‹ Les fleursChapitre 3 sur 16 · A EUGÈNE SUE · texte numérisé non relu

A EUGÈNE SUE

En 1801, le célèbre botaniste Hœnîce découvrit* près du fleuve des Amazones, la plus merveilleuse plante qu'il soit possible d'imaginer : c'était évidemment une nymphéacée , c'est-à-dire une plante ressemblante à notre nénufar ou lis des étangs ; mais ses gigantesques proportions lui donnaient l'apparence d'un rêve. En effet, chacune de ses fleurs, flottant sur l'eau, n'avait pas moins d'un mètre et demi d'étendue» quelques-unes mémesétaient plus grandes. Les fleurs, blanches d'abord, et montrant, lors de leur entier épanouissement, un centre d'un rose vif, avaient trente centimètres de diamètre.

Ces plantes couvraient une sorte d'étang de plus d'un quart de lieue; Hxnke, saisi d'admiration, se jeta à genoux dans le bateau qui le portait.

Haenke mourut dans le cours de ses voyages , et ses notes ne furent mises en ordre que très-longtemps après sa mort.

En 1819, M. de Bonpland avait rencontré à son tour la Victoria regia au Paraguay ; il en envoya des graines en Europe ; mais elles aie germèrent pas. Il parait que la plante de Haenke et celle de Bonpland offrent quelques différences. Ainsi la plante vue par M. Bonpland a les feuilles vertes dessus et dessous, tandis que cejle de Haenlçe fi le dessous dfi? feuilles d'un pourpre violet. ,De là grande rameur, ^rçe £ijp M. d'Orbigny, qui a rencon(i;é, çn ïf$J, $w te? frontières ,du Paraguay, la plante .de .Çp^lapd, liû,? donné le noiji de Victoria çtii$g/\g, Jm tl a eftvayjé, f l{i même fumée, au prmséum de Paris, ,UP ,$lç$£LP >avfip des fleurs .et des Veuilles desséçh^ ; .(ftRftis f qiul,ttÊ trouva la plante de Haenke cju'ep 1853, ,yp *p jjj>i& que Pœppig l'avait rencontré, .et Jiji avait donné Je nom de euryale ama%onj ( ca l , «en jd#ce ,flu «flûjUjj&e mururu que lui donnaient les jjuljgèRfiS..

ISn 1837, sir Jiobçrt Schfttn^çgji, , explorant ,ty Guyane anglaise, envoya un portrait de la même

plante , celle de Haenke , en Angleterre , en la désignant sous le nom de nymphœa Victoria.

En 1847, M. E. Gray la décrivit dans le Journal de Botanique, sous celui de Victoria regina.

Trois mois plus tard, le docteur Lindley publiâtes dessins de sir Robert Schomburgh, et baptisa la plante du nom de Victoria regia.

M. Gray se fâcha.

Sir Hooker demanda qu'on appelât la nouvelle nymphéacée Victoria reginœ , pour des raisons d'analogie.

M. Sowerby réclama le nom de Victoria amazonica pour se rapprocher du nom imposé par Pœppig.

Déjà auparavant, M. d'Orbigny avait publié ses réclamations' dans Y Écho du monde savant.

La guerre fut allumée , il coula beaucoup d'encrt ; mais la plante n'était pas encore arrivée en Europe. — « En 1857, sir Robert Schomburgh en avait envoyé des pieds, qui étaient morts en route.

En 1846, M. Bridges, célèbre collecteur, alla exprès chercher des graines, et les rapporta dans un bocal plein de terre humectée. Le jardin de Kew en acheta vingt-cinq : deux seulement germèrent ; mais les plantules périrent presque aussitôt.

En 1848, un médecin anglais envoya des plantes

et des fruits. Les rhizomes arrivèrent putréfiés , et les graines ne germèrent pas.

