‹ Les fleurs animéesChapitre 19 sur 51 · VD8WI0NE · texte numérisé non relu

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Il ne faut pas confondre les (leurs politiques et les fleurs nationales. Ce sont deux choses bien différentes.

La rose rouge et la rose blanche furent des fleurs politiques en Angleterre. Elles n’ont jamais été nationales.

En France nous avons eu la violette. Qui le croirait ? la simple et modeste violette fut un moment séditieuse , elle mit le nez dans la politique ; se fit condamner à l’amende , à la prison, que sais-je encore? Le naturel a repris le dessus, aujourd’hui la violette est une sage et honnête fille qui redoute de faire parler d’elle.

C’est par suite d’un malentendu que le lis est passé à l’état de fleur nationale. On -a pris pour des fleurs de lis les fers de lance que nos anciens rois portaient sur leurs drapeaux. Cette erreur , comme tant d’autres , est devenue une vérité. La poésie verra toujours les lis là où l’érudition s’obstine à signaler des fers de lance.

Il y a des gens qui voudraient ranger le myrte et le laurier parmi nos fleurs nationales. Ce sont de vieux académiciens.

fort joli quoique latin ; il y a un peu de tristesse dans ce nom.

Grâce, bizarrerie, bonté, orgueil, légèreté, bonhomie, tout cela est dans le Coquelicot. Ananas, fraise fondant dans la bouche ; noisette, craque sous la dent. Mais n’allons pas nous perdre dans le fruit. Si j’avais à trouver un nom dans un roman pour un être frivole, paresseux, incapable de rien de sérieux, gobemouche, flâneur, je l’appellerais maître Baguenaudier. En supprimant la première syllabe de mélancolie, on fait ancolia.

Clématite, Accacia , Acliante, Adonide , Aloës, Amarillys, Amarante, Anemone, Balsamine, pardonnez-moi, fleurs , dont j’oublie les noms délicieux : mais Aubépine ! que je n’ai pas cité, et Bleuet, et Fougère, et Êg tontine , et Héliotrope, et Jasmin, et Muguet, Réséda, et toi bonne et grosse Coquelourde.

Je ne conçois pas que les femmes s’obstinent à aller chercher des noms dans l’almanach, quand elles en trouveraient de si jolis dans la nature. Pourquoi ne pas demander des noms aux fleurs ? on pourrait ainsi suivre l’analogie du nom avec le caractère ou avec le corps de la personne. Pourquoi n’aurions-nous pas mademoiselle Fraise, mademoiselle Clématite, mademoiselle Bleuet, mademoiselle Pervenche, connues nous avons mademoiselle Rose et mademoiselle Marguerite?

Si j’avais une fille, je voudrais qu’elle s’appelât Aubépine.

Ce progrès est bien simple, bien aisé à accomplir, et pour tant qui sait quand il se réalisera? Les femmes s’appelleront bien longtemps Pétronille, avant qu'une seule se décide à se nommer Réséda.

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Au sommet du vieux donjon croissait une giroflée. Un prisonnier la voyait de sa fenêtre. C’était sa joie, sa consolation, son unique espérance. 11 l’aimait comme on aime une femme.

Le printemps, le soleil, l’air, la liberté, la giroflée était tout cela pour lui. Elle lui souriait du haut de son créneau, elle balançait gracieusement ses petites tiges devant lui ; elle se penchait sur la noire muraille comme pour lui donner la main.

La nuit, s’il entendait gronder l’orage, mugir le vent, tomber la.pluie, il tremblait pour sa giroflée. Son premier soin, le matin, après avoir fait sa prière, était de regarder du côté de sa chère fleur. ' %

La giroflée avait déjà oublié l’orage. Elle secouait ses feuilles mouillées, comme un oiseau secoue ses ailes. En un clin d’œil ia toilette était achevée, et elle prenait des petits airs coquets en regardant le soleil.

Quelquefois la giroflée amenait des amis au pauvre prisonnier ; tantôt c’était un papillon qui venait voltiger autour de ses barreaux, après avoir rendu visite à la fleur; une abeille qui faisait entendre à son oreille son doux bourdonnement; un petit oiseau

8 h LES FLEURS ANIMÉES.

des champs qui, fatigué de son vol , s’arrêtait pour se reposersur les branches de la giroflée.

