A LÉON GATAYES
La brune violette, améthyste vivante,
Dans l'herbe épanouit sa corolle odorante;
Sur ses rameaux armés qui protègent les nids»
L'aubépine en parfum amer et doux s'exhale.
Cependant sur l'étang le nénufar étale
Et son large feuillage et l'orgueil de ses lis,
Tandis que, du sommet d'un arbre ou sa fleur grimpe,
Le chèvrefeuille épand son parfum enivrant,
Qui fait songer parfois qu'il descend de l'Olympe
L'arôme du nectar que Jupin souriant
Aura laissé tomber de sa coupe trop pleine. '
Dans le sable brûlant de la rive africaine,
Sous les plus chauds baisers du plus ardent soleil,
Le cactus ouvrira son calice vermeil, Tandis que du daphné les petites fleurs vertes Aiment des bois obscurs les retraites couvertes, Où pour le rossignol mûrissent leurs grains noirs. Que leur paye en chansons le poëte des soirs . La giroflée, aux jours froids, lance de sa gousse Ses graines, petits œufs noirs que sème le vent, Que couve le soleil. — Il arrive souvent, Lorsque revient avril et son baleine douce, Que Tune en un bon sol tombe, végète et pousse Vigoureuse, touffue et d'un beau vert vivant; Et qu'une autre, emportée au hasard, se cramponne Au sommet lézardé des ruines d'un mur.
Quoique petite et grêle, elle aura sa couronne; Ses fleurs d'or brilleront sur un beau fond d'azur, Et, demandant au ciel la fraîcheur refusée Par la terre marâtre, — à ce beau ciel si pur En doux parfums ambrés renverront sa rosée.
Voilà l'égalité, tout a sa place et vit, Libre, heureux, tout sent bon et tout s'épanouit*
A VA UN PECHEUR A ETRfiTAT
Où êtes- vous en ce moment, mon cher aiui?
raccommodez-vous vos fileta dans cette roche creuse où nous avons quelquefois diné ensemble» ou dans totre jardin que vous aimez tant ? séparefrvous les pieds de ces belles passe-rouges que vous avez dans le temps partagées avec moi?
Moi» je suis à Paris, — et je viens de traverser le jardin des Tuileries»— le jardin du roi» et j'ai pensé à vous et à votre jardin.
Combien de fois, l'hiver, au coin de votre grande efceminée, m'avez- vous raconté de ces belles histoires qui se passaient quand vous étiez mai in de la garde
5» z LES FLEURS. #
de l'empereur." — Vous voudriez bien, en échange, vous qui aimez tant les belles fleurs, que je vous racontasse tout ce que j'ai vu dans le jardin du roi de France.
Je vais vous le dire, mon cher Valin, — et vous serez plus étonné encore que vous ne l'espérez.
Le jardin des Tuileries est un beau et grand jardin magnifiquement dessiné ; une partie est ombragée par des tilleuls et de grands marronniers; —l'autre partie offre aux fleurs de l'air, du soleil et un sol excellent ; combien de belles fleurs doivent y réjouir les yeux et y enivrer les sens .
Hélas I mon cher ami, je vais vous dire comment, sous ce rapport, on traite le roi de France, et vous aurez, j'en suis sûr, grand'pitié de lui. Je vous autorise dès aujourd'hui à lui offrir la moitié des œillets de poète si variés que vous m'avez promis.
Je vais faire au hasard le tour d'un des carrés consacrés aux fleurs, qui entourent celui des bassins qui est au pied du château. Je vais vous dire quelles fleurs on y a rassemblées, — et j'y ajouterai la valeur de chacune de ces fleurs prises au marché aux Fleurs.
i Ce carré renferme mille plantes.
Sur ces mille plantes, il y a cent corbeilles-d'or;
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-—cette plante, vous savez, qui pousse chez jnoi dans les fentes d'un vieux mur, au-dessus de la porte de mon jardin. La corbeille-d'or (alysse saxatile) se vend au marché deux sous la touffe.
Malheureux Valin, vous avez Tété dernier arraché et jeté hors de votre jardin tant de ces thlaspis blancs dont la graine avait envahi vos plates-bandes I II ne faut rien jeter : il y a tant de pauvres gens auxquels ce que nous jetons peut être utile. Vos thlaspis blancs auraient fait bien plaisir au roi, — non pas qu'il en manque précisément aux Tuileries ; — car sur les mille plantes du carré que nous examinons, il y a cinq cents thlaspis blancs, mais il parait que c'est une fleur que le roi affectionne particulièrement. — C'est un peu comme la note de Bilboquet, — cette note toujours la même, mais qui doit faire plaisir à ceux qui l'aiment. — Vous n'achetez pas de thlaspis blancs, mon cher Yalin ; mais si vous en achetiez et qu'on voulût vous les faire payer un sou la touffe, vous crieriez au voleur et vous auriez raison.
J'aime beaucoup la violette ;— j'en ai, vous savez, une pelouse où il y en a dix-huit variétés. — Ce carré du jardin du roi en possède quatre-vingt-trois pieds, mais tous d'une seule et même variété : — supposons qu'elle vaille deux sous le pied, — c'est cher, —
Si LES FLEURS.
mais II faut bien que tout le monde gagne sa tfe.
À l'autre extrémité du mur où fleurissent mes corbeilles-d'or, j'ai sur la crête, entre deux pariétaires, un pied de guenlc-de-loup qu'un oiseau mira semé ;— le roi est plus riche que moi. M. Colin, son Jardinier, lui en a accordé seize, qui ornent à tolef- Talles égaux— le carré dont nous faisons le tour ; — cela vaut encore un sou la pièce.
Mais que vois-je? — vold une (Vaxlnelle I — quelle magnificence ! — Je vous défie d'en trouver une pa* le marché aux Fleurs à moins de douze sous.— Je ne m'étonne pas si le budget est si lourd : une plante de douze sous I Heureusement qu'il n'y en a qu'une. Mais je ne sais comment excuser les deux pavois à bractées valant chacun dix sous, et la pivoine rosé du prix de Bolxante-quinze centimes, qui avec orgueil surgissent dans les plates-bandes de Sa Majesté.— Ce doit être un présent de quelque souverain étranger î M. Colin n'aurait pas fait cette folie. — On ne pouvait grever la liste civile de deux pavots à bractées et d'une pivoine rose.
Ah! parlez-moi, par exemple, delà giroflée jaune, de la giroflée des murailles ,— il y en a dix-neuf. — Ce n'est pas avec ces fleurs-là qu'on ruine les États et qu'on pressure le peuple.
