‹ Les fleurs boréales, les oiseaux de neige [microforme]Chapitre 26 sur 65 · PAPINEAU · texte numérisé non relu

PAPINEAU

Seul de ces temps féconds en dévouement épique; Seul de tous ces grands cœurs à la trempe olympique Qui défendaient jadis notre droit menacé,

sur uotre Âge imprimaut sa gigantesque empreinte,

Il restait 1à, debout dans sa majesté sainte,

Comme un monument du passé!

Les ans n'avaient point pu courber son front superbe ; Et, comme un moissonneur appuyé sur sa gerbe, Regarde, fatigué, l'ombre du soir venir,

Calme, il se reposait, laissant, vaine stoïque,

Son æil, encor baigné de lueur héroïque,

Plonger serein dans l'avenir.

Aux bruits de notre époaue il fermait sa grande âme ;

Et, sourd aux vains projets dont notre orgueil s’enflamme.

Avec ses souvenirs de gloire et de douleurs,

Il vivait seul, laissant ses mains octogénaires, Qui des forums jadis remuaient les tonnerres,

Vieillir en cultivaut des fleurs !

Sa voix, sa grande voix aïx sublimes colgres, Alor

Sa voix qui déchaînait sur les flots populaires Les :

f ? 0 Ja à l'ant de sareasme amer et d’éclats triomphants, La Cl

Sa voix qui, des tyrans déconcertant l'audace, l'out

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Quarante ans proclama les droits de notre race,

Euseignait les petits enfants !

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âme ;

flamme.

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Lui, le puissant tribun que la foule en démence Saluait tous les jours d’une elameur immense, Relégué désormais dans un monde idéal,

Drapé ans sa fierté qu'on croyait abattue,

Il dormait dans l'oubli, gigantesque statue

Arrachée à son piédestal!

Souvent, lorsque le soir de ses lueurs mourantes Dorait de l’'Ottawa les vagues murmurantes, Au-dessus des flots noir” sur le coteau penchant,

Où l'aigle canadien avait plié son aile,

On le voyait, debout comme une sentinelle,

Regarder le soleil couchant.

Alors le bruit des eaux brisant sur les écores,

Les murmures du veut dans les grands pins sonores,

La chanson des oiseaux, l1 plainte des bois sourds, Tout ce concert confus de rumeurs innommées Qui s'élèvent, la nuit, de l’oude et des ramées,

Jout lui parlait des anciens jours.

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Ouvrant au souvenir l'essor de ses pensées, é'

all Ce débris glorieux de nos grandeurs passées, 4 fil Géant d’ane autre époque oublié parmi nous, ul Comme il vous écrasait de sa hauteur sereine, al Colosses d'aujourd'hui, tourbe contemporaine fl Qui n’alliez pas à ses genoux !

| A à | ll | (rl Semblable à ces hauts pies dont les cimes neigeuses, Le Lil Emergeant au-dessus des zones origeuses, | {H Dressent dans le ciel pur leurs altières splendeurs, URL 1 vas ; fs RUN S ” all Des brouillards et des bruits du présent dégagée, (li Son âme s'élevait radiense, et plongée k ti , * . F' ll Dans de célestes profondeurs.

(il ‘| ( ‘ fs L'Il d' [Al s 4 lil Gloire, succès, revers, douleurs, luttes sans trève, | Will ï.

nil Tout un monde endormi s'éveillait dans son rêve ; | HA Hi 1 lui semblait entendre, au milieu des rumeurs, IHI] {fl {I "] « NE A ? « ? i ] 2 j :? . x Ne f [EI Appel désespéré d'un penple qui s’'effare, ul Son grand nom résonn-r, ainsi qu'une fanfare,

Au-dessus d’inimenses clameurs,

Mystérieux échos du passé ! les rafales

Lui jetaient comme un bruit de marches triomphales'; Puis son œil s'allumait d’une étrange clarté :

Aux éclats de la poudre, au son de la trompette,

Il avait entendu claquer dans la tempête

Le drapeau de la liberté !

Il regardait passer, dans un songe extatique,

Fous ces héros d’un jour sortis d’un moule antique, Immortelle phalange au courage invainceu

Qu'il commauduit jadis ; et, la main sur l’histoire, | Il comptait en pleurant les compagnons de gloire

Auxquels il avait survécu.

Puis la scène changeait.—Tnsondable mystère

Li Qui fait presque toujours succéder sur la terre Aux triomphes d'hier les revers d'aujourd'hui !— Sur des débris fumants, gémissante et meurtrie, Comme un spectre livide, il voyait la Patrie.

Pâle se dresser devant lui !...

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Puis les longs jours d’exil ; puis les regrets sans nombre,

Les rêves envolés, l'espérance qui sombre,

Les chagrins du vaineu, la morgue des vainqueurs,

La trahison, l'oubli, l’âge, la solitude ; Eufin l’inévitable écueil, l’ingratitude,

Où se heurtent tous les grands cœurs!

Et pourtant, —6ô chaos de la pensée humaine !— Ce génie, héritier de quelque ombre romaine,

Avuit encore en lui des éblouissements ;

Par moments son regard se remplissait d’aurore ;

Et, penché sur la tombe, il méditait encore

De sublimes enfantements !

Vaiu hévoïsme ! Un soir, la mort, la mort brutale

Vint toucher au front de sa marque fatale ; Vaincu pur l’âge, hélas ! ce mal sans guérison, Il voulut voir encore, assis à sa fenêtre,

Pour la dernière fois, plonger et disparaître

L'astre du jour à l'horizon.

Le spectacle fut grand, fn scène suisissante ! Des derniers feux du soir 1x lueur pâlissante

Eclairait du vieillard l’anguste majesté

Et dans un aimbe d’or, clarté mystérieuse,

'on eût dit que déjà sa tête gloricuse

Rayonnait d'immortalité !

Longtemps il contempla la lumière expirante ; Et ceux qui purent voir sa figure mourante,

Que le reflet vermeil de l'Occident baignait, Crurent,—dernier verset: d’un immortel poëme,—

Voir ce soleil couchant dire un adieu suprême

A cet astre qui s’éteignait !

Ce n'était pas la mort, c'était l’apothéose !... Maintenant parlons bas : il est là qui repose Au détour du sentier si sauvage et si beau Qu'il aimait tant, le soir, à gravir en silence ;

Et les grands ormes verts que la brise balance

Soupirent seuls sur. son tombeau.

Passants qui visitez cet endroit solitaire, Inclinez-vous ! ce” . plus qu'un puissant de la terre, C’est presque un siècle entier qui dort là ; car celui Qui mit sur Papineau la dalle mortuaire,

Avait enveloppé dans le même suaire

Tout un passé mort avec lui !

Il fut toute une époque, et longtemps notre race

N’eut que sa voix pour glaive et son corps pour cuirasse. Courbons-nous donc'devant ee preux des jours anciens. S'il ue partagea point nos croyances augustes, N'oublions pas qu'il fut juste parmi les justes,

Et le plus grand parmi les siens !

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