Quant l’hiver arrivait, le prisonnier n’avait plus d’amie. Quelquefois il voyait passer les hirondelles devant sa prison :

« Hélas ! disait-il alors, les hirondelles sont de retour, et la giroflée ne revient pas. Elle m’a oublié, comme tous les autres ! » Mais, aux premiers rayons du soleil de mai, un beau matin, en se réveillant, la giroflée le saluait du haut de la meurtrière ; et bientôt revenaient avoc elle les amis du prisonnier, le papillon, l’abeille et le petit oiseau des champs.

Il y avait dans la vallée un homme qui passait toute la journée dans les champs, une grande boîte de ferblanc passée en bandoulière; il la rapportait le soir au logis pleine d’herbes, de fleurs, de plantes de toutes sortes.

Il croyait aimer les fleurs parce qu’il était botaniste.

Parce qu’il les étiquetait, les rangeait, les classait par taille, par sexe, par famille, par catégorie ; parce qu’il leur donnait des noms latins, l’infâme !

Un jour qu’il était fatigué de ses courses, notre homme s’arrêta au pied du vieux donjon où se trouvait le prisonnier. Comme il portait son mouchoir à son front pour essuyer la sueur qui en découlait, il leva la tête et avisa la giroflée.

Oh ! oh s’écria-t-il, voilà une giroflée qui fera bien mon

affaire, mon voisin et antagoniste Nicolas n’en a pas d’aussi belle dans sa collection, tâchons de nous emparer de celle-ci, Mais comment faire?

donjon était fort élevé 5 impossible de l'escalader, Notre

LA GTKOFLÉE.

homme jeta les yeux autour de lui. Il vit que la tourelle touchait à une espèce de rempart à demi-ruiné ; que du haut de ce rempart, on était à peine séparé de quelques pieds de la plateforme. Il commença son ascension. Quoiqu’on fût au plus fort de la chaleur du jour, l’idée de jouer un bon tour à son voisin Nicolas lui donna du courage.

Le prisonnnier contemplait sa giroflée dans une de ces extases muettes qu’on n’éprouve qu’au près de la femme qu’on aime.

Tout à coup, il vit une ombre se dessiner sur le mur, et un homme apparaître sur la plate-forme. Il marchait résolument vers la giroflée. A la boite dont il était armé, le prisonnier reconnut un botaniste.

Quand il fut près de la plante, il se mit en devoir de l’arracher.

— Arrête, malheureux, lui cria le prisonnier, si tu as un cœur sensible, si les malheurs de tes semblables peuvent te toucher, respecte cette fleur, c’est elle qui me soutient, qui me console, qui m’empêche de mourir.

— Voilà un pauvre fou qu’on a bien fait d’enfermer, murmura le botaniste, et il reprit son œuvre.

— Infâme, continua le prisonnier. Dieu te punira.

Le botaniste s’était mis debout sur la plate-forme, les racines de la giroflée étaient fixés en dehors du mur. Elles tenaient, ferme. A un violent effort de notre homme la plante céda cependant, mais elle ne vint pas seule, Elle entraîna le botaniste flans sa chute,

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Ce que c’est que d’oublier les lois de l’équilibre quand on herborise sur les vieux donjons.

La Providence avait vengé le prisonnier.

Bien plus cruellement encore qu’on pourrait se l’ imaginer, car le botaniste n’était pas tué sur le coup.

Il poussa des cris affreux. Des paysans accoururent, le mirent sur un brancart, et le transportèrent chez lui. Le médecin déclara qu’il fallait lui couper les deux jambes. Après mûre délibération, cependant il se contenta d’une seule jambe.

Le botaniste guérit, mais il ne put plus se livrer à l’herborisation. il eut le crève-cœur de voir tous les matins passer son voisin et antagoniste Nicolas la boîte de ferblanc sur le dos.

Nicolas herborisa tellement qu’il fut nommé membre de l’Académie. Son voisin en eut la jaunisse.

Quant au prisonnier, il tomba dans un morne accablement. 11 lui sembla qu’en perdant la giroflée, il avait perdu une seconde fois la liberté. L’hiver vint, triste saison, pendant laquelle, du moins, il ne songeait pas à sa plante chérie ; mais au printemps, un matin que les rayons du soleil pénétraient dans son cachot, il ne put s’empêcher de lever ses yeux baignés de larmes sur le donjon.

Une autre giroflée se balançait sur sa tige, et disait bonjour au pauvre prisonnier.

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