En 4849, des Anglais demeurant à Georges-Town se cotisèrent pour envoyer une expédition d'Indiens, qui leur rapportèrent trente-cinq pieds de la merveilleuse plante; mais les trente-cinq pieds périrent tous.

Enfin deux médecins, MM. Hugues Rodie et Luckie, envoyèrent des graines au jardin deKew. Ces graines, transportées dans de petites fioles d'eau pure, arrivèrent le 28 février 1849. Le 23 mars suivant, six plantes étaient levées et se portaient bien. Une de ces six plantes, transportée et cultivée à Chastworth, chez M. le duc de Devonshire, fleurit le 8 novembre 1849.

Une seconde fleurit le 10 avril 1850, chez M. le duc de Northumberland.

Enfin une plante née de graine à Chastworth f en février 1850, fut apportée à Gand, chez M. Van Houtte, célèbre horticulteur, le 26 mai de la même année, et le 5 septembre suivant s'ouvrait sa première fleur.

Tout ce que je viens de vous raconter est tiré assez laborieusement de l'histoire complète de la Victoria reyia, que vient de publier la Flore des serres et jardins de V Europe.

Je renvoie h la Flore ceux des lecteurs qui voudront avoir des détails sur les constructions de l'habitation du palais de verre que M. Van Houtte a fait construire pour sa nouvelle hôtesse, et sur l'appareil de chauffage et la culture de la Victoria regia. La serre doit avoir une température de vingt-huit degrés centigrades , que le soleil élève jusqu'à trente-cinq, et l'eau, une chaleur de vingt-neuf à trente-deux degrés centigrades. Un volume entier est consacré à la Victoria regia. Avec les renseignements qu'on y trouve, on peut facilement établir son domicile et la cultiver. Malheureusement, ce domicile et le chauffage sont chers, et il n'y a que peu de personnes qui pourront voir fleurir chez elles un des plus magnifiques végétaux qui existent. Mais c'est un luxe que la ville de Paris se doit à elle-même; c'est plus curieux et plus agréable qu'un ours, et ça ne coûterait pas aussi cher à entretenir que les huit ou dix hyènes qui composent aujourd'hui le fonds de la ménagerie du jardin des Plantes. J'espère bien que l'administration du muséum va se mettre en mesure de confier à M. Neumann, le directeur des serres, une jeune Victoria regia, que les Parisiens ne tarderont pas à admirer, grâce à la rapidité de végétation de celte magiij*

fique nymphéacée, rapidité aussi extraordinaire que sa splendeur et ses dimensions.

Il serait honteux qu'on hésitât. Même pour un particulier, il sera désormais bien misérable d'avoir une

serre chaude sans y préparer un asile pour la victo-

ria regia; seulement, je ne cache pas aux amateurs que, pour qu'elle vive un peu à Taise, et puisse y

étaler ses feuilles et ses fleurs, ce n'est pas trop d'un bassin de huit mètres vingt centimètres dé diamètre, et de un mètrç quatre-vingts centimètres de profondeur.

Consolons maintenant un peu ceux qui ne verront peut-être jamais cette riche plante, et aussi ceux qui comme moi la verront, mais ne la posséderont pas, et parlons des richesses gratuites où à peu près qui peuvent s'épanouir dans les eaux de nos jardins, dans un bassin, dans une mare, dans un tonneau même. Je ne connais, sans aucun doute, pas toutes les plantes aquatiques; il y en a d'autres que j'ai vues* mais que je n'ai pas cultivées; quelques-unes que je ne connais que de réputation. Je parlerai discrète^ ment de ce que je n'ai pas vu moi-même, et j'en avertirai mes lecteurs.

Pour ceux qui n'ont pas vu la vktoria regia, le nénufar blanc, le lis des étangs , est sans contredit

la plus belle des plantes aquatiques, et une des plus belles plantes qu'on connaisse.

