six degrés, ils ont paru moins fatigues que les rhododendrons ponticum. J'ai déjà dit aux lecteurs de l'Illustration que je tiens en pleine terre, depuis trois ans, la belle' azalée

blanche liliiflora, et depuis deux ans l'azalée violette, phœnicea, qui fleurissent bien toutes deux, quoique les livres les plus répandus tous disent que les espèces indiennes, c'est-à-dire dont les feuilles sont persistantes et dont les fleurs ont dix étamines, doivent être mises à l'abri aussitôt qu'il gèle. La liliiflora est du reste en pleine terre au jardin du Luxembourg, à Paris, depuis dix ans

C'est, je crois, une épreuve très->S(éressante, et ce serait une très-bonne nouvelle pour tous les pauvres jardiniers comme moi qui ne peuvent avoir un jardin d'hiver, et n'aiment pas beaucoup les arbres en pot des serres ordinaires, que de leur dire après des épreuves suffisamment renouvelées : « Vous pouvez planter dans votre jardin certaines variétés de camellias. » Mais n'entonnons pas encore l'hymne de la victoire, — l'hiver n'est pas fini, et le froid n'a pas passé six degrés.

Vous n'êtes pas sans avoir vu un médecin en quête de clientèle. A la moindre altération de votre visage, il vous interroge avec anxiété, il vous affirme que vous êtes malade ; tout ce que vous lui dites pour le dissuader le confirme, au contraire, dans son opinion. Faute de malade, il voudrait inventer des maladies ; il appelle de tous ses vœux celles qui ne font

que des apparitions périodiques, — hélas I trop rares; il regrette celles que la négligence, ou la vanité de la science, ou la providence divine ont laissé se perdre et disparaître, dont on ne retrouve de traces que dans les livres, comme on ne retrouve que dans les musées les squelettes fossiles des ichthyosaures antédiluviens.

C'est pourquoi il ne faut pas prendre tout à fait au sérieux toutes les maladies des végétaux utiles que Ton découvre depuis quelques années. Quelquesuns ne sont pas si malades qu'on le dit; d'autres ont vu leurs maladies anciennes et congénitales recevoir des noms nouveaux de parrains peu désintéressés, qui, loin de donner des dragées, voudraient en recevoir. — Depuis le temps que la pomme de terre est malade, elle devrait être morte, — ou sauvée tout à fait, si on avait fait ce que je ne répéterai pas ici, l'ayant déjà dit dans Y Illustration *. — C'est surtout quand il s'agit de choses utiles qu'il faut éviter d'être long, et de donner aux lecteurs un prétexte pour fermer le livre.

La pomme de terre, le raisin, le haricot, etc. , sont plus ou moins souffrants. — S'ils allaient mou-

* Foir t. XVIH, p. 254, n° 451.

4 L£* FLE#a&

rir, ce aérait une sévère façon de faire expier h l'homme ses sottises variées, et je doute fort que les progrès qu'il se plaît k attribuer h sa raison et à §en génie puissent compenser la perte d un fruit et de deux légumes,

, J'ai lu, dans un très-ricbe volume que vient de publier M. Curmer, une anecdote intéressante sur Ja pemme de terre. Je vais lâcher de me la rappeler en peu de mots*

Parmentier, dont l'héroïque obstination nous a dotés de la pomme de terre, obtint du roi Louis XVI qu'il se montrerait eu public avec un bouquet de fleurs de pommes de terre* — Ces fleurs violettes devinrent à la mode. — L'auteur du livre leur domje l'éptthète de bleuet; c'est une nouvelle preuve de l'extension hyperbolique que l'on douno à la eeukur bleue, et qui m'a fait ajouter à la nomenclature des couleurs connue» celle dite bleu de jardinier, +~ Les femmes de la cour les adoptèrent pour leur coiffure. Mais cela ne suffit pas : «—on refusait, en général, de manger et de planter des pommes de terre, lorsque Parmentier s'avisa de faire publier la défense de lui en dérober à l'avenir dans ses enclos. ~~ De ce jour on les mit au pillage, et Ja pomme de terre fut naturalisée.

