‹ Les Fleurs animées, vaudeville en 1 acteChapitre 2 sur 20 · STÉPHEN, MAURICE · texte numérisé non relu

STÉPHEN, MAURICE

Musique • l'orchestre.

stéphen, à demi éveillé. C’est fini!... on éteint les lumières... le bal est terminé...

Oh ! le joli bal !... Souffrez que je vous reconduise jusqu'à votre buisson, gracieuse Tulipe !... Au revoir, ma belle. . . au revoir !...

Maurice. Le voilà parti.

siéphen. Charmante Tubéreuse, vous m'avez promis pour demain la première valse, ne l’oubliez pas... Adieu, mes sœurs, mis amies, mes amours; au revoir... adieu!...

Maurice. Maître, il se fait tard.

stéphen. Ah! c’est toi, Maurice?

MAURICE. Le dîner est ià.

Stéphen. Je n'ai pas faim.

Maurice. Voyons, maître, soyez raisonnable... on ne vit pas de l’air du temps...

( A pari.) II ne m'entend pas.

stéphen. Maurice, te rappelles-tu la brillante fêle de celte nuit?...

Maurice, à part. Le voilà dans les nuages... nous allons dîner par cœur... (Haut.) Oui, maître... je m’en souviens parfaitement. ( A part.) Je ne sais pas ce qu'il veut dire.

stéphen. I.a brise passant à travers les lianes... produisait les accords merveilleux des harpes éoliennes...

Maurice, d part. Où va-t-il chercher des harpes? .. (Haut.) Oui, maître.

stéphen. I.es lierres tapissaient la salle du bal...

MAURICE, à pari. Allons!... les lierres faisaient tapisserie!... (//au'.) Oui, mailre.

stêphen. Les vers luisants glissaient à travers celte sombre verdure; leurs clartés phosphorescentes. . .

MAURICE, d part. Quelle patience il faut avoir!... (llaul.) Oui, monsieur...

stêphen. Et l'orchestre!... Ces papiMons de nuit qui tenaient le piano... ces grillons qui pinçaient de la harpe... et les gueules de loup avec leurs trotnhonnes...

MAURICE, à part. Pauvre niahrc !

stépiien. Et par-dessus tout cela éclataient les sons vibrants de la campanule, de la clochette argentine...

Air: En palanquin. (Paul llcnrion.)

Tin, tin, tin, lin, tin.

Clochettes naissantes,

Et retentissantes,

An timbre argentin.

Tin, lin, tin, lin, tin.

Votre vois louchante,

Ile séduit, m'enchante,

Quand le plaisir chante Au bal clandestin!

Tin, tin, lin, tin, tin.

Clochettes charmantes, etc Tin, lin, lin, lin, lin Au timbre argentin.

Maurice. Maître!...

stéphen. "

Dans son corset blanc Tendu sur le liane.

Voici venir l'églanline.

En soldat du guet Le petit muguet La pourchasse et la lutine !

Sous sa robe de brocart Faite avec art.

Vient la tulipe coquette.

Puis le lis aus blancs appas,

Qui danse un pat Avee le pied d'alouette!!

Tin, tin, tin, tin, tin.

Clochettes, etc.

Maurice. Maître... maître, mais vous vous sustentez de vent et de fumée...; votre poésie est une viande creuse qui ne nourrit pas!... Que diable!... les fleurs sont des fleurs, et rien de plus!...

stéphen. Veux-tu bien te taire!

Maurice. Non, et je le prouve : le jasmin est destiné à parfumer la pommade ; la bourrache a été créée et mise au monde pour’rafraichir le sang !...

stéphen. Tais-loi !

Maurice. La fleur d'oranger, pour servir d'enseigne à la mariée...

Mautice, Stéphen.

stéphen. Veux-tu bien te taire!

MAURICE. Ktlacapudnc.lacapucine n'a pas d’autre vocation que celle d’orner les salades.

stéphen, arec ro'ère. Misérable!... mais tu veux donc une à une arracher toutes mes illusions, dépoétiser ma vie?... Si tu blasphèmes encore, je te chasse !

Maurice. Me chasser!... moi... voue vieux serviteur... l’homme qui vous a vu naître!.. Qui donc vous a relevé quand vous étiez mourant sons les fenêtres de celte femme?...

stéphen. Hermanccl... Oh ! ne prononce pas ce nom!... Oui, c'est vrai... il était là... lorsque la parjure, prête à donner sa main à un autre, me jetait, avec un ironique adieu, ce bouquet que j'ai là... qui me brûle!...

Oit ! ne prononce pas ce nom !. ..

Maurice. Et pendant cette cruelle maladie, qui donc était là, à votre chevet, le jour, la nuit, dévoué et tremblant?...

STÉPHEN, tan» te regarder. Lui !

Maurice. Et lorsque les médecins ordonnèrent le changement de climat, qui se lit votre guide, votre bâton de voyage?...

STÉPHEN. Lui, toujours lui!...

MAURICE, d'un ton doux et ému. Et vous voulez me chasser?...

STÉPHEN, lui tendant la main. Pardonnemoi, mon vieil ami!... Quand je pense à cette femme, vois-tu, j’ai peur de devenir fou '.... [.Changeant tnutàccnupdeton.) Mais ne me taquine pas, laisse-moi vivre avec mes fleurs, c'est un amour pur, celui-là... un amour qui me console... tandisque l'autre !...

Maurice. Tenez, maître, vous avez raison ; je suis un imbécile de vous contrarier...

Aussi ça ne m'arrivera plus, au contraire!. .. Comme vous, j'aimerai les fleurs, je les adorerai. .. je les épouserai même, si ça peut vous faire plaisir !

stéphen. * Elles sont si jolies!

MAURICE. Mais, à votre tour, faites quelque chose pour moi; prenez un peu de nourriture.

stéphen. Je t'assure que je n'ai pas faim.

Maurice. Mais plus lard l'appétit viendra quand nous nous serons remis en route...

stéphen. Partir ?... pourquoi ?

Maurice. Dame! nous ne pouvons abuser plus longtemps de l'hospitalité qu'on nous a donnée.

stéphen. Oui... oui, au fait, ça serait inconvenant!... Tu as raison, it faut partir... Oh ! mais avant, je dois remercier toutes ri s jolies fleurs de la fête qu'elles m'ont donn e cette nuit.

Maurice, tourianl. C'est ça, maître, allez remercier ces dames; moi, je vais faire les

’ Stéphen. Maurice.

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