‹ Les fleurs animéesChapitre 7 sur 51 · LE CHAPITRE DES BOUQUETS · texte numérisé non relu

LE CHAPITRE DES BOUQUETS

du fond de leur chapeau, ceux qui le flairent avant de l’offrir. Nous n’en finirions pas si nous voulions énumérer toutes les preuves de maladresse et de mauvais goût que peut faire donner un simple bouquet.

Voyez ce jeune homme qui longe les trottoirs portant à la main un paquet de forme oblongue soigneusement enveloppé dans un papier éclatant de blancheur. Il évite les passants, il se glisse le long des murailles, il court, il vole. Il en est au premier bouquet. L’acceptera-t-on? Voilà la question. On l’acceptera, malheureux, garde-toi d’en douter ; c’est le bouquet de Pandore que tu tiens à la main : de là vont sortir les loges, les dîners, les parties de campagne , les robes de soie , les bijoux et tous les maux qu’un premier bouquet traîne à sa suite. Crois-moi , jeune homme , il en est temps encore , déchire-le, anéantis-le, ce bouquet ; ne franchis pas le seuil de l’esclavage. Mais il ne m’entend pas, il est entré , le bouquet l’a entraîné dans l’abîme.

Il y a des gens qui vous diront : le bouquet est à la Française ce que l’éventail est à l’Espagnole, et de là cinq ou six pages de dissertation. Nous respectons trop le lecteur pour lui imposer ces lieux communs : laissons cela à ceux qui en fait d observation restent toujours en rhétorique. De toutes les femmes, la française est celle à qui le bouquet va le moins bien. Il embellit la démarche sentimentale , la physionomie mélancolique de l’Allemande et de l’Anglaise. Avec l’Italienne, le bouquet intervient dans la conversation, il parle, il gesticule, il baisse la tête ou la relève, il est tour à tour plein de h, A

les Fleurs an imites.

tendresse et de colère ; il a une aine, des sens ; il anime la scène, il vit. Qu’est-ce qu’un bouquet entre les mains d’une Française? Un pei sonnage muet, une espece d automate dont les mouvements sont réglés par ce mécanisme qui s’appelle l’étiquette.

Aussi en France tous les bouquets ont l’air ennuyé. Yoyez-les au conceit, au spectacle, au bal, jeunes ou vieux, célibataires ou maries, aucun sentiment autre que celui de la fatigue ne se trahit sur leur physionomie uniforme et monotone. Je ne suis pas liofmann , mais j’affirme avoir vu sur le rebord de certaines loges à l’Opéra des bouquets qui bâillaient; d’autres dormaient. L’énorme bouquet de madame Y ronflait positivement.

Le bouquet a depuis longtemps perdu toute valeur sentimentale. Je ne connais pas sa situation philosophique et morale dans les autres pays, mais en France il n’y a plus que les amoureux du Gymnase qui séduisent les femmes en glissant des lettres dans leurs bouquets.

Le bouquet n’est plus banni du ménage ; le mari l’a amnistié. Il faut en prendre notre parti, le bouquet n’est plus qu’un mythe, un symbole, une illusion. En fait d’idées et de sentiments anciens, ne faisons pas trop cependant les esprits forts. Quand les croyances s’en vont, les superstitions restent. Qui sait, nous qui rions du bouquet, s’il ne nous arrivera pas de pleurer en retrouvant un de ces quatre matins au fond de quelque tiroir oublié une touffe de feuilles desséchées?

iwsms

G de GO N ET. Editeur

romance.

LU M Y@§©TiliB

Musique de Auguste Morel.

3e Couplet.

jt=ii

C’est le myo-so - lis qui te par - le - ra De moi si je

mnilPC l/llll /«il In I nn nn . MA mn J ' 'l • ' . ~

meurs loin de cet -te ler-re; Mû - me près d'un au-tre il

rû - pû - te -

zz:

ra De ton seul a - mi lu -ni -que pri - è - re, En di-sant tout

Sl==Z

rp-Tt — rr hT — r— rn

1 ^ i i r~* -fi H i

' r . Jz±rz?: J

bas, En di-sant tout bas: Nem’oubli-ez pas, Ah! nem’oubli-ez pas. Procédés de Tsntknstein et Cordei, , 9t> , rue de la liai pu

— ~ M'<3^3SJW-

Les parfums sont bien déchus de leur ancienne importance depuis la mort des trente- deux mille divinités ou sous-divinités du monde païen.

Les parfums ont perdu leur caractère religieux. Les temples, les autels ne fument plus ; c’est à peine si on brûle quelques grains d’encens dans les églises.

La chambre nuptiale et la salle des festins ne sont plus parfumées ; les fontaines d’eau odorante ne coulent plus dans les fêtes publiques.

L’extrême civilisation et la barbarie, le paganisme et le moyenâge se touchaient par un point : l’amour des parfums.

Le fashionable Grec ou Romain se serait cru déshonoré s’il se fût montré dans le monde sans que ses cheveux , sa barbe , ses vêtements fussent parfumés; le baron féodal aurait trahi les lois de l’hospitalité si l’hôte en se mettant à table ou en entrant dans son lit n’eût respiré l’odeur fortifiante de quelque parfum.

Il est vrai qu’à cette époque, où la chimie avait fart peu de progrès , une jonchée de roses, ou l’odorante ramée du bois voisin suffisait aux besoins de l’odorat, et formait tout l’art de la parfumerie.

Notre siècle n’a point hérité de ce goût. Le parfum n’existe qu’à l’état de tolérance ; on s’en sert, mais on ne l’avoue pas.

Par quel enchaînement bizarre de faits et d’idées est-on venu à cette hypocrisie du parfum?

Cette étude nous entraînerait trop loin ; d’ailleurs elle n’est pas de notre sujet. Bornons-nous à constater un fait accompli.

Aujourd’hui un homme n’ose pas avouer qu’il met de la pommade à ses cheveux. Voilà un monsieur qui met delà pommade ; cette phrase est caractéristique ; si on la prononce sur votre compte, vous êtes classé, étiqueté, jugé.

11 suffit d’humecter son mouchoir de quelques gouttes d’eau de senteur pour se donner le vernis de petit maître et d’homme efléminé. On tolère, par exemple, l’usage du savon parlumé pour se laver les mains et se faire la barbe.

Voilà pour les hommes.

Autrefois une femme portait sur elle des parfums sans croire commettre une faute. On sentait la rose , le jasmin, ou la vanille selon la mode ; tout le dix-huitième siècle s’est poudré sans vergogne à l’Iris. Dire à une femme qu elle porte des odeurs, avoir l’air de s’en apercevoir , c’est se perdre sans retour auprès d’elle.

Page 1