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Les eatalogoes de» jardiniers présentent trois mille Variétés de roses ; — il y en a huit cents qui offrent réellement de notables différences enlre elles ; — il y en a deuK cents qui sont belles.
On ne connaissait que quatre roses sous Louis XIV; —il n'y en a que trois variétés dans le carré en qnes* tlon : — vtogt-cinq rosiers à cent feoilles, — vingtcinq des quatre saisons,— trente-huit du Bengale,— pas un de plus.
— 11 faut compter encore : *— cinq passeuses à cinq sous, — • seize campanules à deux sous,— vingt ellébores h quatre sous; —vingt-quatre chrysanthèmes, en deux vieilles variétés, à cinq sous la touffe,— six pivoines communes de la même valeur. —Voici déjà neuf cents plantes sur mille ;— le reste est en coquelourdes, — » en valérianes grecques, —en ancolies, — en saxifrages, plantes vulgaires et sans valeur, — que je ne méprise pas, — mais qui ne doivent pas faire exclure les autres, qui sont plus belles et plus rares.
tous les carrés sont pareils ; — il y en a onze : — cela fait ciiiq mille cinq cent quatre-vingt-dixwuf thlaspis blancs. — C'est beaucoup de tlilaspis blancs. <
Il y a cependant deux carrés qui ont triples plates-
bandes; ceux-là renferment quelques variétés de rosiers greffés ; — mais ils sont remarquables surtout par Ténorme quantité de soucis qui les décorent;
— est-ce une allusion spirituelle que M. Colin aura voulu faire aux soucis de la royauté? — Celui de ces deux carrés qui est du côté de la terrasse du bord de l'eau possède six cents pieds de souci ! — C'est cruellement expier les quelques rosiers dont on s'est permis le luxe dans ces carrés.
Voilà, mon cherValin, le jardin qu'on a l'audace de faire au roi. Voyez — que de belles plantes et de charmantes fleurs il vous faudrait arracher pour que votre jardin ressemblât à celui du roi ! .
Vous êtes fâché de n'avoir qu'un rhododendrum,
— le roi n'en a pas un, — il n'a pas un magnolia, pas une pivoine en arbre, — pas un pyrus, — pas une glycine, — pas un œillet, — pas une anémone ni une renoncule, — pas une seule plante valant plus de quinze sous ; — et celles-là sont rares, mais seulement chez lui.
Il y a des paulownias au Palais-Royal, — mais aux Tuileries on attend : — un paulownia coûte encore quarante sous... On attendra.
Voyez donc comme nous sommes riches, mon cher Valin I
Comment se porte votre hépatique double à fleurs bleues? — Elle va bientôt fleurir. — Si ce pauvre roi en avait une comme cela I — Mais il faudrait y mettre vingt sous, — peut-être trente. — C'est bon pour vous, — c'est bon pour moi ; — mais M. Colin ne s'y retrouverait pas. — On assure qu'on ne lui donne que trente-six mille francs — pour l'entretien du jardin.
Adieu, mon cher air//.
P. S. Cette lettre a été écrite en 1847.— Depuis, mon pauvre ami Yalin est mort en tombant, pendant une nuit brumeuse, du haut des falaises, en accomplissant .ses fonctions de garde-pêche. C'était un homme excellent et très-intelligent. Tout le pays le regrette comme moi.
L'exposition de mars 1 855 a lieu sous une immense tente élevée dans les Champs-Elysées. — On a compris spirituellement dans l'emplacement
(| foi PLEURS.
couvert une très murmurante et trèsHruis*ela&u fontaine qui occupe le centre de l'exposition.
Je ne cache pas au* fleur» # aux légumes qye ja vais leur dirç h vérité.
Il est un* tradition fâcheuse cultivée par les bourgeois, qui consiste à peindre en vert tout <$ qui doit lire placé dans les jardin? ; ^les caisses, les bancs, les treillages, etc.
Le vert minéral, dur, criard, dont sont enluminés ces objets, jure singulièremertt avec lès verts harmonieux des végétaux, et les fait paraître ternes. — Celte idée équivaut k celé qu'aurait un chef d'orchestre d'introduire un umi de cdsàferoleft et dé ehaudrons dans Uâ sndanté de Beethoven. Quand je devrais faire plaisir aux sieilrs gairite-tieuve et Veuil* lot, j'avouerai même que je ne slils pas de Taris de J. J. Rousseau, qui aimait les Volets verts il une maison de campagne. La vérité, la devise dudit Jean- Jacques, — vitum impendere vero. — m'oblige à cet aveu. — Mais je me réserve, dans le cas précité, où cela ferait trop de plaisir auxdits sieurs Veuillot et Sainte-Beuve, de leur compenser en temps et lieu la joie involontaire qye je Jeur ,ajirai dimuée.
Disons d^jà, pour atténuer et ççtte jpie et les torts de l'auteur du Contrat social, — que ce vœu d'avoir
iine maison à volets verts s sans doute été émis par lui dans son taudis de la rue. Plà trière, alors que la privation de verdure lui faisait paraître joli le vert, quel qu'il fût, comme Robinseu, fatigué de sa solitude, fut réjoui k l'aspect du visage noir de Vendredi.
Il n'est pas heureux non plus d'avoir* au milieu des fleurs si richement, mais si harmonieusement peintes par Dieu, planté des écussons or et rouge; et de quel rouge ! de ce rouge bruyant, étourdissant, ahurissant, qui tientdans les couleurs la place que tient la trompette des marchands de robinets dans la musique. — Ces écussons. sur lesquels on a inscrit les prit si bien mérités par les exposants, auraient du être, comme les treillages, eomme les bancs, comme les tuteurs, peints en une modeste couleur de bois.
Je me rappelle que Lautour-Mézeray , un vieux camarade h moi , qui es4 aujourd'hui un excellent préfet h Alger, et qui cultive maintenant ses éamellias au grand air, — avait , rue Pigale eu rue Blanche , un petit jardin et une petite serre. — Je le trouvai un jour au milieu de ses fleurs avec une robe de chambre écarlaie; —je lui fis upe horrible et légitime scène a ce sujet) et eomme t'est un homme de boa sois, -~ c'est l'hommage «pie nous rendons tous à
ceux qui sont ou qui deviennent de notre avis, — il se rendit à mes raisons, et nous sacrifiâmes la houppelande écarlate. Ceci dit, il ne reste que des éloges à donner à l'ordonnance de la fête. — Fête des yeux, comme disaient les Grecs, en parlant des fleurs.
