‹ Les fleurs animéesChapitre 17 sur 51 · LES COURONNES ET LES GUIRLANDES · texte numérisé non relu

LES COURONNES ET LES GUIRLANDES

Quand tous les convives avaient des couronnes de fleurs sur la tête, un dîner triste était impossible. Les fleurs portent à la gaîté; aussi ni à Rome ni à Athènes on ne connaissait l’usage des dîners officiels. Ils ne sont permis que depuis la suppression des couronnes.

11 faut convenir aussi que l’invention des lunettes a rendu bien difficile l’usage général des couronnes. Les myopes, les presbytes feraient un effet assez ridicule avec leurs besicles sur le nez et leurs fleurs autour de la tête. Ce serait atroce avec des lunettes bleues et vertes surtout. Mais tout le monde n’est pas myope ni presbyte.

Le blason s’empara de la couronne primitive , il copia les fleurs, qui devinrent des fleurons; le moyen-câge vit naître la couronne royale , la couronne princière , la couronne ducale , celle du marquis , de comte et de baron ; mais ces couronnes étaient en or , leurs fleurs étaient des perles ou des diamants. Louis XIV fit disparaître complètement ces couronnes : aucune d’elles n’était assez large pour tenir sur une perruque. Cependant il maintint la couronne de laurier. Voyez les portraits et les bustes du temps, Villard, Condé, Turenne : la tenue officielle du temps est pour les militaires une cuirasse, une perruque et une couronne de laurier. Pas de statue équestre du grand roi qui n’ait sa couronne de feuilles vertes sur la tête. On laissait aussi aux déesses le privilège de la couronne. A Versailles toutes les muses sont couronnées de fleurs.

La poudre fut un inconvénient qui fit abandonner la couronne

par les beautés du dix-huitième siècle ; en revanche la guirlande jouit d’une immense faveur à cette époque : les bergers de Watteau ornaient de guirlandes la chaumière de leurs bergères ; les dames de la cour portaient des guirlandes sur leurs paniers.

La guirlande, à tout prendre, ne manquait pas de charme, elle prenait toutes les formes, se prêtait à toutes les métamorphoses. Souple, flexible, serpent embaumé, elle caressait les contours d’une jolie taille , elle retombait sur de blanches épaules, elle suivait les sinuosités d’une robe de gaze. Et puis elle a donné un joli mot à la langue française, un mot amical, harmonieux, câlin, enguirlander !

On put croire un moment que la couronne allait reprendre son antique suprématie lorsque vint la restauration du costume grec sous le Directoire. Espérance vaine ! les femmes hardies qui ne craignirent pas de ressusciter la tunique et le cothurne, reculèrent devant la couronne. Au lieu de fleurs, quelque temps après, le beau sexe se couvrit d’une perruque blonde. Les brunes les plus prononcées étaient obligées elles -mêmes d’adopter la couleur à la mode. Par quel bizarre caprice , par quelle étrange suite d’idées les femmes en étaient-elles venues à renoncer à un de leurs plus précieux ornements, la cheveluie? Était-ce une manière indirecte de se prononcer en laveur de l’ancien régime, en rappelant la perruque, un moyen détourné de provoquer une réaction?

C’en était fait des couronnes; depuis elles ne se sont plus relevées. On en porte bien encore quelques-unes dans les bals , mais elles sont rares, le plus souvent en fleurs artificielles, et

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ressemblant bien plutôt à des diadèmes qu à des couronnes. I ne guirlande complète n’est pas admise non plus sur une robe de bon goût; on jette çà et là quelques bouquets sur la gaze, au hasard, et comme sans s’en apercevoir, mais on n’a pas le courage de la guirlande.

11 y a certains pays cependant où le genre trumeau existe encore. Au l,rr mai, les jeunes gens dressent des mâts enguirlandés devant la fenêtre des jeunes filles , ils parent de guirlandes la porte de leur maison ; mais c’est là un usage de paysans qui ne tire nullement à conséquence.

On se donne bien encore de temps en temps le divertissement de couronner une rosière dans les environs de Paris , on lui donne en fait de couronne une médaille d’argent ou bien une dot de cinq cents francs.

Les rois eux-mêmes ne portent plus de couronnes; le diadème est un mythe , une fiction. Qu’est-ce qui a vu un sceptre ou un trône? A quoi serviraient les couronnes royales? on ne sacre plus les rois.

Depuis l’abolition des couronnes, les hommes et les femmes n’ont plus aucun moyen de témoigner leur douleur en public, Les uns sont réduits à mettre leur mouchoir sur leur visage, les autres s’évanouissent. Sophocle faisait répéter une de ses tragédies, lorsqu’il apprit la mort déplorable d’Euripide exilé. Aussitôt le poète quitta sa couronne , et tous les acteurs l’imitèrent en signe de deuil.

Gléagène, la rivale d’Aspasie, rendait le dernier soupir pen-

dant que celle-ci donnait une fête magnifique à l’élite de la jeunesse. On l’instruit de la situation désespérée dans laquelle se trouve sa rivale. Par un mouvement spontané, Aspasie arrache sa couronne de roses, et la foule aux pieds. Les convives suivent son exemple, et la fête est abandonnée.

Aujourd’hui chacun lèverait les bras en l’air , crierait : O ciel ! est-il possible! cette pauvre Cléagène, il n’y a pas trois jours que je l’ai rencontrée aux Champs-Élysées. Voyez comme tous ces grands bras, ces grands cris, sont éloignés de l’éloquente simplicité du geste d’ Aspasie et de ses amis. Us enlèvent leur couronne. Cela dit tout.