LES FLEUHS. 7

Cette anecdote m'amène à songer aux difficultés qu'ont quelquefois à s'établir et à se faire accepter des choses utiles, lorsque des choses futiles, dangereuses, ridicules» sont réclamées parfois avec tant d'empressement et se trouvent tout de suite à la mode. Sans Parmentier f nous ne posséderions pas encore peut-être ce précieux tubercule.

La Quintiuie, cet avocat qui devint un grand jardinier sous Louis XIV, ei qui fit faire de si notables progrès à la science» ne parle pas des pommes de terre dans son livret qui fut imprimé, api es sa mort, en 1690. — Une édition faite depuis, en 1730, et k laquelle a» ajouta divers articles! garde le même si* tence.

L'édition de 1743 du Dictionnaire dt Trtwux se Afttntioaae pas 1* wm de la pomme die terre*

Voici ce que disait de h pwme de terre, en 1753, l'auteur d'un traité trè9-compkt et très^stimé, intitulé Y École du potagers et dont M» de Macfaault, garde des 6œanx et contrôleur général» avait accepté la dédicace.

L'auteur de Y École du potager désigne la pomme de terre aeas le nom de truffa on truffU. (École dm potager, t. II, p. 577.)

8 LES F LE U i\S.

DESGKIPTION DE LA TRUFFLE 00 TRUFfl»

« Voici une plante dont aucun auteur n'a parlé, et, vraisemblablement, c'est par mépris pour elle ; car elle est anciennement connue. Cependant, il y a de l'injustice h omettre un fruit qui est la nourriture de beaucoup de gens. Je ne veux pas l'élever plus qu'il mérite, car je connais tous ses défauts; mais j'estime qu'il doit avoir place avec les autres, puisqu'il sert utilement et qu'il a ses amateurs. Outre le bas peuple et les gens de la campagne, je puis avancer, par la connaissance que j'en ai, que beaucoup de gens l'aiment par passion. Je mets à part si c'est affection bien placée ou dépravation de goût; il a ses partisans, cela me suffit.

« 11 y a deux espèces de truffles : l'une rouge et l'autre blanche, tirant sur le jaune. Cette dernière est préférée, ayant moins d'âcreté que la première.

« Ce fruit est susceptible de divers assaisonnements, mais les gens du commun le mangent cuit simplement dans les cendres, avec un peu de sel. — J'avouerai que c'est un manger fade, insipide, et fort à charge à l'estomac ; mais il a un certain goût qui plaît à ses amateurs. Que peut-on objecter contre ? et quand on est accoutumé à une chose, combien

ne perd-elle pas de ses défauts? Un fait certain, c'est que ce fruit nourrit, et que, par la force de l'habitude, il n'incommode point ceux qui y sont accoutumés de jeunesse. D'ailleurs, il est d'un grand rapport et d'une grande économie pour les gens de bas état : ces avantages peuvent bien balancer ses défauts. Il n'est pas inconnu à Paris; mais il est vrai qu'il est abandonné au petit peuple, et que les gens d'un certain ordre mettent en dessous d'eux de le voir paraître sur leur table. Je ne veux point leur en inspirer le goût, (pie je n'ai pas moi-même ; mais on ne doit pas condamner ceux à qui il platt et à qui il est profitable. »

Après cette profession de foi pleine d'impartialité et de tolérance, Fauteur de Y École du potager donne quelques détails sur sa culture ; mais il les donne du bout des lèvres, avec un dédain qu'il ne peut dissimuler. — « Faites ceci — ou faites cela, peu importe; je crois qu'il n'y a pas besoin de tant de soins. » — Enfin, pour montrer jusqu'au bout qu'il n'est animé d'aucuns mauvais sentiments pour la pomme de terre, et qu'il serait, au contraire, enchanté de lui trouver quelque emploi, mais que ce n'est pas sa faute si elle n'est, en réalité, pas bonne à

^•^'.'.V^:;, il tei mine ainîi %1'aae façcu ^ionphaute :

« Je ne bi tenais *oeme propriété p^ir la médecine. »

(En effet, fti ne pnrga pas. # lie gu-'r-t aucune maladie, — cicepté ce;crJaui la faim.)

