‹ Les fleurs animéesChapitre 20 sur 51 · LE THE ET LE CAFE · texte numérisé non relu

LE THE ET LE CAFE

La fleur de café voulut un jour faire le voyage de Chine pour aller rendre visite à sa sœur la lleur de thé. Celle-ci la reçut avec une bienveillance dans laquelle perçait un léger sentiment de supériorité.

Pour la fleur de thé, en effet, le café n’était qu’une fleur barbare avec laquelle elle consentait à entrer en relations malgré la distance qui sépare une Chinoise civilisée d’une étrangère encore plongée dans les ténèbres de l’ignorance.

Mais la fleur de café avait trop de finesse et de pénétration pour ne pas s’apercevoir de cet accueil, et en même temps trop de fierté pour le supporter.

— Ma chère, dit-elle à la fleur de thé, quand elles se trouvèrent seules, vous prenez avec moi des airs qui ne me conviennent nullement, sachez que je n’ai pas besoin d’être protégée et que je vous vaux bien de toutes les façons.

La fleur de thé, haussa dédaigneusement les épaules.

Ma noblesse, répondit-elle, est de six mille ans plus veille que la vôtre, elle date de la fondation même du royaume de Chine, qui est le plus ancien des royaumes connus.

— Qu’est-ce que cela prouve?

— Que vous me devez du respect.

H faut vous dire que cette conversation avait lieu autour d’une petite table en laque sur laquelle étaient déposées une cafetière

et une théière. Les deux ileurs avaient fréquemment recours à l’éxcitant déposé dans ce récipient pour animer leur verve.

— Vous ôtes si fade, s’écria le café, que les Chinois eux-mêmes ont été obligés de vous abandonner pour l’opium. Vous n’êtes plus pour eux un excitant, père de doux rêves, mais une simple boisson de table, comme chez nous le cidre ou la petite bière.

— J’ai conquis, répliqua le thé avec vivacité, un peuple qui a vaincu les Chinois. Je règne en Angleterre. — Et moi en France

— J’ai inspiré Walter Scott et lord Byron. — J’ai animé la verve de Molière et de Voltaire. — Vous ôtes un poison lent. — Et vous un vulgaire digestif.

La fleur de thé reprit : — Dans l’harmonieux murmure de la bouilloire , on croit entendre chanter les esprits du coin du teu , ma couleur ressemble aux cheveux d’une blonde, je suis la poésie du Nord mélancolique et tendre.

— J’ai le teint noir des filles du Tropique, répondit la fleur de café, je suis ardente comme elles, je me glisse dans les veines comme une flamme subtile, je suis l’amour du Midi.

Tu brûles, moi je console. — Je fortifie tu fais languir.

A moi le cœur. — A moi la tète.

Les deux fleurs exaspérées allaient se prendre aux feuilles, lorsqu’elles convinrent de s’en rapporter à un tribunal mi-parti de buveurs de thé et de café. Ce tribunal siège depuis des siècles, il n’a pu encore formuler un jugement.

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