Ses feuilles rondes, d'un beau vert, de la largeur

d'une assiette, et flottant sur l'eau; ses larges fleurs blanches et doubles en forme de volant, épanouies pendant tout l'été, en font un magnifique spectacle*

On l'appelle en greo, vu^ou»; — en latin , nymphœa ; — en italien, nenufaro ; — en allemand, waëserlilie ; — en anglais , waterrose j — en hollandais, %eebloem ; -— en danois, sosblomsteïj —en polonais, grzybienie ; — en russe, kubkchkai — en arabe, nilufar.

Ne pensez pas que je veuille vous faire croire que je sais toutes ces langues : j'ai trouvé ces noms dans un livre; et, comme cela m'intéresse, je veux partager avec vous le petit plaisir que j'en retire,

Le nénufar jaune est moins splendide , mais c'est encore une fort belle plante ; ses feuilles presque aussi grandes sont plus allongées, et non plus grandes et plus rondes, comme dit un livre trèsMMéresôant, la Flore médicale* Sa fleur est beaucoup plus petite, simple, mais d'un très-beau jaune; tous deux se multiplient par des tronçons de racines que Ton plantfe à une profondeur de deux à six pieds d'eau, dans une terre qui n'a pas besoin de beaucoup d'épais*

seur. En général, la terre qui convient aux plantes aquatiques est un mélange dé sable et de terre franche.

Le nénufar blanc a une odeur douce et faible; l'odeur citrique du jaune est plus forte, mais a plutôt l'air de sortir de la boutique d'un parfumeur que du calice d'une fleur. J'ai vu des nénufars cultivés dans de grandes tonnes, où ils fleurissaient très-bien. Le Bon Jardinier dit que le nénufar blanc fleurit de juin en août ; il serait mieux de dire : de mai en septembre. L'apparition des feuilles du nénufar à la surface de l'eau est pour les jardiniers un signe qu'il n'y a plus de gelées à craindre, et beaucoup d'entre eux attendent cette apparition* pour sortir les orangers.

Le nénufar a une mauvaise réputation fort usurpée ; je ne sais si c'est à cause de cette réputation que les phalanstériens l'ont en horreur, mais j'ai un peu perdu des bons sentiments du spirituel Toussenel depuis qu'il a appris que je le cultive dans mon jardin. L'électuaire de chasteté, le sirop de nénufar, le miel et l'huile de nénufar, n'ont aucune vertu, et les paysans suédois mêlent dans le pain, à la farine , de la racine de nénufar râpée , sans aucun inconvénient. Les Égyptiens mettaient d'ordinaire un nénufar sur la tête d'Osiris.

LES PLEUBS. 33

Le pontederia cordata n'est que depuis un an dans là mare, alimentée par une petite source, où je cultive mes plantes aquatiques, et il n'y a pas encore fleuri, mais il a élevé de grandes feuilles d'un beau vert, ovales et échancrées à la base, à près de trois pieds hors de l'eau. Je lis dans un petit ouvrage de H. Pépin, que ses fleurs sont disposées en épi droit de quatre à cinq pouces de long, et sont d'un beau bleu. Je me défie du bleu de jardinier; je vous l'ai déjà dit : le bleu, vu la rareté de cette couleur, est attribué parfois aux plantes un peu trop libéralement. Mes deux pieds de pontederia sont forts, 'et j'en verrai sans doute la fleur cette année, de mai en septembre, durée de la floraison de cette plante ; elle se multiplie par éclats du pied, ce qu'il faut faire eh avril et en octobre, c'est-à-dire avant et après la période de végétation.

Il est une erreur assez répandue, même chez certains jardiniers : c'est qu'il faut séparer et transplanter les végétaux pendant l'hiver légal, l'hiver de l'almanach. La plupart des végétaux, en effet, cessent de se développer, du moins d'une façon apparente, dans cette saison, mais non pas tous ; il faut prendre chaque plante dans son hiver à elle, c'est-à-dire pendant son sommeil. Cependant ce n'est pas au

milieu de cette phase de torpeur, mais au commencement ou à la fin, que le moment est le pfus favoraMe ; ainsi, j'ai toujours vu réussir surtout les plantations faites en novembre, quand la sève circule encore lentement, et je préfère les transplantations exécutées à la fin de l'hiver à celles que Ton fait au milieu.

