AVAIS
Quelle démence!
Belle Hermance,
Consumer ces beaux jours A soupirer toujours,
Quand le jeune âge
Vous engage A faire ainsi que nous...
Des heureux... des jaloux...
Voyez un peu comme elle nous écoule...
Hermance!...
toutes. Hermance!
hermance. Oh! pardon, mes amies, si je ne suis pas toute il vous... c’est involontaire, excusez-moi.
Henriette. A ton âge, renoncer au monde, se faire ermite... ce n’est pas naturel...
LOUISE. Oh! nous saurons bien éloigner rette sentimentale mélancolie...
oiane. Te rendre à tes amies , aux plaisirs qui t'appellent
hermance. Non!... une circonstance imprévue... quelque chose que je ne puis vous dire... que vous ne pourriez comprendre, vient de raviver mes souvenirs, mes chagrins... Je souffre... laissez-moi.
anais. Prcnds-y garde , chère amie !. ..
s'absorber dans une seule pensée, c’est mal-
sain... Un amour profond enlaidit... . dix amants nous embellissent Telles sont la loi, la foi, la religion de la femme.
hermance. Tu seras toujours coquette...
anais. Toujours heureuse !...
LOUISE. Voyons, conte- nous tes jietits chagrins, nous les adoucirons.
hermance. Mais... ce que vous me demandez lit c'est l’histoire de toute ma
vie...
Henriette.* Et madame ne nous juge pas dignes d’une telle confidence... Eh bien ' garde tes secrets, nous les devinerons... mais tes peines de cœur, nous les chasserons, malgré toi. ( Hermance s'éloigne machinalement de ses amies, et va prendre place sur un banc. Au même moment, Armand arrive en scène; il porte deux arrosoirs, il en dépose un *ur le premier plan à droite du spectateur, et remonte la scène en arrosant les fleurs.) Voyons, mesdames... à l’attaque, il s’agit
de la distraire! Moi, j'ai dans mon
arsenal la petite chronique scandaleuse de Paris... les aventures piquantes de cet hiver, les amours incompris, les amonrs malheureux , les enfants trouvés elles maris... perdus. A défaut de qualité, j’ai la quantité.
Armand, à part. En voilà une petite gazette !
Diane:. Moi, j’ai apporté les romances les plus nouvelles.... des quadrilles étourdissants... si ça ne charme pas, ça réveille.
LOUISE. Moi, j'ai les collections des modes les plus ravissantes... des feuilletons les plus volumineux... ça ne réveille pas, au contraire, ça endort.. Mais le sommeil, c’est l’oubli.
anais. ** Eh bien ! moi, mesdames, j'ai mieux que tout cela !
toutes. Quoi donc ?
anais. I,c dernier ouvrage de Granville...
l'idée la plus gracieuse, la plus galante qui ait pu germer dans la tête d'un artiste.
toutes. Quoi donc? quoi donc?
anais. Les fleur * animéesl...
hermance, se lève à ce mot et semble réfléchir. Les fleurs animées !...
ANAIS, aux autres. Voyez-vons l’effet qui se produit !
HENRIETTE. La fille d’Eve se révèle.
Diane. La femme se trahit.
ARMAND, descendant la scène. Les fleurs animées!... .Mais c’est la toccadc du jeune homme de ce matin.
uouise. Oh! les ravissantes vignettes!....
Oh ! les jolies fleurs !
HENRIETTE.*** I.a belle-de-nuit !
Armand au fond, Henriette, Louise, Diane, Anais.
Henriette, Louise, Anair, Diane *■* Diane, Louise, Henriette. Anais.
MAGASIN THÉÂTRAL
r.oi'isp. I^lilas!
dianb. Le hluet... le coquelicot...
anais. La rose!
ARMAND, à part. Que c’est bête , ces hommes d’esprit! îlsont oublié le soleil!
Pendant celle scene lentes les femmes onl fait un mouvemenl de gaurlie à droite, llermonce marche en sens inverse, s'approrhe, et regarde furtivement chacune des gravures qui sont entre les mains de ses amies qui se prêtent à ce petit manège.
HERMANCE , rrvrnant précipitamment.* Les fleurs animée» !••■ oh ! mes bonnes amies, je veux le voir... donnex... donnez... oni , c'est celai... (Sa physionomie s illumine ; elle regarde arec ravissement les gravures qu’elle a dans la main. ) Des fleurs qui parlent. .. qui vivent... Ah! quel espoir!
an aïs. Qu’as-tu donc?
HERMANCE. t.eque j'ai?... Oh! vousavicz raison, je puis peut-être encore revenir h la joie, au bonheur. .. à la vie.
HENRIETTE. Que veux tu dire?
hermance, au fond. Silence!... le voici I...
Diane. Ce jeune homme...
ARMAND, à part. Le fou!. ..
Henriette. Est-ce que ce serait le héros de ton petit romau ?
hermance. Oui, oui, maintenant je puis tout vous dire...
TOUTES. Qu’esl-ce donc?
hermance. Vous le saurez... carjccompte sur votre amitié... j’auiai besoin de vous.... de loi aussi, Armand... Venez, mes amies, venez.
DIANE. Mais qu’allons-nous donc faire?...
hermance. Le que mon cœur vient de m’inspirer !... un miracle peut-être I ENSEMBLE.
Plus las. il pourrait nous entendrai lt est là. (lis )
Vend, je vais tout vous apprendre.
Le voita. (6ts.)
1,'oreheslre achève l'air. Ces femmes gagnent la droite, à mesure que Siephen approche lentement, appuyé sur <» hras de Maurice, et dans un état d'exaltation et de ravissement, lorsqu'il est arrivé au milieu du tkêdfre, 1rs femmes et Armand ont disparu.