‹ Les fleurs de CannesChapitre 46 sur 55 · LA GARONNE · texte numérisé non relu

LA GARONNE

Coulez, Ilots bleus de la Garonne, Coulez vers de lointains séjours ; Le rêve auquel je m'abandonne Avec vous s'enfuit pour toujours !

D'où viens-tu. charmante rivière?

Où commencent tes jolis bords ?

Comme le Nil dans un mystère Caches-tu l'urne d'où tu sors?

0 rude enfant des avalanches, Les effroyables luragans Qui brisent l'if aux noires branches, Te concoivent-ils dans leurs flancs?

Ou sur quelque verte colline, Inaccessible à ces chasseurs Donl l'isard fuit la carabine, T'échappes-tu du sein des (leurs?

Tu nais où naissent les orages ; Les aigles boivent dans ton eau; Comme une gaze, les nuages Entourent toujours ton berceau.

Jadis, au temps de la prouesse, Là vibrèrent les sons d'un cor:

Dis-moi, quand la nuit est épaisse, Dis-moi, résonne-t-il encor ?

J'aime ton courant si limpide Loin des bruits de notre cité, Si blanc d'écumes et rapide Quand il est par elle arrêté ;

J'aime 1rs deux rives coquettes Où se mire l'azur des eieux.

Où les saules penchent leurs têtes Comme pour baiser tes flots bleus ;

J'aime ta fraîcheur, ta pelouse, Tes bosquets pleins de demi-jour, Dont Armide serait jalouse, Où l'on vienl deviser d'amour ;

J'aime surtout le doux silence De tes si vieux, si vieux peupliers, Qui durent ombrager Clémence Quand ses mains tressaient des lauriers.

Dis-moi, fille des Pyrénées,

Ou sont tes nymphes, tes sylvahis,

Et ces victimes couronnées

Qu'on immolait aux dieux Romains ?

Où sont les terribles druidesses Qui priaient parmi les éclairs?

Où sont les hordes vengeresses Que vomirent les froids déserts?

Où soni les rois du Capitale?

Où sont ces gloires du passé?

Plus de piédestal, plus d'idole :

Ce qui fut a-t-il bien été ?

Hélas! quand j'admire ton onde, Mon cœur a de cruels frissons :

Elle est l'image de ce momie.

Comme elle ici-bas nous passons.

Coulez, flots bleus de la Garonne, Coulez vers de lointains séjours; Le rêve auquel je m'abandonne Avec vous s'enfuit pour toujours !

LES BUX FLORAUX

De loin c'est quelque ch< se, e1 de près... Je parie Que vous vous figurez ui e place fleurie,

; pavoisée ; une istrade on pli in air ;

lins comme ceux que vit I) Où de front monteraient à !

les aux murs ; aux portes des couronnes; Du bruit, beaucoup «le bruit ; un allègre concours

Les orphéons, aux voix puissant -

Animant sur leurs pas tous les quartiers tranquilles;

Les artilleurs sonnant l', ubade dès le jour,

I)avis leur trompette aiguë ; et le roulant tambour,

Et la vivo fanfare ébranlanl les boutiques ;

Les ateliers fermés; maîtres et domestiques

En li 'bits de dimanche au spectacle couranl ;

D'étrangers qu'on prendrait pour les Ilots d'un torrent

Chaque rue encombrée et chaque maison pleine ;

Sur ni piédestal d'or, de l'artistique Reine

Le buste, c î jour-là de sa ni< he enlevé,

Devant le Capitule avec pompe élevé ;

Et puis, mi li sonné, ta fête qui commence;

Les musiques, les chants, les cris de joie immense;

La Poule, mer qui bout au fei des passions,

Partout la foule, à terre, aux arbres, aux balcons,

Aux fenêtres, aux toits; puis par une duchesse

iux vers lus tout haut comme jadis en Grèce; Puis, au bout de - it mille Toulousains

Pleurant d'enthousiasme et frappant des deux mains ; Et, quand le mainteneur a nommé le poète, Que ce fier nom de bouche en bouche se répète, Lamartine, Méry, Musset ou bien Hugo, Des tonnerres humains hurlant « bravo, bravo ! »

Doux rêves! aussi moi j'avais eu ces idées!

mt que des femmes ridées.

Que trouve-t-on, en fait ? Sons leurs collets montants, Pour juger l'art noi îles d'ancien temps ;

En guise d'olympiade, une cérén Entre les quatre murs d'une chambre jaunie; En guise d'apparats, un piquet de pompiers Escortant trois bons vieux qui vont chercher à pieds Les métalliques fleur: re a bénites;

S'il éloge rempli d'éternelles redites-, ( l)

(l) Chaque année, l'éloge de Clémence Isaure est de rigueur.

Comme rïmeur, un niais de Lardenne ou de Til Encor plus inconnu que les sources du Nil ; Pourpublic, dos curés, des substituts, dos dames Saintemenl occupés du salai de leurs aines ; El sur toul ce1 ensemble, une profusion De haine pour Voltaire et de dévotion.

Ces! notoire : jama sun célèbre poète N'a voulu concourir à ce sémillant do fête, El jamais écrivain, vainqueur aux jeux Floraux, N'a vu son nom sortir dos recueils spéciaux. Youlez-vous être sùi du lys ? A la madone Dédiez un sonnet. Voulez-vous l'anémone ? Vantez le droil divii , blâmez Quatre-vingt-neuf, Ou traduisez Gerson en style de Brébœuf. Trouvez-vous plus flatteur d'avoir la viole Maudissez l'industrie et traitez Karr do bête. Enfin sifflez l'Empire, et les quarante amis Vous récompenseront par quarante soucis.

Sus au progrès ! A l as le lyr sme moderne ! A bas Gautier, et Sand, et loi d Byron, et Sterne! i La poésie esl morte o e1 pour bien l'établir,

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