Il est encore à cela quelques exceptions, ou plutôt des exemples de ce principe porté plus loin. Nous en citerons une tout à l'heure à propos de Yarundo donax. — Il nous en vient une autre en mémoire. — L'anémone hépatique, trés-délicate à la séparation des pieds, supporte beaucoup mieux cette opération, ainsi que celle de la transplantation qui en est la suite, au moment de sa floraison.

Revenons au poniedefia. — Son pied ne doit être couvert que de six à huit pouces d'eau ; c'est assez, du reste, pour que la plante passe nos ïiivers à l'air ïibre, — contrairement à l'assertion du Bon Jardinier, qui la signale comme étant d'orangerie. — Il est vrai que l'exemplaire du Bon Jardinier que j'ai sous les yeux est de 1841 , et que l'article peut avoir

été corrigé depuis.

J'ai planté également, il y a un an, la péronie ou thalia dealbata, mais elle n'a pas poussé du tout.

M. -Pépin assure <pf elle passe l'hiver à l'air libre, pourvu qu'elle soit couverte de huit à dix pouces <fcau. H. Armand Gontier, Me Fontenay-aux-Roses, ne la ctfhive pas autrement, ce qui est encore contraire à ropîtiîon du Bon Jardinier... de 18£i. la péronie élève, dit-on , à plusieurs pieds au-dessus de F eau, de grandes feuilles ovales et des fleurs en épi, les uns disent d'un rouge violacé, les autres rose, les autres d'un -pourpre foncé. Je ne u serai$ spn$ doute pas dans cette incertitude sans la fâcheuse habitude que prennent les jardiniers, de plus en plus chaque jour, de séparer les plantes en fractions trop petites ; car j'avais planté deux .pieds de ,thalia deçilbata. Cette habitude cause la perte de beaucoup 4e plantes. 11 n'est guère d'amateur cependant gui ne consentît volontiers à payer une plante un peu plus cher, à la condition d'en recevoir des exemplaires plus forts. Les dérisoires fragments (ju'on reçoit le plus souvent ou périssent daos la même saisoji, ,op sont fort longtemps avant d'avoir pris assez de,dévelQppemept ppi^r donner des fleurs.

Le butome ou jonc flçuri, pour ne pas venir, <}e la Virgipie et déjà .Caroline, comme le jwntefle f r t ia et la péronie, n'en est pas moins une charmante plante qui pousse d'elle-même sur le bord des rivières un

peu lentes et des étangs. Submergé l'hiver, il a sou* vent le pied sans eau pendant Tété; cependant, dans mon jardin, il est*constamment immergé sous près de deux pieds d'eau, et fleurit très-bien. Le butome, de juin en août, élève, du sein de feuilles triangulaires, en forme d'épée, une tige droite, verte, ronde, sans nœuds, de deux à trois pieds, couronnée d'une ombelle de fleurs séparées par de longs pédoncules, et d'un rose approchant du rose de la fleur du pécher. Le butome doit être planté de préférence dans du sable argileux.

Le ményanthe ou trèfle d'eau est également une plante de notre pays.

On l'appelle en latin menyanthes palustris; — en italien, mentante ; — en anglais, mars trefoil ; — en allemand, wasserklee; — en hollandais, water drieblad ; — en polonais, cwikla lesna ; — en russe, trilistnik.

Le ményanthe a pour tige une souche noueuse et rampante, ses feuilles sont tout à fait semblables à celles du trèfle, sa fleur est un épi de petites fleurs roses avant leur épanouissement, blanches après ; les pétales de la fleur sont bordés de filaments extrêmement fins, qui lui donnent l'apparence d'être faite de plumes.