Rien n'est aussi riche, aussi magnifique que les corbeilles d'azulées de l'Inde, exposées par MM. Michel, Margottin , Mabire et Buchi. — C'est une véritable illumination de fleurs.
Les rhododendrums des frères Lemiche occupent légitimement le fond de la tente.
On a remarqué surtout un rhododendrum à grandes fleurs orangées, — rhododendrum javanicum, — je crois, dont la couleur inusitée brillait singulièrement au milieu des variétés violettes qu'elle fait valoir en même temps qu'elle leur doit une partie de son éclat.
Les amaryllis de M. Turlure, ces beaux lis qui n'ont à leur disposition que le rouge, un peu de blanc et très-peu de vert, — trouvent moyen de se passer des autres couleurs et se parent des nuances différemment éclatantes de celles qui leur ont été accordées. —Comme les camellias, auxquels on n'a permis jusqu'ici que le blanc et le rouge, on et) a bien vendu des bleus et des jaunes, dans les journaux, —
où ils s'épanouissaient entre les veaux à deux têtes, les crapauds généreux et les araignées mélomanes; mais je ne les ai jamais rencontrés ailleurs.
Les cinéraires de M. Dufoy offrent doucement aux yeux leurs petites marguerites roses ou bleues, avec les diverses nuances de ces deux couleurs. — Les cyclames forment une charmante couronne rose et blanche presque au centre de la tente.
J'ai remarqué, dans les primevères de la Chine de M. Constant, une nouvelle couleur qui commence à s'introduire timidement sur les pétales de ces fleurs qui n'avaient été jusqu'ici vêtues que de blanc et de lilas.
Les camellias de MM. Paillet, Lecomte, Ternaux, etc. , quoique fort beaux, ne produisent pas tout l'effet désirable ; ces buissons, naturellement peu touffus, ont besoin, pour l'aspect général, d'être entremêlés d'autres arbustes plus feuillus. — Les mimosas Esterhazy , entre autres, dont je n'ai pas vu une seule dans toute l'exposition, s'il y en a, il n'y en a guère, produisent dans le jardin d'hiver des frères Lemichez, rue des Trois-Gouronnes, un effet qu'on aurait pu imiter à l'exposition.
Les jacinthes, quoique ayant obtenu des prix, sont assez médiocres.
|1 «si ua résultat, but d'efforts ineenitMft, fie Je 09e déclare incapable d'apprécier.
*e veux carter 4a Tari 4e faire paraître les fleurit les légumes et les fruits dans d'autre* seisoue que celles eu le uature les produit.
Plusieurs prix eut été distribuée it ce sujet.
Je veux bien supposer un raemeut que le résultat cherché avçe taot de soius, de peinu et d'intelligence est entièrement obtenu, — € esirà-dire que les reses épanouies malgré elles, au mois de mars, sont aussi belles et aussi parfumées que ceUea qui étaleraient leurs splendeurs au soleil , tout naturellement, en mois de juin ; — que les chrysanthèmes al les bor* tensias, dont on dit la- floraison retardée , -- sont aussi beaux que e'ils avaient fleuri daus leur saisés légale*
Mais il y a dans la nature des harmonies qu'en? tendent seuls les poètes,— j'appelle poètes aussi bien certains de ceux qui lisent des vers que ceux qui en font, entre lesquels, même à beaucoup, je refuse ce titre,
Les chrysanthèmes taciturnes, avec leurs couleurs un peu mornes, leurs odeurs, rappelant autant le fruit que la fleur, sont une note du riche concert de l'automne ; — ils paraissent ternes et à peine vi-
UDlSf âsm ta saison oà te primevères et ta premières violettes sortent joyeuses et éclatantes de la terre qui, sous les premières caresses eu soleil, — commence, selon l'expression si heureuse des jardiniers, à « entrer en amour. » Vere tumet.
Est-ce que les roses ne doivent pas s'ouvrir au soleil ? Est-ce qu'elles ne doivent pas être saluées du bourdonnement des abeilles? Est-ce qu'elles ne doivent pas servir d'asile à la cétoine, cette belle émeraude vivante ?
Est-ce que les cerises ne doivent pas, par leurs sucs aigres, nous offrir un mets aussi sain qu'agréable pendant les premières chaleurs, mets disputé par les oiseaux gazouillants?
Mais , outre cette dissonance qu'amène dans le beau concert de la nature ce déplacement des productions, esfree que fleurs, fruits et légumes artificiels — épanouis, mûris malgré eux, — ont l'éclat et la saveur de ce qui obéit tout bêlement à la nature, de ee qui fleurit et se colore sous le \rai soleil? Est-ce que ces fruits et ces légumes ne sont pas du navet fade, déguisé, habillé, peint, — du navet hypocrite,— mais toujours du navet?
Est-ce que ces roses nées avant terme ont Fair de roses viables? — Est-ce qu'elles respirent? Est-ce
qu'elles sont vivantes ? Est-ce que sans les étiquettes vous reconnaîtrez — la Duchesse-de-Sutherland et le G éant-des-bat ailles , et Persian-Yellow et le Général-Cavaignac, et le Génie-de-Châteaubriand — et le Souvenir-de-la- M aimais on, et la Rose-de-la-reine, — et Louis-Bonaparte, fleur dédiée autrefois par M. Lafiay au roi de Hollande, et la Murquise-Boccella, et cent autres roses si riches, si splendides ? Est-ce que vous les reconnaîtrez dans ces loques, dans ces chiffons r osa très, blanchâtres ou jaunâtres?
Est-ce que ces légumes et ces fruits, prémangés par îes riches, ont la saveur des légumes et des fruits que mangeront les pauvres cet été, et que dédaigneront alors les pauvres riches , par vanité?
Après les fleurs avancées, — voici les fleurs retardées, — ces fleurs qu'on a empêché de croître, — comme quelques pauvres êtres qui naissent, comme on dit vulgairement» noués.
Mais, d'ailleurs, — voici un chrysanthème, — qui naturellement serait en fleur au mois d'octobre. — A quoi reconnaît-on , lorsqu'on le voit épanoui aujourd'hui , en mars, qu'il est en retard sur le mois d'octobre passé, ou en avance sur le mois d'octobre à venir?
J'en dirai autant de l'hortensia.
