TAILLE DES ARBUSTES, ARBRISSEAUX ET ARBRES
L’opération de la taille n’est importante que pour les arbres fruitiers; quant aux arbrisseaux et arbustes d’agrément, on ne les taille qu’en vue de leur donner la forme la plus agréable, et dans certains cas aussi pour accélérer la végétation. 11 suffira donc ici d’en exposer les principes généraux que voici :
Les petites branches se taillent avec une serpette bien tranchante ; la coupure doit être nette, sans mâchure ni égratignure sur les bords. L’endroit où s’est faite la solution de continuité doit être plane et être, autant que possible, à l’exposition du nord. Pour les grosses branches on peut employer la scie à main ; mais on doit ensuite unir la surface avec la serpette ou tout autre instrument tranchant.
Quand on coupe une branche, il faut qu’il y ait au moins un œil au-dessous de l'endroit où se pratique l’amputation.
CULTURE DES FLEURS
11 est important surtout de s’attacher à retrancher ce qu’on appelle les branches gourmandes, qui ne produisent rien, n’ont pas d’yeux et se développent avec rapidité aux dépens des branches productives.
L’époque la plus convenable pour la taille est la fm de février ou les premiers jours de mars.
Plus les branches d’un arbre ou arbrisseau croissent rapidement, moins elles donnent de fleurs et de fruits ; la sève montant trop vite, n’agit plus sur les boutons ; on dit alors que l’arbre s’emporte en bois. Dans ce cas, il ne faut, pas avoir recours à la taille, il est trop tard, cette opération ne pouvant jamais être faite avec succès que lorsque la sève est en repos. Mais il est un moyen bien simple d'empêcher que les rameaux prennent un trop grand développement : il suffit pour cela de pincer avec les ongles l’extrémité des rameaux qui ont une tendance h s’emporter. Cela ne diminue pas l’énergie de la sève, mais l’oblige à refluer sur les boutons.
11 arrive quelquefois que l’on est dans la nécessité de couper toutes les branches d’un arbrisseau, soit parce qu’on en veut changer la direction, soit qu’à la suite d’une maladie l’arbre n’ait plus assez de vigueur pour les supporter. Cette opération doit être faite avec beaucoup de soin, et de manière à ne pas arrêter tout-à-fait la végétation. Il faut, dans ce cas, laisser au sommet de la lige quelques-unes de ces petites branches appelées brindilles, garnies de boulons, sauf à supprimer ces brindilles plus tard, lorsque l’arbre aura repris une vigueur suffisante. 11 est aussi nécessaire, après avoir coupé les plus grosses branches, de couvrir avec de la cire à greffer la place où l’amputation a été pratiquée.
L’opération appelée tonte demande moins de soin; elle consiste à donner à un arbre ou arbuste une forme quelconque, à l’aide de grands ciseaux avec lesquels on coupe symétriquement les extrémités des branches. C’est par la tonte que les orangers du jardin des Tuileries, à Paris, et des principaux jardins publics, ont pris et conservent lous la même forme et ressemblent à des boules de feuillage. On peut par le même procédé avoir des arbustes en forme de pyramide, de gobelet, etc. Mais nous sommes loin d’approuver cette régularité, cette symétrie qui change l'aspect naturel des plantes, et leur enlève tout ce qu'elles ont d’agreste et de capricieux. C’est de la tyrannie et aussi de la barbarie et de la cruauté, puisqu'on agissant ainsi on substitue sa volonté à celle delà nature, et qu’on fait souffrir l’opprimé en même temps qu’on lui enlève une partie de ses charmes. Taillez donc, mesdames, et ne tondez point ; car tailler c’est guérir, et tondre c’est blesser.
Tels sont, belles lectrices, les éléments de cette science ou de cet art si facile a acquérir, et source intarissable de tant de pures jouissances dont tous
les artifices de style seraient impuissants à donner une jusle idée. Véritables fleurs animées, c’est à vous qu’il appartient de faire vivre, do diriger et d’embellir ces sœurs, ces frêles et délicieuses compagnes que vous a données le ciel, après vous avoir douées de celle intime délicatesse qui vous en fait sentir tout le prix. L’amour des fleurs est inné dans le cœur delà femme, et nous ne doutons pas que beaucoup d’entre vous, mesdames, ne possèdent par intuition l’art de les cultiver. Nous ne laisserons pas néanmoins de vous donner quelques conseils sur la culture particulière de chacune des plus belles. Un bon avis est un œil dans la main , dit la sagesse des nations, et il n’est pas impossible qu’à la plus savante un peu d’aide fasse grand bien.