PAU À, 7 AN
Fleuve, te souvient-il de ces jours sans nuage,
er )
Quand, dressant au printemps son wigwam sur ta plage,
L’Iroquois sur tes bords venait chasser le daïm !
Quand le vol cadencé de l’aviron sonore
Emportait nos canots bondissant sur ton sein ?
De nos courses sans fin te souvient-il encore, Te souvient-il encor de lu brune Indienne, Dont la voix se mêlait, sonore, aérienne,
Aux mille murmures du soir, Quand elle suspendait à la frêle liane, | Et balançait an vent sa mouvante nâgane,
Berceau d'un guerrier à l’œil noir ?
Te souvient-il aussi, quand, vengeurs intrépides,
Nos bandes poursuivaient de leurs flèches rapides
Leurs ennemis fuyant la rage dans le cœur ?
Ou bien, sortant soudain de leur mille embuscades, Couvraient de leurs elameurs la voix de tes cascades,
Et brandissaient dans l’ombre un tomaubawk vainqueur ?
ir !
Hélas ! ils ne sont plus...et sous les sombres dônres
De tes forêts, la nuit, ou entend leurs fantômes
Mêler leur plainte au bruit du vent.
Ils sont morts ! et tes flots qu’ils dominaient naguère,
T'es flots ont oublié le noble chant de guerre
Qu'ils entendirent si souvent !
Mulbeur ! malheur ! malheur ! à ces Visages-Pâles
Dont les rangs hérissés de foudres infernales Ont fait de nos guerriers un carnage inouï !
Leurs victimes encore attendent la vengeance... Puisse de ces vautours l’exécrable puissance
S'écrouler sous le bras du fier Areskouï !
Puisse-t-il, dévastant leurs retraites impures,
Les traquer, les saisir, scalper leurs chevelures, Broyer leurs membres palpitants, |
Entonner sur leurs corps l'hymne de la victoire ;
Rougir ses mocassins dans lenr sang, et le boire
Dans leurs crânes encor fumante ! ”
a Elle se tait. Sa voix, comme les cris funèbres
l Que poussent duns la nuit les oiseaux des ténèbres, | Va d'échos en échos mourir dans la forêt ;
| Son œil sombre, où s'allume une elarté féroce, | | À semblé refléter quelque pensée atroce,
| mn | | | | Quelque épouvantable projet !
Un sourire infernal se crispe sur sa bouche ;
il | ,
fl Son sourcil-se contracte, et son regard farouche
nl | Lance au ciel éclair niner et tri h j sance au ciel un éclair amer et triomphant ;
Sa main s’arme soudain d’une lame acérée ;
fl Et le large manteau dont elle sst éntourée
S'entr’ouvre etnous montre un enfant !
Un tout petit enfant doux et blond comme un ange... Incouscient acteur de cette scène étrange,
Il ouvre en souriant son œil de séraphin ;
Sa blancheur, son regard pur comme l'innocence,
Ses riches vêtements, tout trabit sa naissance :
C’est le fils du seigneur vbisin |
Sous les épais rideaux d’une alcôve fermée, Il dormait ; et, planant sur sa couche embaumée, L’essaim des rêves d’or baisait son front si beau ; Quand, nourrissant déjà son projet de vengeance, L’'Iroquoise au manoir se glissait en silence,
Et l’arrachait à son berceau,
Pauvre mère, tu dors ; et tandis que les songes, Bercent ton cœur aimant de leurs riants mensonges, Le malheur sur ton front pose sa lourde main ; Peut-être crois-tu voir un ange au doux sourire,
Qui presse dans ses bras ton enfant qui soupire ;
Quel sera ton réveil demain !...
Cependant sur les flots s’épaississent les ombres : Le ciel voile ses feux sous des nuages sombres ; Le vent dans la forêt a sifflé sourdement ;
La cime des grands pins se courbe et se relève ;
Et le fleuwe écumeux vient balayer la grève
De son flot naguère dormant.
Le]
La tempête partout jette son cri sublime ;
Le tonnerre roulant au-dessus de labime,
Comme un boulet d’airain sur un dôme de fer,
Eclate, et tout à coup, d’un jet de flumme horrible, Embrase un vieux tronc sec, dont la lueur terrible
Eclaire un spectacle d'enfer,
L'Iroquoise était 1à, comme ces noirs génies Que l’on croit voir parfois dans les nuits d’insomnies ; Ses che;eux hérissés se tordaient sous le vent ; L'enfant, paralysé sous sa farouche étreinte, [mmobile semblait lPoiseau saisi de crainte
Que fascine l’œil du serpent.
Horrible cauchemar ! sa prunelle de louve / Fixe avec volupté sa victime, et la couve
D'un regard infernal ; puis le monstre en fureur, L'élevant tout à coup au-dessus de sa tête,
Pousse un eri...mais en vain, la voix de la tempête
Est plus forte que sa clameur.
Ombres de ses $achems, manitous de la plage, Esprits, éveillez-vons ! C’est vous que dans sa rage Elle veut pour témoins de son acte sanglant !
Elle veut sous vos yeux finir son existence,
En vous offrant au moins pour dernière vengeance,
Le sang d’un jeune guerrier blanc !
Horreur ! Elle soutient sa victime éperdue
D'une main ; et, de l’autre un instant suspendue,
Elle lui plonge au cœur son arme qui reluit... Un eri part, un seul cri ; puis un hoquet, un râle ; Une goutte de sang sur une lèvre pâle ;
Et la petite âme s'enfuit.
Puis'la rage du monstre atteint son apogée ; En un délire affreux sa fureur s’est changée ; Elle foule du pied le cadavre meurtri ;
Et poussant des éclats d’un rire satanique,
Elle danse alentour une ronde cynique L ?
Comme en rêvait Alighieri.
Ainsi qu'un tourbillon dans Pangle d'un abime,
L'Iroquoise tournait autour de sa victime,
Aux lueurs du flimbeau par la foudre allumé ; Puis, saisissant soudain la frêle créature, Elle scalpe en hurlant sa blonde chevelure
Deson poignard envenimé ! \
Puis se ruant encor sur la froide dépouille, La frappe, la déchire, et dans sa rage fouille La blessure béante ouverte dans son flanc ;
Comme un vautour féroce, aux entrailles s'attache,
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Lui découvre le cœur, de ses ongles larrache,
Et le dévore tout sanglant !
Plongeant dans les ajones et les algues verdâtres,
Une roche là-bas baigne ses flancs grisâtres,
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Comme un nid d'aleyon caché dans les roseaux ; C'est 1à qu'elle s'enfuit, mi-nue, échevelée, Et le vent se heurt, 1t sur la roche ébranlée,
AU A Lui jette l’écume des eaux.
9 SR a AA Dh DA
Là, debout sur le roc, et promenant dans l'ombre Ses regards où fulmine un feu terrible et sombre, Le monstre pousse encore un cri rauque et perçant : ‘Je suis vengée enfin ! ”... Elle dit et s’élance..… Et la fiile des bois meurt avec sa vengeance
Au fond du gouffre mugissant.