LES FL Et: Il S. 65
Une question de jury. — « Le jury, dit le livret, regrette que la plante de M. Tavernier, — l'hortensia retardé, — ne soit pas plus avancée, » — Mais puisqu'il s'agit de retarder la floraison d'une plante, moins elle est avancée, mieux elle mérite le prix, — ce me semble.
Tout à coup, comme on parcourait la tente en admirant les résultats en vérité très-beaux obtenus par la Société, on a vu s'épanouir deux sergents de ville parmi les camellias ; en même temps , deux gardes municipaux brillaient au dehors. — On s'est dit alors, que cette subite végétation était l'indice certain de l'arrivée promise, disait-on, d'une visite . officielle. — De ce moment, l'empressement de rendre hommage aux visiteurs et un peu aussi la curiosité de les voir ont fait un tort irréparable aux fleurs, «hacun a choisi sa place, sans se préoccuper d'autre chose que de la visite attendue.
L'apparition des respectables représentants de l'autorité parmi les fleurs me rappelle un dialogue du prince de Ligne et de Frédéric II. — Je copie de mémoire un passage d'une lettre du prince de Ligne :
« Le roi venait de nommer Virgile.
« Quel grand poëte! dis-je, — mai^qucl Eaauvais jardinier 1
€ — À qui le dites-yoùs? — dit lé roi. — ft'ai-je pas voulu semer, planter, cultiver, les Géorgiqnès à la main I Quel climat, d'ailleurs ! Dieu du lé soleil me refuse teut. — Voyez mes pauvres orarigeh, mes oliviers, mes citronniers, — tôiit cela meurt de faim.
a — tl n'y a donc que les lauriers qui poussent chez vous, sire?
« Puis, honteux de cette fadeur à laquelle le toi avait fait une mine charmante, j'ajoutai :
« — Il y a trop de grenadiers dahs ce pays-ci ; ça mange tout.
« Et le roi se prit k rire. »
A LÈDN GATATES
Je trouve ce qui soit dans un journal scientifique i • On a parlé récemment, comme d'une nouveauté, d'un secret pour teindre et parfumer les fleure, et leur donner la couleur et l'odeur qu'elles n'ont pas naturellement. Un savant botaniste, M. Charles Morren, a rapporté que lô procédé permettant de teindre et de parfumer les fleurs est connu depuis longtemps. Voici les indications qu'il a retrouvées dans les anciens traités d'horticulture :
« Le noir, le vert et le bleu sont trois couleurs parti* culièrement rares chez les fleurs, et que les curieux désireraient pouvoir leur donner. Il n'est point difficile d'arriver à ce résultat.
i Pour obtenir la matière de la couleur notre à communiquer aux fleurs, on cueille les petits fruits qui croissent sur les aunes; quand ils sont bien desséchés, on les réduit en poudre. Le suc de rue desséché sert à obtenir la couleur verte. Le bleu s'obtient avec les bluets qui croissent dans les blés. Ces deux matières étant bien sèches, on les réduit en poudre fine pour servir à produire la couleur verte et bleue. •
M. Morren recommande d'opérer de la manière suivante, pour communiquer aux fleurs l'une des trois couleurs précédentes :
c On prend, dit notre botaniste, la couleur dont on veut imprégner une plante, et on la mêle avec du fumier de mouton, une pinte de vinaigre et un peu de sel. Il faut qu'il y ait, dans la composition, un tiers de la couleur; on dépose cette matière, qui doit être épaisse comme de la pâte, sur la racine d'une plante dont les fleurs sont blanches; on l'arrose d'eau un peu teinte de la même couleur, et, du reste, on la traite comme à l'ordinaire; on a bientôt le plaisir de voir des œillets, qui étaient blancs, devenir noirs.
» Pour le vert et le bleu, on emploie la même roé- 'thode. Pour mieux réussir, on prépare la terre : il faut la choisir légère et bien crasse, la sécher au soleil, la réduire en poudre et la tamiser. On en remplit un vase, et l'on met au milieu une giroflée blanche ou un œillet blanc; car la couleur hlaii: ho <»st seule susceptible de
subir ce genre de nidification; il ne faut point que la pluie ni la rosée de la nuit tombent sur celte plante. Durant îe jour, on doit l'exposer au soleil. .
- » Si l'on veut que cette fleur blanche se revête de pourpre de Tyr, on se sert de bois du Brésil pour la pâte, et pour teindre l'eau des arrosements. On peut avoir, par ce moyen, des lis charmants. En arrosant la pâte avec les trois ou quatre teintures, en trois ou quatre différents endroits, on obtient des lis de diverses couleurs. »
Un Hollandais, grand amateur de tulipes, mettait macérer les oignons de cette fleur dans des liqueurs préparées dont iU prenaient la couleur. D'autres découpaient un peu ces oignons, et insinuaient des couleurs sèches dans les petites scissures.
Voici enfin le complément de ce curieux procédé, c'est-à-dire la manière de communiquer artificiellement un suave parfum à toute espèce de plantes, même à celles qui exhalent une insupportable odeur.
« On peut commencer, dit M. Morren, à remédier à la mauvaise odeur d'une plante dès avant- sa naissance, c'est-à-dire lorsqu'on en sème la graine ; si elle vient en graine, on détrempe du fumier de mouton avec du vinaigre, où Ton a mis un peu de musc, de civette ou d'ambre en poudre ; on fait macérer, durant quelques jours, les graines, ou même les oignons, dans cette liqueur. *
» Les fleurs qui viendront répandront un parferai trèsdoux et très-agréable. Pour plus de sûreté, il faut arroser les plantes naissantes de la mixtion où l'on a mis tremper les semences.
i Le père Ferrari dit qu'un de ses amis, bel esprit et grand philosophe, entreprit d'ôter au souci d'Afrique son odeur si choquante, et qu'il y parvint. Il mit tremper, durant deux jours, ses graines dans de l'eau de rose, où il avait fait infuser un peu de musc.
» Il les laissa sécher quelque peu, et puis les sema. Ces fleurs n'élaient~pas entièrement dépouillées de leur mauvaise odeur; mais on ne laissait pas de ressentir, au travers de cette odeur primitive, t certains petits esprits » étrangers, suaves et flatteurs, i dit le père Ferrari, «qui è faisaient supporter avec quelque plaisir ce défaut natat rel. » De ces plantes, déjà un peu amendées, il sema la graine avec la préparation décrite plus haut. Il en naquit des fleurs qui pouvaient le disputer, par la bonne odeur, aux jasmins et au\ violettes.