Le ményanthe ne doit pas être placé à plus d'un pied sous l'eau ; trois ou quatre pouces lui suffisent. En Angleterre, on emploie quelquefois le ményanthe à la place du houblon dans la fabrication de la bière. 11 n'est pas moins amer. On s'en sert en médecine.

Le typha, roseau à musseth, celui que les Juifs mirent aux mains du Christ pour figurer un sceptre dérisoire, s'élève très-majestueusement du milieu de l'eau; sa tige est d'un beau vert, droite, et terminée par un épi de fleurs si serrées, qu'il semble en velours brun. Les racines, dans leur jeunesse, ont un goût assez agréable, et, dans certains endroits, on les con6t au vinaigre comme des cornichons ; avec les feuilles on fait des toitures qui, dit-on, durent plus longtemps que le chaume ; avec le duvet qui compose les épis, on a fait des matelas et des coussins, on les a cardés et feutrés, et, en les mêlant à du poil de lapin, on en a fait des chapeaux de castor.

Je vous ai parlé plusieurs fois de Yaponogeton distachyon, mais je dois me répéter un peu pour placer dans ce chapitre toutes les plantes aquatiques. Cette charmante plante est originaire du cap de Bonne-Espérance. Elle a été introduite en Angleterre en 4788. . — M. Jacques, jardinier du feu roi

Louis-Philippe, la cultivaUdan* 1 " T jmainedeNeuiHy, dès 1810; mais il la rentrait l'hiver en orangerie. Cependant, il écrivait, eu 1815, qu'il pensait qu'elle pourrait vivre k l'air libre dans un bassin suffisamment profond.

En serre chaude, ou je l'ai vue souvent, elle est beaucoup plus petite et maigre; en serre tempérée, ses feuilles et ses fleurs sont loin d'acquérir toute leur dimension. Ainsi. JU. Jacques donne k ses feuilles trois ou quatre pouces de long. M. Pépin, jardinier du jardin des Plantes de Paris, qui Ta cultivée dehors depuis 1830, porte, la grandeur des feuilles à huit pouces. Je la cultive également dans un bassin de mon jardin depuis dix ans, et ses feuilles dépassent presque toutes même les dimensions indiquées par M. Pépin. Ces feuilles sont longues, ovales, et d'un très-beau vert. Les fleurs forment comme un double é()i, et ressemblent à un coquillage ; elles sont d'un blanc pur, et parsemées d'étamines noires; elles exhalent une odeur très-suave, que M. Pépin compare à tort à celle de la fleur d'oranger. M. Jacques la signale comme une odeur particulière et trèsagréable. Je suis de l'avis de M. Jacques. J'ajouterai que s'il faut classer cette odeur» je dirai quelle ressemble à la vanille.

tES PLEURS. W

I/aponogeton fleurit plusieurs fois dans l'année ; je le tiens sous l'eau à un* profondeur qui yarie de dix-huit pouces k trois pieds.

La soyittairç, qui vient avec les tnitowe* an bord des étangs et des rivières paresseuses, a des feuiHes qui semblent autant 4e fers de fifoke que laucoraient au ciel des tritons insurgés. Sa fleur est ua épi de fleurs à trois pétâtes Manrs, avec le centre <J'uo violet pâle. Au haut de l'épi, sont les fleuri OQâli's, rpcouuaissahles à leurs étawi nés jaunes; elles s' épanouisse ni eu juin et juillet. Quond on tes prend au bord des rivières ou des étangs pour les trtms* planter dans les eaux des jardins, il faut prendra un soin que je n'ai appris que par tua propre expérience, ne l'ayant trouvé indiqué dans aucun livre»

