‹ Les fleurs de CannesChapitre 51 sur 55 · CAUSERIES · texte numérisé non relu

CAUSERIES

Qu'à tous les diables soit votre premier-Toulouse, Cher lecteur; il m'ennuie, il m'assomme, et L'épouse De l'illustre Camard qui, dans un vase en grès, Jadis but la ciguë, a pour moi jjlus d'attraits. Ah ! l'aflligeant métier que d'être journaliste ! Mieux vaut être, à coup sûr, banquier, capitaliste, Voiie négociant, quoique chez ces ventrus L'esprit soit en raison inverse des écus. L'esprit ! il court la rue en notre aimable France, Mais aucun Archirnède encore n'a, je pense, Trouvé l'heureux secret d'en faire un fricandeau. Or que l'on soit poète, ou que l'on soit bedeau, Comme dit Rabelais, « faut pourvoir à la tripe ».

Rêver no nourrit pas. Quoi dommage, ô Mœnippe ! Le gi ognard qui digère un succulent rata, l'unie, el rêve en fumant; mais au moins celui-là A l'abdomen rempli. Que d'hommes de génie Qui se couchent le soir avec de l'harmonie Dans le duodénum en guise de pâté !

Pareil cas, à Paris, très souvent est cité. Heureusement, Toulouse offre plus de ressource. Si rarce surit fontes, une légère course Vous mène à la Garonne; et là, gratuitement, Tout bohème se peut régaler de vin blanc. « La Seine » direz-vous « du quai de la Râpée Jusqu'à l'île du Cygne offre même lippée ». D'accord; mais à Paris vous ne trouvez, hélas! Après ce bon coup d'eau, ni millet mmillas... Ce millas. ce doux met qu'en un fameux voyage, De Sparte rapporta le peuple Tectosage !

Avec ce nom d'ancêtre, ô charmant Toulousain,

Où je veux en venir vous ne le voyez brin,

Moi non plus. Toutefois, nous pouvons en conclure

Qu'ici, comme partout, pour qu'une chose dure,

Faut de l'argent, beaucoup; de l'esprit, encor plus.

L'argent !... voilà le mot caché sous mon rébus.

Or, pour que bien longtemps le Courrier des artistes

Puisse ébiler le foie à tous les pessimistes,

Puisse faire aux éclats rire Jes gens chagrins,

Puisse vous égayer de ses propos badins,

Puisse, chaque jeudi, de quelques épigrammes

Ou de quelques couplets aigus comme des lames,

E?ratiurner un fat ou lacérer un sot,

Poisse vous amuser plus qu'un tour de Bosco... Il faut que notre étoile au ciel ne soit pas sombre, Il faut «les abonnés, îles abonnés en nombre Suffisant pour solder la note à l'imprimeur. C'est pourquoi je me dis votre humble serviteur.

Arrivez ! arrivez ! ! Lalande, Tournefeuille,

Colomiers, Saint-Martin ont droit à notre feuille ;

Cornebarrieu de même. En ces villages-là,

Ainsi qu'un champignon végète le bêta.

Bien ! très bien ! De gros sous qu'il est grosse escarcelle,

Et nous le déclarons soudain un Fontenelle :

Mais, en particulier. De pareils compliments

Ne peuvent s'imprimer, nous craignons trop l'encens.

Si Lornon et Pujol en font leur nourriture.

Nous autres, nous dînons à nos frais, je vous jure,

Et nous ne flagornons que darne Vérité.

Arrivez ! ai rivez! ! Chacun est invité.

Nos articles céans valent bien ceux des autres.

Si nous ne récitons oncques les pati nôtres,

Ou si nous mangeons gras, peu vous doit importer.

Arrivez! le COURRIER saura VOUS contenter.

Sur ce, permettez-moi de secouer ma plume; Et veuillez m'excuser si sur la grandi! enclume Du grand Corneille pointées vers ne sonl frappés. Faut-il faire pleurer quelques nouvi aux Condés? Non. Rions tous alors; car, si je ne me blouse, J'ai fini, cher lecteur, votre premier-Toulouse.