» Ainsi, d'une fleur auparavant le plaisir de la vue et le fléau de l'odorat, il fit un miracle qui charmait à la fols ces deux sens.
» A l'égard dès plantes qui viennent de racine, de bouture, de marcotte, l'opération se fait au pied, comme pour les couleurs. »
£h bien, le père Ferrari, comme le savant chimiste Morren, sont des gens gais.
C88 FLBBsVt. 71
le *sis, en échange de leur» renseignement* * telr donner ceux que roieî *
Vous frottes d'ail le» bêches avee lesquelles rotts retournez la terre destinée à devenir pré; ensuite, vous ensemences, vous herses, vous arrosez. Eh bien, les montons qai broutent plus tard dans ee pré ont des gigots légèrement parfumés d'ail. Si ?ou9 âves jeté quelque peu de garance dans la terre, il arrivera ce qui arrivait du temps de Virgile :
Sponte sua sandys pascentes vettiet agnos.
Les moulons, sur le sol que la garanre arrose, Se font un vrai plaisir de naître teints en rose !
Vous comprenez quelle économie et quelle teinture I
De môme, selon l'abbé Moigno, un peu de noir de fumée, mêlé aux terres fortes, a l'avantage de les diviser, et ensuite, si l'on y met pâturer des bœufs, de donner à leur cuir une couleur noire indestructible qui dispense de jamais cirer les souliers qui en sont fabriqués.
Autre recette pratiquée avec succès à la Martinique par un savant espagnol :
Quand il s'agit de planter les caféiers, on enfouit dans le sol, de cent en cent mètres, de petits moulins à café; eh bien, on récolte du café en poudre.
Ah t monsieur, quelle belle chose que la science !
que de progrès elle a déjà faits , et quels progrès elle fera encore 1 car les recettes que je vous donne sont aussi pratiques, aussi vraies, aussi efficaces que celles du père Ferrari et celles du savant chimiste Morren.
A propos, je ne suis pas tout à fait, certain que la recette pour teindre le cuir de bœuf soit du savant abbé Moigno : le véritable inventeur se trouverait lés£ avec raison.
A ALFARO
Au-dessus des questions de chaque jour, il y * une question qui est de tous les temps et de tous les pays.
Parlons du pain.
Par le pain, j'entends l'alimentation, — car on a en France le préjugé du pain. — Supposez la viande et les farineux de toutes sortes à bas prix ; — supposez le gibier entrant dans les maisons, les poissons se jetant d'eux-mêmes sur les plages : — s'il n'y a pas de blé, s'il n'y a pas de pain, — de pain de froment» j'entends, — les Français se déclareront en di-
selte, en famine, et très-probablement mourront de faim. •
Ce sont les plus rigides pythagoriciens qui se soient jamais vus.
« Tu me demandes, dit Plutarque, pourquoi Pythagore s'abstenait de iftaqger de la chair des animaux. — Moi, je te demande, au contraire, quel est le premier homme qui approcha de sa bouche la chair sanglante d'un animai qu'il avait vu vivant; — le premier homme qui, mentant contre notre mère Tellus et offensant Gérés, inventrice des lois, et Bacchus, le consolateur des hommes, les a accusés de ne peuveir mus nourrir i et, atrx tanoeenfs végétaux, a» tail de» teoapeatix, aux firrâte savenrreflx, £ méfé sur sa table des cadavres et des ossements, et, mtt content du lait de la brebis, a voulu ajusai boire «ou sang et manger ses membres,
# Et tes amiflauxque tu dévores, <{ue ttt tués pour assoHvir te$ appétits factices et désordonnés, ôe ne sont- pas tes animaux fôroées et dangereux ; {u ne manges- m le$ H&ns, ni les tigres, nî les loups : tu mange* Fagneau qcrî prenait l'herbe dans ta rïiâin, ta poule et lé J pîgeoir ataoïitttifcés à venfr à ta foi'x.
«c Bt ht prettve <|ué ces horribles aRffiëttts oiît été
fcBS PLKtfftS. Î5
imagiirés phs pour assouvît te cruauté quetar fcnm, c'est que tu es forcé de te le* dissimuler à ttti-îftôme. =*• Tu ae déelrires pas, comme le Hoir, Pagnesrn vivant, et tu île portes pas la dent stir ses chaffs en*tmt chaudes. Noir, ttf te tues de sang-froid, plusieurs Jour* avant «ravoir feint; tu le fais carre, tu Passjlrttimeé d'épfces et de «frndimentë de tontes sortes : sans eeïâ Mû estomac rejetterait avec hdtfeof cW cadavres qtte tu tîehrt fefê accepter qu'eu les déguisant; r
Voitï, où à peu près, ce que dît ttufarque. Hélasf Pavante ge le plus incontestable que Phomme ait sur tes autres animaux, c'est qu'il est construit pour <fê- Wfef tout ce qui existe, ce qui végète dans la terre et ce qui mûrit sur les arbres, ce qui nage dans Peau, ce qui tqïe dans, l'air, ce qui fuit dans îâ plaine ou dans tes bois, pour boire te fait des trçupeaux, le Jus de la Vigne et te sang des animaux. — SU né n^ange presque plus d'hommes, c'est que Fhomme ésf dur et coriace, ta mâchoire de Tliomme offre une confection complète de toutes les sortes de dents partagées entre lès animaux :. cette mâchoire est le plus complet, le seul complet arsenal eu ce genre que la nature ait formé.
Ainsi, je pardonne à l'homme de manger de la viande, quoiqu'il me paraisse parfois un peu bizarre de voir à table une femme élégante, délicate, sensible, vous dire avec des synonymes : « Quel membre de ce cadavre vous offrirai-je? » — et vous faire Féloge de telle ou telle partie de ce corps mort, en forme d'oraison funèbre, pour vous engager à en dévorer davantage. Le besoin signalé par Plutarque de dissimuler, sinon à l'estomac, dû moins à l'imagination, les cadavres dont l'homme se repaît, a imposé aux animaux qu'on met sur la table des noms différents de ceux qu'ils portaient étant vivants : — viande pour chair, — bouilli pour bœuf, — gigot pour cuisse, etc. — Il est 'seulement fâcheux que ce ne soit pas plus général, et que ce dictionnaire ne soit pas plus complet. — On m'assure que, sous ce rapport, celui des Anglais est plus complet que le nôtre. — Je n'aime pas plus l'usage de servir un lièvre avec le poil conservé aux pattes, ou un faisan avec les plumes de sa queue rajustées. — Tout ce qui rappelle la vie de ce qu'on mange est cruel et répugnant ; — je préfère n'avoir pas connu ou au moins ne pas reconnaître ceux que je mange.