« On avait imaginé, continne-t-il, d'en Caire de It poudre à poudrer, qui peinait sjppléer, dans le temps de cherté des grains, à h poudre ordinaire : elle eut d'abord quelque succès, et \c ministère aida l'entreprise de sa protection ; mais, à l'usage, on lui reconnut le défaut d'être trop pesante el de ne pus tenir sur les cheveux, ce qui la fit échouer, et il n'en est plus question. »

C'est nue preuve de plus de l'inimitié profonde et irréconciliable que l'homme se porte à lui-même ;— sans lui» l'homme serait heureux* Voyez avec quel courage il se défend contre tout ce qui peut lui être Utile ou avantageux* et avec quelle faveur, quel enthousiasme il accueille tout ce qui lui est contraire et malsain.

Quoiqu'on se soit, comme vous le voyez, fort long» temps passé de la pomme de terre, ce serait une triste chose que d'être réduit à s'en passer mainte*

IBS FLEURS. if

naut ; et si ce tubercule n'avait été que prêté aux hommes, ils auraient longtemps à le regretter»

Parmentier, auquel la France doit l'usage dç ce légume qui nourrit une partie de la population, n'a pas, dans l'histoire et dans la reconnaissance des pe'uplesf la place qu'il mérite. H y a longtemps que> à l'usage des peuples, j ai retourné un ancien proverbe, et que j'ai dit : « Aima bien qui est bien châtié» » Le dernier des conquérants , qui a attiré sur un peuple tous les maux et toutes les misères, est placé dans la mémoire de ce peuple bien au-dessus de Parmentjer, dont le nom même n'est pas connu dans des provinces entières, dont la moitié des habitants mourraient de faim sans ses efforts opiniâtres.

Parmentier est mort en 4810. — Je crois que Montdidier, sa ville natale, vient de lui élever une statue ; — je prie quelque habitant de Montdidier de fixer mes doutes h cet égard. — On a attendu longtemps, — si toutefois c'est fait, — on a attendu qu'il devînt à la nwde parmi les villes de dresser des statues chacune à ses illustres morts, — PeuNtre veuton être bien sûr qu'ils çont tout à fait morts ; c'est non un hommage qu'on rend, mois un héritage qu'on recueille. — On reconnaît volontiers les services et la gloire des gens quand ils ne sont plus là pour en

profiter, et qu"on peut s'enorgueillir et humer l'encens en leur lieu et place.

C'est cette juste façon d'apprécier la justice de la postérité qui a inspiré à un poète que j'ai cité deux ou trois fois déjà ici, sans le nommer, la courte boutade que voici. — Excusez les vers. —

Cette postérité pour qui l'on s'évertue, C'est ce gamin qui joue aux billes dans la rue, Dont les cris importuns m'empêchent de trouver Ces beaux vers qu'à lui seul je prétends réserver. Jouez au cerf-volant, jouez i la toupie,

Redoutés galopins!

Un jour vous vengerez ma muse, qu'on oublie,

De mes contemporains; Car je n'écrirai plus lorsque vous saurez lire. Vous pourrez sans danger, moi mort, louer ma lyre, Et vous vous servirez de mes défunts talents Pour vexer à leur tour les poêles vivants.

La pomme de terre s'appelle en italien tartufolo ;

— en espagnol et en portugais, patata; — en anglais, potato; — en allemand, kartoffel, erdapfèl;

— en russe, semlenoja jagod, etc.

