LES COURONNES
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Nous avons parlé des bouquets , il faut bien dire quelques mots des couronnes. Pourquoi ne profiterions-nous pas de l’occasion pour traiter succinctement la question des guirlandes?
Le sujet sera bientôt épuisé. Qui est-ce qui porte des couronnes aujourd’hui? à quoi servent les guirlandes?
Il va sans dire que nous ne nous occupons que des couronnes et des guirlandes de Heurs. Les couronnes et les guirlandes de feuilles sont encore fort en usage pour orner le front des lauréats, et les murs des salons de cent couverts. Pas de véritable distribution de prix sans couronnes de laurier , pas de bonnes noces sans guirlandes de feuillage.
Les Grecs et les Romains, les Grecs surtout, adoraient les cou-
ronnes de fleurs. Celui qui se serait présenté au cirque , à l’académie, au théâtre, sur la place publique , sans sa couronne aurait passé pour un fou. Il n’était pas plus permis alors de se montrer sans couronne , que de sortir sans chapeau aujourd’hui.
Pour les gens chauves , la couronne remplaçait la perruque Aussi tous les philosophes s’en paraient; Socrate lui-même ne manquait jamais de ceindre son front de fleurs. César, chauve à trente ans , dut à la couronne l’avantage de cacher longtemps cet inconvénient aux beautés de Rome. On sait qu’à l’âge de quatre-vingts ans , Anacréon se parait d’une couronne de roses.
Avec la couronne, il n’y avait plus de vieillards, on était toujours jeune avec des fleurs sur le front et une longue robe flottante ; aussi les anciens ne connaissaient-ils pas cet être tremblottant , souffreteux, catarrheux, ridé, ratatiné que nous nommons un vieillard.
Je ne parle pas d’Alcibiade , il changeait de couronne trois fois par jour. C’était le premier coiffeur d Athènes qui venait la lui placer sur la tête.
Il y avait des fashionables qui portaient leur couronne à droite ou à gauche, en avant ou en arrière ; les uns la posaient d’un air crâne sur un seul côté, les autres 1 enfonçaient bien sur les oreilles pour se garantir des rhumes de cerveau. Ceuxlà étaient les propriétaires, les rentiers du Marais , les bonnets de coton de l’antiquité.