‹ Les fleurs de CannesChapitre 50 sur 55 · BOUQUET D'ÉPIGRAMMES · texte numérisé non relu

BOUQUET D'ÉPIGRAMMES

Pour mettre à la boutonnière du journal de Toulouse, Journal d'un Gouvernement, (t)

Hier, du Canal on apporte une caisse.

Etail dessus escril avec la main :

« Au rédacteur du Journal toulousain ».

Quelque cadeau de Joinville! O liesse M

<• C'esl moi qui suis rédacteur » dil Gourdon.

6 Nenni, c'esl moi » dil Pujol, bon apôtre;

Mais quand on eul décloué le caisson

Et que dedans on ne vil que du son,

Plus n'ont voulu l'être ni l'un ni l'autre.

(\) Imprimé séparément, -h Bordeaux, 1859, cbei Gounouilh m, H8-77 millimètres, 50 centimes.

A sa servante on conte que Molière Lisait toujours chaque nouvel écrit Pour voir l'effet ; Gourdon de même agit. Hier matin donc, à nouvelle chambrière Qui point n'était au courant, de l'affaire, Mais qui savait ce que Gourdon peut faire, Cettui veut lire un fragment littéraire. Icelle alors de rire éclate el dit :

« Ores, monsieur, point ne m'est nécessaire Votre discours, puisque je sors du lit ».

Hier le Journal Toulousain Trouvait la paille trop chère:

g C'esl > dit un propriétaire « Qu'il craint de mourir de faim

Ne sais ]ilus trop quel grand roi de l'histoire, Au seul aspect d'une pomme, sans pouls Se laissai! choir. Tels ne sont pas chez nous Les rédacteurs d'une feuille notoire, Car chaque jour devant certaine poire Ces rédacteurs se mettent à genoux.

Pour endormir ses malades, la nuit, Dp médecin, comme un apothicaire, ,lus d'opium leur baille d'ordinaire.

( me ne suivez recette si vulgaire; Lisez Pujol... et l'effel est produit.

Qn jeune auteur, à peine jà nubile, Munit du papa redoutant les soufflets, Oncques n'osait aux acteurs de la ville Faire jouer certain sien vaudeville, « Moi, o dit I ujol n j'eus père plus facile Dans mon printemps; mais la raison hostile Qui m'empêcha, ce furent les sifflets... »

Aux jeux nigfuds où tou! nigaud s'adonne Ayant mandé onnel sur la mi Du lys d'arge il Pujol se croyait sûr; Mais un chan on le mainteneur lui donne En lui disant : t par pari refertur o.

Pujol et i épicier du coin Égauï en espi it doivent être.

Je n'en juge que par ce point :

L'un fabrique L'extrait de coing,

L'autre t'ait les cv traits do lettre.

Gourdon, déjà vétérinaire,

Vient d'être reçu médecin.

D'un tel docteur les gens ne diront guère : « Il n'est pas bon à soigner un carlin ».

Un enfant du Ce este-empire, Passant ici l'autre jour, voulut lire Ce que Pujol à ses lecteurs bourgeois

Sert iliaque dimanche du mois.

Un traducteur soudain on lui propose :

t< Et pourquoi ça? » dit l'homme jaune et rose

« Pas n'en ai besoin, je s ippose,

Puisque c'est écrit en et) nois ».

« Monsieur Pujol est tout, esprit »

Me disait hier un vieux notaire.

« Non, » lui répliquai-je < au contraire M'est avis qu'il est tout natière, Puisqu'il est lourd pour qui le lit. »

A l'épicier du coin jo demandais : « Eh bien! Quoi de nouveau '! — Ma foi ! je ne sais rien.

— Vous tenez cependant le Journal de Toulouse. — Cetlui chiffon?... Ni moi ni mon épouse Ne lisons ça. Céans si nous l'avons,

C'est qu'il faut du papier pour plier nos savons ».

Dimanche, Pujol à sa blonde Un bouquet de pavots donna.

« Quel pauvre cadeau que cela ! »

Dit la lille. Lui, répliqua :

« Le plus bel écrivain du monde Ne peut donner que ce qu'il a ».

« Vous dites que Pujol confond Euripide, Homère et Solon.

Quoi d'étonnant? Ce saint apôtre Pas ne connait de grec un iota ».

Erreur, monsieur, où voyez-vous cela?

La langue grecque et le bêta

Peuvent-ils aller l'un sans l'autre?

Dites-moi donc z-un peu, bonhoi La différence qu entre eux ont

Le Journal de Toulouse etl'courrier de Lyon? — C'est pas pu malin qu'une pomme :

C'courrier fut assommé, dit-on, Et 1' Journal de Toulouse assomme ».

« Ces écrivains soporifiques, Cyniques, louisphilippiques, Électriques, télégraphiques, (1) Alloue avecque vos critiques Vous voulez, à cequ'il pa ait, Les faire tourner en bourriques? »

Nenni, monsieur, puisque c'est déjà fait.

Dans un café, malgré cris et tapage,

Trop ayant lu Le Journal Toulousain,

Jean s'endormit. On l'éveille. Et soudain:

« Vous m'éveillez » dit-il « c'est moult dommage.

Car je rêvais qu'à chaque page

Ce journal d'esprit était plein ».

Ci-gît Pnjol que tua trop d'esprit.

De son trépas tu ne soupçonnais guéri

(I) Allusion à la manie obstinée qu'ils ont d'intituler ainsi les dépèches dépêche télégraphique, électrique, particulière e.

Cette cause extraordinaire :

Voilà pourquoi, passant, ou te le di

o Vous affirmez, petit auteur,

Que nous endormons 1<' lecteur; Comment ainsi pouvez-VÔUS donc médire ? Point ne voyez que, dedans les cafés Qui sont encor céans nos abonnés,

Les gens sont toujours éveillés ? »

Tout beau, toul beau! messieurs, calmez votre ire;

Cela je vois, mais je vais dire

Pourquoi ces gens sont exceptés :

C'est que pas ils ne savent lire.

Ces chroniqueurs, on peut le croire, Sont des chroniqueui s très heureux :

Car pour la soif, uni lois vieux, Ils au i encor une poire.

l'iijol. un certain jour, à gros actionnaire De son journal disail : o si le millionnaire Ne mangeant que faisan rôti Et ne buvant que du madère

Passe pour être tout matière, Vous prouvez quil contient aussi Quelques milligrammes d'esprit t.

Lors icelui, peu ilatté, lui réplique : « Apprenez qu'aux yeux de chacun, Électrique et télégraphique

Jamais n'ont lait, jamais ne feront qu'un

0 Pujol, écrivain plaisant, De vos dépèches électriques, Particulières et puhliques, Et lentes et télégraphiques, Et divines et diaboliques, Et classiques et romantiques, Trois cent soixante-cinq fois l'an, Contre toutes les rhétoriques Continuez très savamment De régaler les abonnés, et quand Ils apporteront leur argent, Donnez-leur en remerciment Quarante adjectifs au comptant.

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