Vous aurez beau arracher ami fois des pieds de sagittaire et les replanter, ils mourront. Ce n'est pas le pied qu'il faut planter, mais les bulbes ovales, de hjovme et de k grosseur d'une olive, qui se trouvent en chapelet à l'extrémité de tiges souterraines qui partent de la racine, et que l'on brise et laisse au fond de l'eau , presque toujours en arrachant la plante. Vos bulbes plantées à la profondeur de six pouces à un pied sous l'eau, vous pourrez eroir* Vannée d'après que vous vous êtes trempé, et que la

40 LES FLEUHS.

plante qui végète n'est pas la fléchière ou sagittaire que vous avez cru recueillir. Les premières feuilles qui monteront à la surface de Peau seront de longues lanières vertes, semblables aux feuilles de la vallisnérie, dont nous ne parlerons pas ici, parce qu'elle ne vit que dans les eaux rapides et profondes 4es grands fleuves. Au bout de quelques jours, ou ces rubans changent de forme et se développent, oh il leur succède d'autres feuilles semblables à celles que nous avions remarquées, les premières feuilles en forme de flèche; ou ont la pointe émoussée, et il survient une troisième espèce de feuilles, ou bien la feuille passe par trois formes différentes. Il n'est pas rare, cependant, de voir les plantes aquatiques avoir deux sortes de feuilles, l'une immergée et l'autre Datante, et très-différentes l'une de l'autre. L'anémone, ou renoncule aquatique, et le potamogéton en offrent facilement des exemples.

La sagittaire de la Chine, que je ne connais pas, est, dit-on, plus belle.

Il y a encore la vittarsie, plante relativement insignifiante, étalant sur l'eau des feuilles d'un à deux pouces, qui imitent celles du nénufar, et des fleur?, semblables à celles du melon.

Le calla palustris, dont la fleur est un cornet vert

en dehors, blanc en dedans. On en cultive dans les jardins une très-belle variété exotique.

Le papyrus, ou souchet à papier, dont le feuillage est semblable au palmier, ne peut passer dehors que les mois d'été, et exige la terre chaude pendant l'hiver, etc., etc.

Passons maintenant à quelques plantes qui vivent dans l'eau, ou se contentent d'un terrain humide, ou seulement largement et fréquemment arrosé.

Nous dirons ensuite les arbres qui se plaisent au bord de l'eau.

Une des choses qui me choquent le plus dans les jardins est le défaut d'harmonie : ainsi des rosiers au bord de l'eau, à moins que ce ne soient des églantiers ; des myosotis dans un parterre me chagrinent les yeux, comme une fausse note me chagrine l'oreille.

Un jardin où tout est à sa place, à part même la végétation plus belle et vigoureuse, donne un sentiment de bien-être qui provient de toute harmonie.

Un jardin harmonieux — pardon du gros mot — ne vous fait pas subir cette impression pénible que l'amateur des jardins ressent de temps à autre, en rentrant chez lui, après s'être promené dans la campagne. C'est qu'un petit coin de bois, une colline,

4t LE* JLEURS.

m bout de prairie, une mare, sont plus jolis que son jardin cultivé à grands frais.

C'est que la mare, le bout de prairie, le coin de bois, la eolline sont harmonieux, c'est que tout y est h sa place, et que tout s'y porte bieit.

Il y a des harmonies de plantes, de formes, de couleurs. Il m'arrive parfois de mettre, comme un peintre à un tableau, un ton rouge ou jaune à telle place, en y plantant telle ou telle plante. Avec des saules bleufttres, des oliviers de Bohftne et des peupliers ypréaux aux feuilles blanches par-dessous , on recule pour les yeux un jardin de dix pas. Le jaune et le violet mis h côté l'un de l'autre sont plus jaune et jilus violet, etc., etc.

Dans l'eau, ou su bord de l'eau, ou avec dé fréquents arrosements végète vigoureusement et s'étend rapidement l'isis de marais ou faux acoriis.