Mais si le Français est pythagoricien parce qu'il préfère le pain à tout, parce qu'il ne peut s'en pas-
ser, — :' ne Test pas par abstinence : ceux d'entre nous auxquels plus d'argent ou d'autres habitudes permettent de manger de tout, animaux, poissons, etc., ne mangent pas moins de pain pour cela que ceux qui ne mangent que du pain.
Prenons donc le pain pour type de l'alimentation.
Nous ne parlons ici que du droit anatomique.
L'homme naît avec le droit de manger ; — son besoin, son estomac, ses dents, voilà sa patente.
La société a dû surveiller ce droit de manger, le soumettre k des restrictions, à des conditions. — Ensuite elle a dû aussi réglementer, à leur tour, ces restrictions, ces conditions, ces modifications, qui auraient bientôt fini par la négation.
Cette double surveillance est le sujet, le point de départ et le but de toutes les lois, comme c'est le but plus ou moins direct, plus ou moins dissimulé de tous les efforts, de toutes les tendances de l'homme. J'excepte les vrais poètes, qui sont une variété de l'espèce, — et les vrais amoureux, qui sont des malades, — à ce qu'on dit.
Magister artis , ingenique largitor
Venter,
dit Perse.
78 LESFLEUilS.
C'est l'estomac qui ows a tout appris, et qui néon a donné i'iflveitfiQji et le géeie.
Il me semble cpifi, |Ufls la ifcéerie, on ne dm»* pas au pain, c'esttMire à Falinieiilatkn, l'Unpo*tance qu'il a dans la pratiqua, Ainsi, je suis sauve* étonné d'une those * ~- en a p«s peur habituée de donner Cûnune baromètre unique de la prospérité publique en Frenee le cours de la «cote à k bourse de Paris. Pourquoi estee esclusîvefltent te cours de la renie qui indique, t*~ mmsm l'étkge d'un pont indiqua les hautes et basses eaux, -~- k situation de k prospérité publique? ~«» Pourquoi ne serait-ce pas aussi Je eeurs des pralines eu celui des parapluies î ou plutôt, pour parier sérieusement, pourquoi m serait^ pas eofieurreisiftftst le cours du blé 9 — Pourquoi se serait-^e pas la prospérité cfle- mlme , plutôt qu'un seul de ses signes î
Vous nos dires qu'il y aurait certaines choses à aégler avant de décider si k prospérité serait consta» té* par la hausse ou k baisse du prix du blé» Raccord; mais qui empêche de régler «es choses ? fter exemple, si touf suivait le prix du blé, comme cela aurait lieu naturellement, sans l'agiotage e} la spéculation parfois immorale qui se fait sur les grains, le cultivateur n'aurait pas à craindre, sur une chose
qu'A vend, «e tafefie 4e pri* qni se porterait en •même temps sur foute* les chose* qu'il achète. Mate «s détails ne peuvent treftvèr place dans res dt- «ensions tt dans la fortne ée œi attiée. «C'est strrtoot en partant 4e o*wsês «Mes d'aHfrews qu'il firtrt craindre 4' être 4*ng *u «nftnyeux. A d'antres d'approfondir ce que je ne dois «qu'effleurer et indiquer.
fin France, il ne doit pas y «voir de ftnrinfe.
La firûflee^ *n »eyem*e, fournit plus 4e gratos qu'elle n'en «ensomme •; de plus, h viande, les farineux de toutes sortes, les légumes peavetot 'être trti 6eMe suppléaient.
Il y <a donc * s'occuper *eulëmêht xte h cherté pwsifefe des crains.
Les choses bien ordonnées, il n'y atrrâît jatiiafe dt cherté, •— car le haut ptix tf est pas la 'cherté.
Suppose*, en effet, les champs ondoyants de mois- «ont dorées, les arbres à fruits étayés, les greniers étençennés * — supposez le blé au plus bas prix où il ait jamais été : — si veus n'avez pas d'argwu, te tes prix est pour veus la cherté. Le pain est cher h m son la livre, si vous n'avez pas ce son. En firce de «ette abondante, vous étés Tantale mwiraÉt de soif au milieu des eaux.
Supposez, au contraire, la récolte moitié ou
mauvaise : — le blé, nous l'avons dit, ne peut manquer : — la France, grâce à son climat varié, retrouve d'un côté ce qu'elle perd de l'autre. Une année mauvaise, c'est-à-dire trop sèche ou trop humide, trop chaude ou trop froide, ne peut être mauvaise, grâce à cette variété des climats du nord au midi, pour toute la France à la fois.
Supposons donc le blé à haut prix, à très-haut prix même : si vous avez beaucoup d'argent, vous n'avez pas à en souffrir ; vous payez beaucoup , mais vous ne payez pas cher.
Il s'agit donc seulement, pour que vous n'ayez pas de cherté, que le blé ne se vende qu'à proportion de ce que vous avez d'argent : — à haut prix quand vous avez beaucoup d'argent, — à bon marché quand vous n'avez guère d'argent ; — mais pour arriver là, ce qui parait absurde, c'est-à-dire impossible au premier aspect, — il s'agit de renverser la question, comme fit Mahomet, qui, ayant ordonné à une montagne de venir le trouver, et remarquant chez la montagne sinon une désobéissance complète, du moins une grande lenteur à obéir, dit : « Si la montagne ne veut pas venir à moi, je vais aller vers la montagne ; le résultat sera le même. »
Si le prix du blé ne peut s'élever et s'abaisser à
proportion de ce que vous avez d'argent, ayez de l'argent à proportion du prix du blé.
Et cela, rien n'est si simple, malgré l'apparence.
Les manufactures, en Angleterre surtout, ont établi une lutte 4 dangereuse.
Il s'agit de fabriquer au plus bas prix possible. — • On a économisé d'abord sur les achats, sur le combustible, sur les préparations ; on a économisé par l'ordre, par les innovations, etc. Quand on est arrivé au bout de ces économies, — on a économisé sur la main-d'oeuvre. On assure qu'il y a en Angleterre des ouvriers qui ne mangent presque pas. — Le triomphe serait d'en avoir qui ne mangeraient pas du tout. — Mais il est douteux que l'espèce humaine puisse atteindre un si grand perfectionnement. — Faute de cela, on a inventé des machines ; les machines ne mangent pas de pain, mais elles mangent de la houille. — D'ailleurs, il faut encore des hommes pour les conduire, — et à ces hommes il faut du pain.
