LES PARFUMS
tiques; il est fils des climats sombres et brumeux. Le sel fait éternuer, c’est un tabac minéralogique.
Les Françaises reviendront aux parfums de fleurs. L’abus des nerfs commence à se faire sentir ; on éprouve assez généralement le besoin d’en revenir aux vapeurs. Sous l’ancien régime , les parlums les dissipaient.
Et remarquez bien que ces nerfs si délicats , ces nei 1s si susceptibles, consentent à ce qu’on brûle devant eux des petits bâtons jaunes d’une composition douteuse, d’un arôme suspect, qui donneraient la migraine à un charbonnier. Il est vrai que ces petits bâtons arrivent de Chine et sont fabriqués à Pantin.
Bientôt, il faut l’espérer, nous reverrons ces temps heureux où les poètes parlaient de la démarche embaumée des femmes , et de leur présence qui se trahissait par des parfums. Que de choses nous aurions à ajouter à ce que disaient les poètes ! Le choix du parfum n’était-il pas une occasion de plus de montrer son esprit? Il y avait le parfum du matin, le parfum du jour, le parfum du soir , le parfum de l’intimité et le parfum du monde ; le parfum du boudoir et celui de la rue ; le parfum heureux , le parfum mélancolique , le parfum du rendez-vous , couleur de muraille; enfin, le parfum de tous les sentiments, de toutes les situations , même le parfum de la constance , toujours le même parfum.
Les femmes ont perdu plus qu’elles ne le pensent à la suppression des parfums. Sans eux point de toilette vraiment complète. Ils sont la partie vivante et animée de l’élégance ,
ils créent à la femme comme une atmosphère de déesse qui semble la séparer de la terre. Les sens ont leurs souvenirs comme le cœur; pourquoi le nez, qu’on me pardonne d’écrire ce mot, presque toujours ridicule, n’aurait-il pas sa poésie? Vous qui vous rappelez l’étoffe de sa robe, le son de sa voix, la couleur de ses gants , la nuance de ses yeux , la forme de son chapeau , avez-vous oublié son parfnm , si elle en portait , et n’avez-vous pas regretté qu’elle n’en portât pas? Ce serait un moyen de plus de se souvenir d’elle.
Il n’y a de parfum véritable que le parfum des fleurs ; tous les autres rentrent plus ou moins dans la pharmacie. Que les Françaises laissent les sels aux pâles sectatrices du soda-water; elles ont banni les fleurs, mais les fleurs ne leur t endront pas rancune; roses, lis, jasmins, violettes, tubéreuses, toutes les fleurs sont encore prêtes à verser le plus précieux de leur sang pour la beauté repentante.
SCMIEUSK ET