‹ Les fleurs animéesChapitre 6 sur 51 · LE CHAPITRE DES BOUQUETS · texte numérisé non relu

LE CHAPITRE DES BOUQUETS

Le bouquet que l’on jette à une danseuse , le bouquet que l’on donne à sa fiancée ;

Et enfin le bouquet qui pare un cercueil virginal.

Le bouquet est plus souvent un mensonge qu’une vérité , une peine qu’un plaisir. On peut le classer au nombre des petites misères de la vie humaine.

Ne vous est-il jamais arrivé, par un soir d’été ou d’hiver, de vous présenter chez des gens que vous avez tout intérêt à ménager, auprès desquels vous tenez à vous montrer poli, empressé, prévenant? Yous avez fait votre plus belle toilette, vous rêvez un aimable accueil ; vous sonnez , vous demandez si madame est chez elle. Le oui fortuné est prononcé ; vous entrez radieux. Pour comble de bonheur, la maîtresse de maison est seule : quelle occasion favorable pour lui glisser quelques mots de la place en question. Il va sans dire que le mari est député. La cheminée du salon est encombrée de bouquets de toutes les couleurs, de toutes les dimensions. Un frisson parcourt tout votre corps, vous pâlissez. Votre protectrice , la fée sur laquelle vous comptez qui a vu votre embarras , se hâte de vous demander si les parfums vous font mal : c’est le jour de ma fête, ajoute-t-elle, mes amis m’ont vraiment comblée.

Vous l’aviez oublié !

Celui qui trouverait un mot spirituel pour sortir d’un embarras pareil serait plus fort que Talleyrand. Cet homme ne s’est pas encore rencontré.

Au contraire, le lendemain on aggrave sa situation en envoyant une énorme jardinière pleine de fleurs. Il y a là pour cinquante francs de sottise de plus.

Et si vous vous mariez, si vous laites officiellement la cour à une héritière , vous voilà condamné à six mois de bouquet forcé.

Quelle imagination ne faut-il pas chaque jour pour varier son envoi! Aujourd’hui les roses, demain les violettes de Parme , après demain les camellias ; mais les jours, les semaines, les mois suivants?

— Charles, vous vous répétez, vous dit votre douce fiancée , vos bouquets baissent. Terrible avertissement, car du succès d’un bouquet dépend tout le bonheur de la soirée. Aussi, quelle perpétuelle tension d’esprit, quelle préoccupation perpétuelle! On passe ses journées chez la fleuriste, on vit avec un bouquet de Damoclès suspendu sur sa tête.

Les fiancées sont plus difficiles à contenter que les femmes. Ajoutez à cela qu’il faut savoir offrir un bouquet; très peu d’hommes parviennent à se tirer convenablement de cette corvée galante. La plupart sont guindés , chevaliers Français, apprêtés , troubadours en diable. Le naturel dans ces cas -là est une chose rare.

On est bien fort dans le monde quand on sait présenter un bouquet.

Il y a les gens qui le laissent tomber , ceux qui s’asseoient dessus par distraction, ceux qui ne peuvent parvenir à le tirer

Page 1