Eh bien, uii moyen d'abaisser proportionnellement le salaire, c'est d'abaisser le prix des denrées ; — c'est là que doit tendre toute préoccupation. Mais, en même temps, pour que le prix des denrées alimentaires puisse s'abaisser sans réduire à la famine
ceux qui les produisent, il favt de toute nécessité que le prix de toutes les antres choses suive ce prix, quel qu'il sott»
Cela est «1 vrai, si nécessaire, que, par la seule force des choses, cela s'établit à peu près ainsi : dafls les contrées où il 'fait tker vivre*, comme on dit, le salaire est plus élevé.
Donc, nous le répétons, il serait plus raisonnable de prendre pour signe de la^prospérité et pour régulateur universel le cours du blé, ^— que celui des gageures que font à la bourse de Paris messieurs tels et tels.
L'homme, au point de vue matériel, est une machine qui se remonte par l'estomac; aussi tout ce qui peut amener l'alimentation à bon marché, c'està-dire rendre la vie facile, me cause une grande sympathie. — Parmentier, qui a doté la France de la pomme de terre, n'a pas, selon moi, dans l'opinion publique, lé rang qui lui est dû. — Les hommes dé* pensent toute leur admiration d'abord pour ceux qui leur font du mal, puis pour ceux qui les amusent. — Qu'il se présente ensuite un réel bienfaiteur de l'humanité, on n'a plus de monnaie.
Inventez demain un fusil qui tue les hommes de plus loin qu'un autre, imaginez une bombe qui vo-
' M6 fcÉUB& «
tnfeSfc la ùkèit «Mis des fermes plus vârtées que les aùeteMfôS frototoès, trouve* tin feuqtà ne pnïsse **& tetodte «t floWt tes ravagefc soient impossible à M*, rttwr, *- î'att&Vtfen Serii Vivement ekcitée, 6ti nom* Mm dès côtofoisstotts, tes corps savants feront de* rapports , àh donnera vbtre nom ad feû; à M btttabé ou âfc ftfôil.
Mkfe trouva utt itotiVel aliment, où itaûjgine* tttt fltoyen de tendue fe productlori pMsfedle, fet consê* qliemimmt lé pri* tanins élevé, persnîfoe tt'y Féïà attëMtoh. Cependant, fc'il tfâfeitsalt d'un mets dé luxe, de quelque dittSe d'tlMlite et dé très-cher, il ne serait pas impossible qu'on s'en occupât. Mais qttand Pâ^mtêrttier s'est opiniâtre h introduira là potame dé terre dans l'alimentation, il a dû lutter presque toute sa Vie; puis, quand ces pains Ibut faits ont été adoptés (ce n'a pas été tout de suite, car éë tubercule a été introduit en France Vers 1620, et Valmont de Bomare, en 1775, rassurait ënébre fcur les qualités malfaisantes et vénéneuses qii'ôh lui attribuait) ; donc, quand ott a fihi par accepter te présent, on lui a ôté le riotii dé Pàritl'éhtier, qu l uriê juste reconnaissance eût dû lui cousëttët, tandis que nous avons toujours des fusils-LeMdieux , des fusils- Robert, des bombes-Paîxh.ihs, etc.
La France, vanité à part, est un pays vraiment béni. Son climat, qui possède toutes les températures des autres pays , à l'exception du trop chaud et du trop froid, lui a permis d'acquérir et de s'approprier presque toutes les productions du monde entier. La plupart de nos fruits sont d'origine étrangère ; le pêcher vient de la Perse, l'abricotier d'Arménie, le cerisier du royaume de Pont en Asie, le prunier de la Syrie, l'amandier de la Grèce ; le mûrier nous vient de la Perse, et le mûrier blanc de la Chine; la pomme de terre, dont la récolte est évaluée en France à deux cents millions de francs, a été apportée du Pérou ; le riz vient de l'Amérique, etc. Le feuilleton et le journal tout entier né me suffiraient pas pour donner la nomenclature de tous les fruits, de tous les légumes, de toutes les fleurs qui se sont heureusement acclimatés en France, véritable capitale du monde.
11 est d'autres productions qui ne vivent ici que dans les serres du jardin des Plantes de Paris. Je crois qu'une demi-tasse de café produite par les caféiers et sucrée par les cannes confiées à la direction de M. Neumaan ne pourrait pas s'établir à moins de cinq cents francs; c'est pourquoi nous voyons tous les jours des navires qui vont chercher,
— ;pour le café au lait des portières parisiennes et pour le thé des petites-maîtresses, — le café et le sucre en Amérique, et les feuilles de l'arbuste chinois.
Rien de mieux ; mais cependant il ne faudrait pas, en faveur de ces plantes étrangères, négliger et oublier les équivalents originaires de la France ou naturalisés chez nous. — Sans compter les abeilles qui nous donnent le miel et la cire, dont on se contentait avant d'avoir le jus de la canne pour sucre, et le cervelet des baleines pour faire la bougie, on sait tirer aujourd'hui du sucre de tout : des savants même ont fait récemment du sucre de lapin ; ils ont établi qu'en piquant d'une certaine façon un certain endroit du cerveau des lapins on changeait leur sang en sucre. — Un rapport sur ce sujet a été fait à l'Académie des sciences.
C'est quand je suis mécontent de la créature, surtout, que je contemple avec plaisir les bienfaits gratuits dont le Créateur a comblé l'homme en compensation de l'homme son semblable.