En latin, iris pseudoacotiis, ou iris palustriè ftiteâ selon Tournefort; — ■ en italien, iride gialla; — en espagnol, lirio êspadanal; — en anglais, yeltùw iris ; — en allemand, ivassemhwertel ; — en hollandais, gett Ihch ; — en polonais, mieczyk ïolty ; — en russe, kasatnik.

L'iris de marais porté sur une haute tige des fleurs d'un jaune três-éclatant. Derrière ces iris,

pour l'harmonie de la forme, J'ai planté, mais en terre non humide, les autres espèces d'iris à rhitoroes. C'est un des plus beaux groupes de fleurs qu'on puisse voir; j'en ai une cinquantaine de variétés. Les iris à oignon sont dans une autre partie du jardin, et ne s'accommodent pas de la même cullare. Les Éeossais font bouillir la racine de l'iris des marais avec de la limaille de -fer, et en font de l'encre. On a essayé de substituer ses graines torréfiées au café. D'autres variétés donnent un beau vert pour la peinture, par la macération de leurs fleur§ avec de la chaux. L'iris de Florence et quelques autres reproduisent, par leurs racines, l'odeur de la violette ; on en fait grand usage en parfumerie. La poudre d'iris est un puissant sternutatoire ; on l'a vue guérir des maux de tête et des maux de dents.

Le populage ou caltha palustris, comme l'iris jaune, vient le pied dans l'eau ou simplement dans un sol largement arrosé au moment de la végétation. Ma terre est un peu sablonneuse; mais aussitôt que je vols poindre les feuilles des populages, je Jonne chaque jour un grand seau d'eau à chaque touffe. Le populage est un très-grand bouton-d'or simple ou double; chaque fleur est de la largeur d'une pièce de cinq francs ; les feuilles sou» abon-

dantes, rondes et d'un beau vert. Il fleurit au printemps. Dans les mêmes conditions de culture est le myosotis scorpioïde, ne-m' oubliez-pas; forget-menot des Anglais; vergissmeinnicht des Allemands. On sait la tradition : Deux fiancés se promenaient sur le bord du Rhin ; le jeune homme voulut cueillir la jolie fleur bleue, il glissa et se noya dans le Rhin ; mais en disparaissant il jeta sur le rivage une poignée de vergissmeinnicht, ne-m'oubliez-pas.

En tondant les myosotis quand la fleur est passée, on a une seconde floraison, et des fleurs pendant tout l'été.

La cardamine des prés est une sorte de cresson -, on mange même ses feuilles en place de cresson. La variété à fleurs doubles ressemble à la julienne double violette, mais elle est beaucoup moins belle ; son avantage est de n'avoir aucun besoin de culture : elle vient en terre humide ou doit être fort arrosée ; elle fleurit en mai, et souvent pendant tout le mois de juin, pourvu qu'elle ait le pied assez humide. On trouve la variété à fleurs doubles à l'état- sauvage.

Au mois de juin fleurit dans les prés le beau géranium bleu. 11 a besoin de beaucoup moins d'eau que les cardamines, les myosotis, etc. Il a de grandes fleurs de la couleur du lin, et que les abeilles aiment

beaucoup. J'en ai une variété à fleurs panachées de bleu et de blanc. On m'en a envoyé une variété à fleurs doubles, mais elle n'a pas encore fleuri.

Une plante qui est d'un très-bel effet au bord de l'eau, quoiqu'elle n'ait pas besoin d'humidité dans nos pays, c'est Yarundo donax, le roseau à quenouille ; il s'élève à huit, dix, et quelquefois quinze pieds. Les renseignements qu'on trouve dans la plupart des livres sont faux. Il se multiplie par la division des pieds, mais seulement au printemps, quand il commence à pousser ; divisé en toute autre saison, il est à peu près certain qu'il périt. Le Bon Jardinier parle de sa fleur, mais conseille en même temps de couper ses tiges au mois d'octobre. Or, comme il ne fleurit que la seconde ou la troisième année, on n'a aucune chance de la voir. Il est bon de couper les tiges, en effet; mais il est bon aussi d'en laisser une ou deux sur une des touffes. L'année suivante, si l'hiver n'est pas très-rude, ces tiges se ramifient et peuvent fleurir. La fleur est une longue panicule d'un rouge brun. Les anciens en faisaient des flèches, lethalis arundo ; des cannes, equitare in arundine longa; des flûtes, médit abor arundini musam. La variété à feuilles panachées est très-délicate. Je n'ai jamais pu la conserver trois ans, j'y ai renoncé; mais

ift LÉS FLEURS.