« Battez, battez,' tambours; sonnez, sonnez, trompettes ».(1)

Avant de pérorer pardevant le publie,

Charlatan, bateleur, journaliste, loustic,

Dans la ville qui bâille ou dans les bourgs en fêtes,

Par prudence toujours doivent faire du bruit;

Sinon, il se pourrait que, jusques à la nuit,

Fatiguant leur larynx et desséchant leur langue,

Ils ne cueillissent pas le plus léger produit.

Parler sans auditeurs est pire que la cangue.

Cela, chers abonnés, vous explique à L'instant

Pourquoi, de prime abord, au haut de ma harangue,

Je mets ce vers d'autrui si pompeux, si bruyant.

Oyez-moi donc un peu. La semaine est bien pauvre;

Je ne sais, par ma foi, que vous dire aujourdhui.

Essayons : dans le ciel une comète a lui ;

La guerre est à la Chine et n'est pas au Hanovre ;

On a badigeonné trente vieilles maisons ;

Aux marchés on a vu les premiers champignons,

Et sur quelques réchauds les premières châtaignes ;

Lomon courait et court encore après l'esprit;

Pujùl, découragé, de courir a fini ;

Vestrepain fait les fers moins bien que les empeignes ;

(I) Premier vers d'une poésie ridicule insérée dans le Fla.vibeap.

Bremond, qui se nourrit de lauriers, meurt de faim ; Depuis que le Flambeau parmi nous s'est éteint, Le jour a moins d'éclat, et le médecin docte Aura pour son malade un dormitif de moins; Un escadron de rats, conduit par Pternotrocte Et par Artépiboule, avant-hier, sans témoins, Dans les bureaux pieux de la sainte Province, A presque dévoré l'édition trop mince D'un ouvrage fameux sur les Esprits frappeurs. Ce que c'est que le Ver et les souris rongeurs !

« Voilà o me direz-vous « vos plaisantes nouvelles, Journaliste aux abois, vous nous les flanquez belles Je flanque ce que j'ai. S'il n'est pas de nouveau, Il n'est pas de nouvelle ; à moins que mon cerveau N'invente des canards, et ne vous serve chaud. Le mot canard me fait penser à la musique, Penser à l'opéra comique ou non comique, Et penser au théâtre : à bientôt les débuts. Les programmes déjà partout sont répandus ; Le directeur promet une année homérique ; Or, qui vivra verra. Sans les canards, lecteurs Bénévoles, j'allais omettre, en mon grimoire, De vous parler vendange et vigne et vendangeurs. 0 crime, négligence, ingratitude noire ! Pour ce, j'avais pourtant mille bonnes raisons. La première est d'avoir, en guise de remèdes Pour l'estomac, mangé deux de ces palmipèdes ; La seconde est d'avoir, aux sarments verts et longs, Pendanl deux jouis, coupé grappes et grappillons ; Les oitres... n'est besoin d'arriver jusqu'à nulle. Sachez donc que les vins sont abondants ef bons.

Et laissez-moi pousser cinq exclamations:

Que le plaisir des champs rend le bonheur facile !

Qu'on y respire bien !! Que l'on s'y sent dispos ! ! !

Que Tityre est heureux à l'ombre de ses hêtres !! ! !

Que je plains ces ricbards qui, l'œil à leurs fenêtres,

Ont pour tout horizon les cafés, les tripots,

Et meurent, dans la ville, et d'ennuis et de peine ! ! ! ! !

N'aurai-je donc jamais un tout petit domaine?

En attendant, rimons, rédigeons, écrivons.

L'an procbain, si Dieu veut, encor nous reverrons

Ces champs, ces bois, ces prés, ces lieux que nous aimons

Ores, adieu paniers, les vendanges sont faites.

« Battez, battez, tambours ; sonnez, sonnez, trompettes. »

Courrier des artistes, septembre 1858.

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