Je voudrais bien savoir ce qu'est devenu Yullioco,

— une plante qui a été fort prônée il y a quelques années, comme alimentaire. — Il est fâcheux qu'elle

n'ait pas tenu ce qu'on promettait pour elle ; car nonseulement elle n'est pas exigeante sous le rapport de la culture, non-seulement elle ne demande pas de soins pour prospérer, mais une fois établie dans un terrain, il n'est pas de chiendent, il n'est pas de Gascon plus difficile à en faire sortir. Aucune plante ne se multiplie avec autant d'abondance et d'opiniâtreté : il suffît qu'il reste dans un terrain un morceau du tubercule gros comme un grain de café, pour que l'été suivant vous voyiez sortir de terre ses feuilles charnues, presque rondes, ses tiges volubiles et grimpantes, ses fleurs blanchâtres, insignifiantes, mais exhalant une assez douce odeur de vanille. Si à l'automne vous fouillez à la place d'où est sortie la tige, vous trouvez un tubercule gros au moins comme le poing, tubercule irrégulier dont la substance ressemble assez, pour les yeux, à celle du topinambour, quoique plus mucilagineuse ; ensuite, si vous n'enlevez pas ce tubercule avec précaution, si vous en brisez la moindre parcelle, vous en retrouverez de pareils l'année prochaine autant que vous aurez laissé de petits morceaux. Peut-être s'est-on découragé trop vite. Si l'ullioco peut être employé à quelque chose, ce quelque chose serait bientôt très-abondant et à très-bon marché.

Beaucoup de gens, et il aérait bien difficile qu'il n'y eût pas quelques-uns de ce* gens-là parmi nos lecteurs, aiment les fleurs, mais ne pensent à ailes que lorsqu'ils admirent la splendeiukle leurs corolles, ou respirent leurs suaves odeurs. Le parfum s'éva* père» les pétales se flétrissent et tombent» #t il n- on est plus question jusqu'à la même époque de l'année suivante. Mais il arrive de \h souvent des déceptions» Pour beaucoup de plaisirs horticoles, c'est pendant l'hiver qu'il faut préparer son printemps, et voici ce qui arrive tous les ans : c'est à l'époque où Ton voit fleurir les premières jacinthes, que Ton pense que Ton aurait bien fait d'en planter chas soi \ o'est alors seulement que l'ofr demande des oignons aux mar* chauds ; or, à oette époque, les marchand» ont replanté leurs oignons depuis longtemps pour ne pas les perdre, et ne peuvent satisfaire aux demandes qu'on leur adresse*

C'est une charmante chose que la distinction ; mais il ne faut pas qu'elle dégénère en prétention et en manières. H y a des choses communes qu f il ne faut pas dédaigner 2 rien n'est aussi commun que le soleil, si ce n'est l'amour. Le désir de la distinction doit-il nous porter à renoncer à l'amour et au soleil? *

Tont le monde veut se distinguer, c'est-à-dire attirer et fixer les regards. On use, à cet effet, d'industries extrêmement variées. Il y a eu des moments même où la distinction consistait à avoir, à porter, à dire des choses communes. Le suprême bon genre a été un moment, au café de Paris, de demander, pour son dîner, do la soupe aux choux et un haricot de mouton de portière. Cela se demandait très-haut, avec un regard de côté pour jouir de l'effet qu'on produisait. Les gros paletots, les plus gros gourdins ont fait leur temps, Nous avons vu la mode des vieux chapeaux.

Il parait qu'il y a des personnes qui trouvent commune l'odeur de la violette, du réséda, du chèvrefeuille, de la verveine, etc. : leurs nerfs irritables ne peuvent s'accommoder de ces odeurs brutales. Un parfumeur vient d'imaginer pour ces personnes d'une si précieuse délicatesse des parfums nouveaux, des parfums qu'il emprunte à des fleurs sans odeur, ou du moins à des fleurs qui ne prodiguent pas leurs émanations au nez du vulgaire et les réservent pour des L.2 d'élite, — ou bien qui exhalent des parfums si ténus, si éthérés, que, seuls, ces nez d'élite peuvent les saisir ; — nez qui me rappellent l'oreille de ce personnage d'un conte de fées qui écoutait l'herbe

pousser, et qui se plaignait d'un grand mal de tête, parce qu'une mouche galopait trop bruyamment sur une vitre. *■

Ce parfumeur offre à la fashion deux parfums tout nouveaux : l'un est l'odeur d'azalée, l'autre l'odeur de camellia. Les azalées qui ont de l'odeur ont celle de la flêuf d'oranger ; il est donc probable que ce n'est pas à ces variétés qu'il a été demander ce parfum si plein de distinction et si nouveau ; — c'est incontestablement à des variétés inodores, — inodores du moins pour les nez du commun, comme le vôtre, comme le mien. Le second parfum est l'odeur de camellia pour le mouchoir.

