‹ Les fleurs animéesChapitre 44 sur 51 · MULTIPLICATION PAR MARCOTTES · texte numérisé non relu

MULTIPLICATION PAR MARCOTTES

La multiplication par marcottes est à la fois une des plus faciles et des plus importantes, en ce que beaucoup de plantes délicates ne peuvent, dans nos climats, se reproduire d’une manière satisfaisante que par ce moyen. On marcotte de plusieurs manières; les principales sont les marcottages par torsion, par incision, par circoncision, par strangulation , par amputation et par buttes.

Marcottage par torsion. — Ce moyen est le plus simple et le plus généralement employé pour la reproduction des arbustes. On choisit une des branches les plus voisines du sol, on en ôte les feuilles, et on la tord à la partie qui doit être enterrée jusqu’à ce que l’écorce se déchire. Alors on abaisse cette partie de la branche, on la couche dans la terre, on la couvre, et après l’avoir consolidée dans cette position au moyen d'un crochet en bois enfoncé dans la terre, on fait prendre à la portion supérieure de la branche la position la plus verticale possible. Ce procédé demande une main délicate et une certaine dextérité; par exemple, il peut arriver qu'en tordant la branche on la rompt en partie, et alors l’opération est manquée; il en est de môme lorsque la branche, abaissée jusque sur le soi, se détache en partie de la tige, et cela se comprend, car jusqu'à ce que la portion tordue et enterrée de la branche jette des racines, elle peut vivre sans le secours de la plante-mère; c est un enfant à la mamelle qu'il faut sevrer graduellement. Ainsi, lorsque la marcotte est bien enracinée, alors quelle peut prendre facilement dans le sol toute la nourriture qui lui

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est nécessaire, il serait encore dangereux de la séparer brusquement de la plante-mère; il faut la couper peu à peu : aujourd’hui on fait une incision qui enlève l’écorce, dans deux ou trois joursl’entaille attaquerala partie ligneuse, et successivement cette entaille deviendra plus profonde jusqu’à ce qu’on arrive à une amputation complète. I.a marcotte est alors dans toute sa vigueur; mais ce sontlà de doux enfants qui ne crient point, qui ne sont ni maussades, ni hargneux; la tendresse qu’on ressent pour eux peut être poussée sans danger jusqu’à la plus extrême faiblesse; ils peuvent faire goûter toutes les joies maternelles sans en faire jamais ressentir les douleurs.

Marcottage par incision. — Ce procédé est à peu près semblable au précédent, il n’en diffère que par la fente que l’on fait à la partie de la branche qui doit être enterrée ; on maintient cette fente ouverte en y insérant une petite pierre, et l’on opère du reste comme il est dit ci-dessus.

Marcottage par circoncision. — La différence entre ce procédé et ceux qui le précèdent consiste à enlever un anneau de l’écorce à l’endroit de la branche qui doit s’enraciner. Quelques horticulteurs prétendent que celte opération accélère la pousse des racines ; mais cela ne paraît pas bien certain. Tordre, inciser, sont des opérations bien assez terribles pour de douces mains; laissons la loi de Moïse aux enfants d’Israël.

Marcottage par strangulation. — Voilà encore un bien vilain mot pour une chose si simple, et non-seulement le mot est désagréable, mais il ne donne pas une idée juste de la chose. La marcotte, en effet, ri’est pas étranglée par ce procédé; car si elle l’était, elle ne pourrait recevoir aucune nourriture de la plante-mère , en attendant quelle eût des racines, et elle mourrait sur-lechamp. Ce qu’on est convenu d’appeler strangulation consiste à serrer fortement au-dessous d’un œil la marcotte à l’endroit qui doit être mis en terre, au moyen d’un fil ciré ou d’un fil de fer; la marcotte n’est pas étranglée, mais seulement comprimée de manière à ne recevoir de la plante- mère qu’une partie des substances nécessaires à sa vie, ce qui l’oblige à tirer l’autre partie du sol. C’est toujours le système du sevrage gradué.

Marcottage par amputation. — En vérité les horticulteurs passeraient pour des gens bien féroces s’il fallait les juger d’après les noms effrayants qu’ils ont donnés aux opérations les plus simples et les plus innocentes. Amputation , ici, veut dire une entaille de deux à trois centimètres de long qui doi1 enlever 1 écorce et entamer un peu le bois. Au bout de quelque temps il se forme sur les bords de cette entaille un bourrelet; c’est ce bourrelet que l’on met et maintient dans la terre, où il ne tarde pas à s’enraciner.

Marcottage par buttes. — Ce marcottage n’est employé que pour multiplier les plantes en touffes. On forme autour des plus jeunes sujets une butte de terre grasse, assez élevée pour que ces sujets y soient emprisonnés jusqu’aux deux tiers de leur hauteur. On coupe ensuite ces jeunes plantes au dessus de la butte, et l’on entretient celle-ci dans un état constant d’humidité. Au bout d’un an, on coupe ces jeunes sujets sous la butte, au rez du sol. On a ainsi autant de jeunes plantes nouvelles qu’il y a de tiges dans la butte; ce qui n’empêche pas la plante-mère de repousser avec vigueur.

Règles générales. — Dès que l’on a couché la marcotte en terre, il faut arroser cette terre de manière à ce qu’elle soit toujours humide. En relevant la marcotte après l’avoir séparée de la plante-mère, il faut enlever avec elle la motte de terre dans laquelle elle a jeté ses racines, et la transplanter avec cette terre.

Lorsque la branche que l’on veut marcotter est trop éloignée du sol pour qu’il soit possible de l’y coucher sans risquer de la casser, on peut faire passer cette branche dans un pot percé, rempli de terre, et soutenu par une perche. La partie tordue ou incisée doit se trouver au milieu du pot; on arrose fréquemment, et lorsqu’on sépare le sujet de la plante-mère, il se trouve tout naturellement transplanté.

Beaucoup de fleurs, et particulièrement les œillets, ne se reproduisent d’ordinaire que par marcottes. Les plantes ainsi reproduites ne dégénèrent pas, mais restent les mêmes, et ce n’est que par semis qu’on peut obtenir des variétés.

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