‹ Les fleurs de CannesChapitre 14 sur 55 · LE MISTRAL · texte numérisé non relu

LE MISTRAL

Quel esl ce bruit'? sur les vitrages Quels sont, ces sifflements sauvages'/ (Miels sont ces discordants concerts'.' Dans les champs, dans i i ville entière, Un rideau mouvant «le poussière Parfois obscurcit la lumière; L'àme est. triste, les quais déserts.

Savez-vous pourquoi les murs tremblent Pourquoi les grands oliviers semblent, Comme au triomphe d'un rival.

Courber leur gigantesque tête?

Pourquoi la voix de la tempête D'échos en échos se répète '.'...

( est que Dieu lance le mistral.

Le tyran de notre rivage, Le mistral ! Ecoutez, il rage. On croirail que tous les démons, Jetant contre l'espèce humaine Un cri de menace e\ de haine, Joignent leur formidable haleine Pour déraciner tous les monts.

Chars, toits, pins, murs, rocs, faites place I

Pour chemin, il lui l'aul l'espace;

Voyez : pas an nuage aux cieux.

La nier devant lui se replie;

La vague aux vagues se relie;

D'un boa de la Colombie

On dirait le dos sinueux;

Les mâts du vaisseau qu'il incline.

Comme l'arche qu'un fleuve mine Craquent ; sous son souffle puissant La voile Hotte et se déchire Mieux que le simple cachemire D'une jeune (ille en délire Sous les doigts fiévreux d'un amant.

Femme, va prier sur la grève, Remplace un cierge qui s'achève :

L'abîme esl grand, le vent, est fort; Le marin au loin n'a personne Que les lai nies a la madone :

Promets un beau calice jaune Cour qu'elle l'arrache à la mort !

Plusieurs fois, le soleil au i id<

Ramène sa chaleur féconde, El toujours rugi! le mistral :

Aussi, quand tombe la colère De ce1 émule du tonnerre, Que de débris jonchent la terre, Encens offert au dieu du mal ! '.

Tous ces conquérants homicides

Que suivaient des bandes avides En ont moins semé sous leurs pieds Souvent il brise dans la plaine Une branche d'olives pleine Où llroquois pourrait sans peine Se creuser des canots entiers.

Abattis, décombres et ruines :

Il a passé sur nos collines Connue le simoun autrefois Sur les phalanges de Cambyse, Comme la nuée indécise Sur Gomorrhe au banquet assise Comme la haine sur les rois !

CHANT DE FUMI Cl!

Allons! ma pipe, un peu de ta fumée!

Viens m'enivrerde ton parfum divin; Contre l'ennui, ma pipe bien-aimée, \ iens me donner ton baume souverain !

Lorsque je suis, dans sa marche inégale, Ce (loi d'azur que ton foyer vomit, Qui se balance en légère spirale, Qui monte, monte et puis s'évanouit :

Tantôt je rêve une palme guerrière, Sur des débris Hotte mon étendard, Et sous mes pieds, le iront dans la poussic lis vaincus implorent un regard;

Tantôl je rêve un laurier poétique, Le siècle a fui, ma lyre vibre encoi El l'avenir sur le marbre historique Grave mon nom en < aractères d or;

Tantôt je rêve amour, baisers, sourire, J'ai senti battre un cœur à mon côté, Ou sur un soin palpitant de délire.

Ma lèvre avide a bu la volupté.

Et tant qu'aux cieux se déroule el s'élè' En tournoyant ta joyeuse vapeur, Ma douce pipe, ainsi de rêve en rêve Mon âme vole et trouve le bonheur.

Lance-moi donc un peu de ta fumée, Enivre-moi de ton parfum divin; Et donne-moi, ma pipe bien-aimée, Contre l'ennui ton baume souverain !

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