Une des choses qui me charment dans mon séjour au bord de la mer, c'est que Ton n'y peut pas mourir de faim, tandis que c'est très-facile ailleurs ; — chaque fois que la mer se retire et abandonne une
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partie de sea lit, tUe offre à** ïiveriims a* moins de quoi apaiser leur feim : *- les mbes> te Mpâs «l ptesieurs autres coquillages* w beaucoup d'autre* moissons gratuites que la Providence a réservées à cou* de ses enfants déshérités qui ft'ett pas de terres. Il faut dire quVm en hisse pferdre bfeateottpi <~ Ainsi) on m'a assuré que les Allemands aiment beaucoup les fowçens » dont en France ne fltttàgefet que peu de personnes* tandis que les mêmes Alte* mande ont horreur deé g*eftéiiftle&, qdi passent tel pour un mets délicat* >*- L'ustomaè prend flfes hàbi* tudes. ■** On m'A dit aussi que les Peteans abhoï* rem l'esturgeon, que les Russes ne mangéht rtl àtose ni éerevisse* et que les Islandais ont une répugnante invincible pour l'anguille. «*- Dans certaines provinces de France, on mangé les cbuleUVreS feoUs le nom d'anguilles de haie ; — les Chinois mangent des nids d'oiseau ;— les habitants des lies de la met Pacifique considèrent les petits chiens comme un mets savoureux ; -« on mange en beaucoup de pays la chair du cheval ; — dés gens qui ont marigé du chat prétendent ne pas le distinguer du laplri. — J'ai vu beaucoup de chasseurs manger du chat-httant aved plaisir, et le comparer à un excellent poulet. Sans parler de ees ressources un peu extrêmes,
car lea répugnances de l'estomac» ot ràoère tyran*orçue dent nous tontines tous les esclaves, sonteonveut «vina trios, -** il eai bien des choses perdues qui seraient d'une grande ressource peur les rail» heu peux, de deux fitçona t d'abord en leur fournissant an Miment sain et agréable» entuite en augmentant la quantité disponible das autres productions da tout et que les pauvre» et lea riche* «langeraient de celles dont je vaux parier.
Sur nos cotes daa aviron* du Havre, da même que de l'autre eété de l'eau» aur les plages da la baaae Normandie) *-ret» pana autun doute» sur près* qee tout le littoral, **■ lorsque la mer 6e retire, elle hisse à découvert le champ du pauvre» ♦Weit-àtdire qu'un certain nombre de plantes qui croissent au fond da la mer sont nen+seuiement comeatiblee oomme certains végétaux de la terre» maie ont encore une saveur ausai agréable que eaux-ci*
L'ulya laetuea, qui a un peu l'aspect da la laitue ordinaire* ae mange crue ou cuite* <— Il en est de même de Tuba latlfceolatà et de qualquaa autres» On mange ainsi le fucua sâccharinus , le fticus pal* matus.
Plusieurs peuples de l'Asie font un grand usage
d'algues et de varechs ; — et les nids d'hirondelle, — ce mets si délicieux pour les Chinois , est composé , par l'hirondelle appelée salangane, avec des fucus et autres plantes marines.
Je n'ai pas mangé moi-même de ces diverses algues, et je n'en parle que par ouï-dire; — mais j'ai mangé plusieurs fois, et avec autant de plaisir qu'aucun légume terrestre, le plus commun de tous sur certaines parties de nos côtes, — la christe marine. — La criste marine a le goût à la fois des épinards et du pourpier, et se prépare de la même manière ; — il n v y a que quelques années qu'on s'avise d'en manger ; on en fait même, pour les marins, des conserves très-saines et moins coûteuses que les autres conserves de légumes, dont l'usage exerce une si heureuse influence sur la santé des équipages et des passagers dans les voyages de long cours ; mais très-peu de personnes récoltent, accommodent et mangent cette manne des grèves, — même entre celles qui très-souvent n'ont rien à manger que du pain, et parfois en quantité insuffisante, — et cependant il n'y a qu'à se baisser pour en prendre, comme on dit vulgairement; cet aliment, très-sain et très-agréable, est en si abondante quantité,, que Ton pourrait le récolter avec une faux. J'ai entendu
affirmer que rien que sur les plages qui avoisinent le Havre on en pourrait recueillir de quoi nourrir pendant dix jours tout le département de la Seine- Inférieure.
Bien des riverains font sur ces mêmes grèves un travail rude et fatigant dont le résultat est tout au plus de nourrir eux et leur famille, et ne songent pas à ramasser la christe marine. Quand on en parle à quelques-uns d'entre eux, ils se fâchent et vous disent : « Pourquoi ne nous dites-vous pas de brouter l'herbe des champs, comme les animaux ? » C'est en vain qu'on leur explique que tous les hommes mangent de l'herbe ; que l'oseille, les épinards, les choux, les salades, etc. , sont des herbes dont on mange les feuilles ; que les salsifis, les carottes, les navets, les pommes de terre sont des herbes dont on mange la racine ; que l'asperge est une herbe dont on mange le bourgeon ; que l'artichaut est une herbe dont on mange la fleur encore en bouton ; que les haricots et les pois sont des herbes dont on mange la graine : ils répètent que l'herbe n'est pas faite pour être mangée pair des chrétiens. 11 n'y a que l'exemple qui pourrait amener les populations riveraines à ne pas fouler aux pieds cette richesse perdue, et il faudrait que cet exemple vint des gens riches. Lors-
«0 US PLEBES.
«}bVm trouvait tant de difïicaMs à établir 4'inafp aMflaefttawe dé la powme 4e terre, M Mut, <* «e m M f as mm tafeçftce* npt'OB «éf audit k tank que le roi Louis XVI les aimait beaucotp et en ttaageaft tous les jom. <hi mit «égateiaent A la mode, dans les coifftir« 4es fentes, tes Heurs tta#cbes «n violettes seton le» variétés de fa pemae ide terre.
Je tietoîftidfefle pats la «fcrfete nmrinêt^ame «M Conquête alimentaire Ai prix de la perone de terre; — mais, jt le répète, ttest tm aiftneift sa*ft etagréft»- Me, «tquî a sut* la potoMne tte terre <#t avantage, qtre te» qui tftrtrt td ttrre wl aiigwn n'antqu'à ta ramassefir ; -— • %t, ten attendant te fftaéWoraiions dont je partais au tûtotoeffcettieia de «set artiete, fl faudrait au iftohis ïïè pas négliger ée y areiHes ressources.
Cependant, fl y a wie (^constance qaî devrait Mrs réfléchir sùï falilûentatfon an moins les tarisîttft. <**- Dans leur vflle, dont Pierre le Grand disait, -^ à un autre poim de vue : * Si j'avais une ville pareffla, je la détruirai* dans la mime quelle ne dévorât pion empire, » dans cette ville qui ne produit ni un rtvou ni nn pofe, des caTcuts officiels établissent tprt! entre en moyenne chaque jour, pour Talkmentatioft
LESFLEIRS. 91
de la ville, 2,774 voitures, — 190 bêtes de somme, 549 hottes et 61 paniers — chargés de denrées alimentaires, — et qu'il y a encore, par-ci par-là, des gens qui pourraient manger un peu plus sans avoir à craindre d'indigestion