Mon bon et spirituel camarade Rolle a, dans le temps, célébré l'odeur enivrante des camellias ;• — mais il a avoué , depuis , que le camellia qu'il avait vanté était un magnifique punetatum placé au centre d'un énorme bouquet de violettes de Parme.

On a annoncé, il est vrai, sur certains catalogues, un camellia odorant. — On en a vendu, — on en a acheté ; mais l'odeur s'est toujours perdue dans le trajet que faisait la plante du domicile du vendeur à celui de l'acheteur.

' Quoi ! parmi toutes ces charmantes cassolettes de rubis, de saphir, de topaze, qui exhalent au soleil

tant de si suaves parfums, il ne s'en trouve pas qui plaise à ces gens distingués auxquels s'adresse ce parfumeur ! Il faut qu'il extraie, par des moyens violents, de l'odeur des fleurs qui l'avaient toujours dissimulée jusqu'ici.

le plaisant projet d'un poëtc ignorant, Qui de tant de héros va choisir Ghildebrand !

Mais cet industriel aura beau faire, il sera bientôt déclaré timide , et débordé par des confrères jaloux et plus hardis.

• Si le parfum de camellia a du débit, — on ne tardera pas à le déclarer trop fort, brutal, violent, — commun ; — et nous verrons mettre en vente successivement l'odeur d'or et d'argent, — l'odeur de perle fine,rodeurd'émeraude, — l'odeur du soleil et l'odeur de la lune, — l'odeur d'eau de source, qu'on priera de ne pas confondre avec l'odeur d'eau de rivière,— tant on poussera loin l'éducation des nez distingués, délicats et précieux. — J'ai là le nom du parfumeur, mais je ne le dirai pas, — ce serait empiéter sur les

; droits de la dernière page du journal et lui faire une annonce ; — car le ridicule ne lue plus en France, — au contraire.

A LÉON GATÀYJSS

• Il y a une question qui vient de faire un pas immense ; ce n'est pas la question de la guerre : tout le monde cû parle, excepté ceux qui savent, ou, du moins, ceux-ci disent, non ce qu'ils pensent, mais ce qu'ils veulent qu'on croie.

La question qui a Jait un pas immense, c'est la question des abricots.

L'abricotier, dans la plus grande partie de la France, a la mauvaise habitude que voici : quand vient l'hiver, il s'endort et il rôve; il vùve qu'il est encore dans son pays natal, dans l'Arménie, d'où les botanistes l'appelent prunus armeniaca ; puis il s'éveille à moitié nar une ma-

tinée de printemps où il fait tin peu de soleil, et il ouvre ses fleurs blanches. Mais, peu de temps après, une petite gelée vient le surprendre et briller les étamines de la fleur; la iécondation est impossible, et il n'y a pas d'abricots; c'est pourquoi, tous les ans, dans la moitié de la France, on dit : c II n'y a pas d'abricots cette année. » L'homme a, par ses soins persévérants, créé tant de variétés de fleurs et de fruits 1 — Il s'agirait de chercher et de trouver un abricotier tardif, assez pour être à l'abri des dernières gelées. En attendant, on a essayé de déshabituer les aoricotiers que nous avons de faire des rêves et de fleurir trop vite. — Un certain docteur Leclerc a fait^ il y a quelques années, une tentative dont les résultats ne sont pas parvenus jusqu'à moi. Le docteur Leclerc n'était pas mû précisément par l'amour des abricots : ses recherches avaient été décidées par un sentiment d'humanité. Il publia, en ce temps-là, une brochure où il s'attendrissait fort sur la pudicité de la sensitive, laquelle contracte ses feuilles, comme presque tous les mimosas, lorsqu'on la touche, ou lorsqu'il fait nuit. — Il parlait beaucoup aussi de la douce sensibilité de la vigne, qui pleure sous la serpette du jardinier, t Pleure-t-elle, au printemps , demandait le docteur Leclerc, les maux et les crimes que les abus du vin produiront à l'automne? ou pleure-t-elle à cause de sa maladie? ou témoigne-t-elle ainsi une horreur de l'eau qui lui fait rejeter toute humidité? •

M. Leclerc ne s'accoutumait pas à voir tailler, c està dire mutiler les arbres; il imagina, pour leur rendre cette opération moins douloureuse, de les endormir à l'aide de l'éther et du chloroforme.