je la remplace par une espèce très-rustiqUe et trèsvivace qui ne s'élève pas à plus de deux ou trois pieds, et n'est pas plus grosse qu'une plume à écrire ; ses feuilles sont très-agréablement rubanées, et panachées très-irrégulièrement de blanc, de jaunâtre, de vert, et des nuances intermédiaires ; les jeunes feuilles ont, en Outre, des panachures roses. On appelle vulgairement cette piante, herbe à rubans; son vrai nom est, je crois, calamagrostis.

Je ne vous parlerai longuement ni du cochléaria qui orne encore le bord des eaux, ni d'une petite véronique à fleurs d un bleu sombre appelée beccabunga.

Le cresson de fontaine, planté au bord de l'eau, y forme une charmante verdure.

Le cresson s'appelle en latin sisymbrium nasturtium; —en italien, agretto ; — en espagnol, berro; — en anglais, water-cresses ; — en allemand, brunnenkress*

Il me reste à vous parler des colchiques qui émaillent à l'automne les gazons, comme les crocus au printemps-, mais ceux-ci, ainsi que les safrans, ne s'arrangeraient pas du terrain humide où se plaisent les colchiques " Le colchique s'appelle en latin colchicum; — en

LES FLETJft*. 47

italien, giglio matto; -* en espagnol, quitamcrUnrfè»;-*- en anglais, meadow sajfrùn; — en allemand, zeitlose ; — en polonais, cimovit ; — en hoU landais, naaike vrouwen.

Le paysan anglais l'appelle, dit-on, dame nue, parce que la fleur parait k l'automne sans ses larges feuilles, qui ne sortent de terre qu'au printemps suii**nt. D'ordinaire, les fleurs du colchique sont d'un lilas plus ou moins pâle. C'est de cette couleur que je les al vu couvrir les prairies de la basse Normandie , et celle qu'arrose la Marne autour de Chatons. On m'assure que dans les prairies des bords dé la Meuse les colchiques sont blancs. Du reste, la variété blanche est connue ; je l'ai quelquefois trouvée, mais raremeht, dans les prairies de la Marne, et dans la vallée d'Auge. Il y a une variété à fleur double et une autre qui vient du Levant, et qui est panachée en carré de damier, comme la fritillaire méléagre. Il faut transplanter les colchiques vers la fin de mai, quand les feuilles se flétrissent ; si on les laisse en terre jusqu'au mois d'août, il est probable qu'ils périraient.

Quand je vous aurai parlé du jonc aggloméré, junciis congloméra tus, du jonc épars, juncus effusus, et du jonc des jardiniers, jmiws tev.rx, qui servent,

le premier, à faire des mèches de veilleuse ; les deux autres, à palissader les arbres, à lier les plantes, etc.

Je vous aurai dit tout ce que je sais, tout ce qui peut orner harmonieusement une mare, une petite rivière, un ruisseau, un bassin et leurs alentours. Joignez-y les divers saules ; les osiers, dont les uns sont jaunes, les autres rouges ou violets , les aunes, dont la jolie variété à feuilles découpées est sauvage dans la basse Normandie. Ajoutez-y ce que je ne sais pas, et ce que votre propre expérience peut vous apprendre : et vous formerez un petit coin de paysage toujours riche, toujours varié ; les libellules étincelantes*viendront achever le tableau, ainsi que les hydrophiles et les autres insectes aquatiques*

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