Combien les femmes ne gagneraient-elles pas à remplacer le moderne et disgracieux chapeau par de fraîches couronnes ! Tôt ou tard elles reviendront à cet ornement si simple et si complet. Jeunes filles, épouses, matrones, nobles, femmes du peuple, on portera des couronnes selon son âge et sa condition ; on verra disparaître le bonnet de percale, de gaze ou de tulle, mille fois plus absurde que le chapeau.

En attendant cette révolution, que nous appelons de tous nos vœux , la couronne proscrite ne trouve plus d’asile que sur le cercueil des enfants , des jeunes filles, et sur la croix noire des tombeaux.

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Le jasmin est la fleur que j’aime ; elle est embaumée comme

l’haleine des houris.

Quand j’étais riche j’avais dans mes vastes jardins des bosquets de jasmin qui s’arrondissaient en berceau; leurs feuilles blanches tombaient sur les épaules noires des aimées qui dansaient devant leur maître étendu sur des coussins de soie.

Maintenant je suis pauvre, et le jasmin, mon ami, entoure ma fenêtre et la protège contre les ardeurs du soleil.

La démarche d Hendiè était légère comme si elle descéndait une pente.

Sa taille était flexible comme la tige d’un palmier, et sa joue polie comme une surface d’argent.

Son sourire me paraissait plus brillant que la frange dorée qui entoure un nuage éclairé par la lune.

Vieige aux lèvres fraîches, que de fois je me suis glissé pour

LES FLEUBS ANIMÉES.

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te voir derrière les jasmins qui cachaient la terrasse de la maison de ton père!

Le jasmin est blanc comme le lis, il est rouge comme la grenade, il est couleur d’or comme le soleil. Le jasmin prend toutes les couleurs pour se faire aimer.

Qui n’aimerait pas le jasmin?

C*est la tente des amants , la joie des abeilles , le charme des yeux, le parfum des nuits sereines.

11 chasse les Djinns des toits qu’il abrite ; Bulbul aime à lui dire ses plus douces chansons.

O Jasmin, tu as protégé mes jeunes amours, tu verses ta fraîcheur sur ma vieillesse ; ton odeur me rajeunit , tes fleurs réjouissent ma vue! J’ai coupé ce matin une de tes branches , et la fumée du tomback qui la traverse en sortant de mon narghilé, me semble plus parfumée.

Que les Péris te protègent et viennent elles-mêmes, chaque matin et chaque soir, ranimer tes fleurs de leur souffle !

LES FLEURS CHMIOÉES Eli BÈïE

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Le jeune Kao-ni se promenait un jour dans la campagne avec son maître, le savant Kin. Tout-à-coup, le jeune homme , qui cueillait des fleurs, s’arrêta en poussant un cri. Le maître accourut avec toute la rapidité que permettait son grand âge.

—Qu’avez-vous, mon fils, lui demanda-t-il , que vousest-il arrive?

— J’ai cru cueillir une fleur, répondit Kao-ni, et en me baissant, j’ai vu que j’allais mettre la main sur un scorpion. Il faut que j’écrase cette vilaine bête. — Le vieillard le retint.

Arrêtez, reprit-il ensuite, ce que vous avez pris pour un

animal est bien véritablement une fleur : on l’appelle hatongging. Neuf pétales forment sa couronne; deux forment les antennes, six les pattes, et la neuvième, très allongée , représente la queue. Voyez, ne dirait-on pas un scorpion?

Kin se baissa, et prit la fleur : il voulut en suite la passer à son élève, mais celui-ci la repoussa avec dégoût.

— Que la nature est bizarre, s’écria-t-il , donner une forme si hideuse à une fleur !

Alors, Kin pour le reprendre et lui montrer la légèreté de ses paroles, lui raconta l’ histoire suivante :

— 11 n’y a point de bizarrerie dans la nature, mon fils ; tout ce que nous voyons a une cause, même les fleurs qui ressemblent à des scorpions. Le Katong-ging a des sœurs qui partagent son triste sort : on s’éloigne avec terreur de l’ophryse qu’on

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dirait prête à vous piquer de son dard, comme une guêpe, line autre ophryse offre une si frappante analogie avec l’araignée, que les mouches l’évitent avec soin, et qu’elle inspire du dégoût à l’homme. Il existe dans la famille des orchidées des plantes qui offrent l’image d’un serpent ou d’un scarabée. Voici ce que rapportent les livres de la science au sujet de ces étranges métamorphoses.

Les ficurs sont placées sous les lois d’une Fée qui préside de tout temps à leur destinée. Les fleurs ont une âme comme les hommes, et elles sont récompensées par la Fée, selon leurs bonnes et leurs mauvaises actions. À celles qui sont soumises et réservées, elle accorde ses caresses plus vivifiâmes que le soleil et la rosée , plus fraîches que la brise. Aux fleurs qui bravent ses lois , elle envoie des insectes qui les dévorent vivantes , des lèpres qui les dessèchent sur leur tige, car la Fée se montre sévère quelquefois. On n’a jamais pu savoir le crime commis par les ophryses et les orchidées ; ce qu’il y a de sûr , c’est que la Fée leur fit prendre, il y a plusieurs siècles, la forme qu’elles ont aujourd’hui , qu’elles doivent conserver jusqu’à ce qu’un papillon devienne amoureux d’elles.

Kao-ni écouta cette histoire avec attention.

— Pauvre Katong-ging, dit-il en regardant la fleur d’un air triste, quand finira ton supplice ! Jamais, sans doute. Un scorpion peut-il se faire aimer?

— Ne désespère pas de l’amour, mon fils, reprit le vieillard , et médite bien l’enseignement qui se cache dans ce que je viens de t’apprendre. Dard, venin, laideur, vices , défauts , méchan-

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