MAURICE. HERMANCE
hermance. Oli ! mais c'est impossible, je inc suis trompée !... Cet homme, cet etranger, ce ne peut être lui.... et •cependant... Vil! quelqu’un?... (S'approchant précipitamment de Maurice.) Mon ami, n êtes-vous pas le compagnon du voyageur qui a passt la nuit dans ce château?
MAURICE Oui, madame.
hermance. F.t vous arrives?...
MAURICE. De Paris.
HERMANCE. Et., serait-ce indiscret de demander comment se nomme votre maitre ?
MAURICE. Mon Dieu! non, madame; il se nomme Stéphen.
HERMANCE, à part. C'est lui .
MAURICE, c'est à vous, sans doute, madame. que nous devons l'hospitalité qui nous fut accordée? .. Souffres qu’en partant je vous en remercie, au nom de mon maître.
hermance. Partir?... Oh! non, non, vous resterez, il le faut; je le veux !
MAURICE. Eh quoi! madame?...
HERMANCE, <i part. Stéphen!... (Haut.
(I ciel !. .. mais ce que mon domestique vient de me dire est-il dune vrai?... I.a raison de votre maître...
MAURICE. Hélas! oui, madame.
I1ÉA1RAI-
I1ERMANCE, à part . Malheureux!. . . ( Haut. ) El la cause de celte cruelle maladie? ..
Maurice. L'abandon... la perfidie d'une femme.
HERMANCE. L’abandon... la perfidie...
cela est faux !
Maurice. Cela est vrai, madame!... Mon maître, lui, n’avait qu'un besoin, l’aimer ..
S u’un désir, lui plaire... qu'un but, la relire heureuse... Elle!... elle n’aiait qu un besoin, la coquetterie... qu’un désir, briller... qu’un but, l'ambition!... Aussi, elle est comtesse !
HERMANCE. Et qui vous a dit que cette femme fût ainsi?
MAURICE. Ses œuvres!...
hermance. Prenez garde ! vous insultez celte femme !
MAURICE. Je la déteste.
hermance. Sans la connaître?...
Maurice. Je la méprise.
HERMANCE. Taisez-vous !... car vous êtes ici dans le château de celle femme que vous calomniez.
MAURICE. Eh quoi ! la comtesse de Li-
gnyi-
herm ance. C est moi !
MAURICE. Vous, madame?... Oh! puisse Dieu vous pardonner tout le inal que vous avez fait à mon maître I
HERMANCE. Mais Stéphen ne partage pas vos outrageants soupçons... il connaît mon cœur, il sait, lui, que je me suis sacrifiée pour l'honneur de mon père!... Une lettre a dû lui apprendre...
MAURICE. 11 n’a pas reru de lettre .. il n'a rien appris... que son malheur!;..
hermance. Que dites- vous?... Oh! ce serait affreux!... Mais il est ici... je le verrai; je veux inc justifier.
Elle va pour sortir.
Maurice. Madame, vous oubliez que mon maître est fou !
hermance. Ob ! mon Dieu!... et c’est pour moi...
MAURICE. Ce gentiment profond, ce culte qu'il vous aurait voué, il l’a reporté sur les fleurs. .. Ce nouvel amour l’a seul préservé de la mort... et, lui rendre la raison, ce serait le tuer...
hermance. Oui ! oui, je comprends.
Maurice, s'inclinant. Permettez, madame. . .
HERMANCE. Non, non, vous ne palliiez pas!... je veux partager vos soins affectueux, votre dévouement pour Stéphen 1... Mon ami, ne m’enlevez pas ce triste et dernier bonheur !...
Maurice. Maiss’il vient à vous rencontrer, â vous reconnaître?
hermance. J’éviterai sa présence, je vous
le jure... mais, du moins, je le verrai. [Interrogeant.) Monsieur?...
MAURICE, s'inclinant. Maurice 1 hermance. Monsieur Maurice, allez rejoindre votre maître; dites-lui que ce château est inhabité... trouvez un prétexte pour l’y retenir... il y va de son bonheur, peutêtre... Allez!... mais qu'il reste... qu’il reste!...
MAURICE. Je vous obéirai, madame.
hermance , avec douleur. Oh ! pauvre Stéphen !
Maurice tort. L 'orchestre exécute en sourdine la ritournelle de l’air suivant. La marquise Anats de Fontenay parait dans le fond, entre en scène, fait signe aux autres dames de venir, et indique Hermance, qui, absorbée dans sa douleur, est assise sur un siège à gauche.