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LES PARFUMS

Mais cependant, me direz-vous, les flacons , les cassolettes parlent d’elles-mêmes. Laissez-les parler, mais faites semblant de ne pas les entendre. Ma jeunesse, ma beauté, ma fraîcheui , voilà mes parfums , pensent les femmes; qu’avez-vous besoin , malotru que vous êtes , de vous apercevoir que je sens la violette ou la bergamotte.

La femme, malgré tout cela, ne peut se passer de parfums ; il lui en faut, elle les aime. Aussi jamais l’art du parfumeur n’a été plus florissant , mais toute son habileté consiste à dissimuler , à voiler, à déguiser le parfum. Aujourd’hui le parfumeur ne distille plus que des paradoxes.

Vous connaissez l’histoire de la culotte du ci-devant jeune homme? On peut l’appliquer à la parfumerie. Faites-moi des parfums, mais s’ils sentent quelque chose, je n’en veux pas.

La tradition des parfums s’est maintenue pourtant chez quelques honnêtes familles de la province et du Marais. On a des recettes pour fabriquer la marmelade aux abricots et l’essence de roses, les cerises à l’eau-de-vie et la pommade au jasmin. C’est de la parfumerie de ménage.

Les mères croient encore à la pommade. Elles n’ont point renoncé au charme de pommader la chevelure de leurs enfants. C’est un soin qu’à l’exemple du jasmin devenu femme, elles prennent toujours avec plaisir.

Le sachet persiste aussi, malgré la défaveur générale qui s’attache aux parfums. Il est éternel comme les pantoufles , les bretelles brodées, et le bonnet grec. Méfiez-vous du sachet !

La parfumerie moderne a poussé si loin le paradoxe , qu’elle est parvenue à proscrire le parfum des fleurs. Le règne minéral, le règne animal, sont mis à contribution pour satisfaire les caprices des femmes à la mode ; mais on dédaigne le règne végétal. 11 faut arriver en droite ligne des colonies ou de Carpentras pour ne pas tomber en des spasmes terribles rien qu’en respirant l’odeur de l’œillet ou de la tubéreuse.

Aussi, le moment est venu de nous écrier : Les parfums s’en vont!

Ce départ a coïncidé avec l’invention des nerfs. En créant la névralgie, la médecine a porté le dernier coup au parfum. On ne l’accepte plus que comme moyen de suicide : au lieu d’allumer un réchaud de charbon, on se contentera de déposer un bouquet de roses sur sa cheminée. 11 y a des romanciers qui ont fait mourir leur héroïne en l’enfermant dans une serre. Je connais un bas bleu qui garde précieusement chez elle un petit flacon d’essence de rose ; quand la coupe du désenchantement sera pleine , elle respirera le flacon et tout sera dit.

Les parfums sont morts, vivent les sels !

Mais non, nous ne pousserons pas ce cri anti-national. Le sel est un produit de l’invasion étrangère, le sel est anglais. Jamais en France le sel ne régnera.

Le sel est frère du gingembre, du poivre rouge, et du vin de Porto. Il convient à des narines dépravées, à des nez spleené-

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