Ce n'est pas une plaisanterie, le docteur existe.

Voici qu'à son tour M. B... dit un journal belge, ie Courrier de Charleroy, mû surtout par un vif amour des abricots, vient de tenter une autre expérience.

Il a magnétisé les abricotiers de son jardin. Pour ce qui est du résultat, on le verra dans cinq ou six semaines; il y en a cependant un qui est acquis au procès : c'est l'opinion de M. B... sur lui-même et sur son expérience.

M. B..., dit le Courrier, ne doute pas de la possibilité de réveiller les abricotiers lorsque la saison sera assez avancée pour ne plus craindre les gelées; peut-être ne manquerait-il pas d'intérêt de voir le savant magnétiseur M. B... faire des passes devant ses arbres et leur inoculer son fluide ; — même scène pour les réveiller.

Un abricotier que Ton ne réveillerait pas ne donnerait naturellement ni, fleurs, ni fruits; mais on les réveillera tous.

il reste deux autres dangers à cette opération. Je demande à M. B... la permissiou d'appeler sur eux son

atten tion.

N'est-il pas possible qu'un abricotier magnétisé devienne lucide, se mette à parler et prédise l'avenir

n LES FLEURS.

crjmroclcs efrène^del)odone?Uft abricotier lucide pourrai dire de très-Arôtes de choses, monsieur B...Î f*«s ira vieil opéra, ÀleWamas s'écrie r

O Dieu! soyez témoin que je souffre un martyre Qui fait fendre le cœur de ce €toéfte entier ci.

Sylvie répond :

II ftot croire plutôt qu'il ê'tc&U <U siw f Oyant les sots propos que tu me fais ici.

D'autre p*rt, le fluide d« M, B,., ne peutr-il exerce* «as certaine influence féconde sur tet espèces eu sur les fruits eus-mômes? N'en pcti-o» pas remontrer par hasard une nouvelle variété d'abricots, par exempte, l'abricat-pêehe à odeur de M. R...?

Voici quelques faits attesté* par des gens vivants, et qui viennent à l'appui «les expêr iences que j'ai rapportées. Cependant* de ceux que je vais citer, jeu sais un qui est mort fou, après avoir fait mourir folle sa femme, qu'il aimait tendrement ; c'est Hennaquiû. Les autre* sont, j8 crois, encore de ce monde, tout en vivant dans un autre.

« A Saint-Quentin, le docteur Picard mesa*èrise des flefcrs, des arbres et des fruits. 14 a ainsi produit un abricot qui, après huit jours de magnétisation, avait quis la grosseur d'un melon ; douze personnes e» nua gèrent ehacaoe me trombe et H en resta. »

(Union Médicale, du 28 mai 1886,

eitée par le docteur Mabru)

c Certains magnétiseurs prétendent endormir la lune et la font tomber en syncope. »

(Arago, Biographie de Bailly) « Hennequin a publié un poëme, Jaanita, qui lui avait été dicté par sa chaise. »

(Hennequin, Religion, p. 610) c J'ai entendu une table dicter des pages que Dante n'aurait pas trouvées. »

(Auguste Vacquerie) « Une personne prend un caillou dans sa main. Par la seule volonté de M. Philips, le caillou devient si brûlant, que cette personne est obligée de le jeter. »

(Louis Figuier) c Le magnétiseur Ricard à fait pleuvoir, par la seule force de sa volonté, à Montpellier, sur la place du Pérou. »

(M. de Mirville, p. 297)

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