LA MORT DE MA SŒUR
Morte, hélas! notre sœur, quand de fraîches cou
Ktait plein son doux avenir, Quand du haut dos autels les pieuses madones
Semblaient sourire et la bénir;
Morte en un temps d'éclair, sans avoir de la vie
Respiré les premières fleurs.
Colombe à notre amour par le destin ravie,
Source éternelle de nos pleins !
\ peine de l'hymen la torche esl allumée,
El la Mort parait SUT le seuil,
El la robe de noce esl déjà transformée En suaire pour le cercueil.
Affreux destin ! ô Dieu, dis-nous pourquoi de l'ho Le cœur se brise à mille vents ;
Les Larmes de ses yeux ont-elles un arôme Pour toi préférable à l'encens?
Le jour où ton index indiqua notre place
Au bout des vastes régions, La terre essuya-t-elle en traversant I espace
L'impure haleine des démons?
Peutêtre par pitié ta sainte Providence
Aura-t-elle voulu, Seigneur, A cette âme épargner quelque grande souffrance
Écrite au livre du malheur'?
Et vers elle tu fis descendre notre mère « Viens, ma fille, quitte ces lieux.
Du sentier parcouru secouant la poussier* Avec moi regagne les cieux ;
Viens, et tu recevras peur bijoux des étoiles,
Pour demeure l'immensité, Lès vapeurs des soleils pour diaphanes voiles,
Les prières pour volupté ;
Viens, là-haut tu seras à l'abri des désastres ;
Les anges te diront : ma sœur; ht bien loin, sous tes pieds, t'apparaîtronl les as
Roulant au souffle du Seigneur;
\ iens, au sensible époux qui pleurera ta perte Nous enverrons des rêves d'or,
Et sur sa triste couche où ta place est déserte Tu pourras le revoir encor ! »
Et notre sœur, séduite ;'i ces belles promesses, S'écria : « .j'y vais ! d e1 soudain
Elles ont pris leur vol vers les saintes ivresses. L'une à l'autre donnant la main !
Nous que le même pain a nourris dans l'enfanci Cherchons l'angle obscur pour gémir;
Vous, insectes, oiseaux, brise, faites silence, Laissez sa dépouille dormir ! !