CONTES POINTUS
On soutenait un jour qu'a toi droguiste, De Pourceaugnac petit-fils humoriste, Plus ne «levaient les chalands acheter, Parcequ'il n'a chez lui que de la drogue. C'est de Jocrisse un bon mot à citer, Si ce n'est pas une épigramme rogne.
Je répétai la bourde. Le marchand, Fier qu'un journal parlât de sa personne, Dans ce propos inséré plaisamment N'entrevoyait que réclame assez bonne; Mais sa moitié, grâce au yvan çtavrov Vit autre chose en telle expression.
Cette moitié, sous sa robe princière Garde toujours les us d'une chambrière; Son seul plaisir, c'est de jaser d'autrui,
Et qui jamais ne lui peut avoir nui, Ni ne daigna jamais s'occuper d'elle.
Par cela même à sa langue cruelle Est exposé. Le journal, elle voit.
Soudain criant, rugissant comme un dogue: « Ali ! tu n'as rien ici que de la drogue! » Dit-elle « et dans ce mot tu trouves... quoi?.. De la réclame... ô cerveau trop étroit. Las ! sans raison ni rime, de cet homme Jusqu'à présent si j'ai partout médit.
C'est que mon cœur flairait un ennemi.
Point, dans sa phrase, ores il ne me nomme. Mais à coup sûr c'est de moi que s'agit ».
Dans le pays aux jeux Floraux borné,
Certain banquier, déserteur de la barre,
Fut chez sa biche un jour fort étonné
De rencontrer un indiscret cigare.
Rien; vous savez, d'obtus comme un amant
Énamouré: qu'en pensez-vous, vraiment,
Lorsque de plus il est banquier? Ni lettre,
Ni quolibet des amis n'avaient pu
A son cerveau façonné pour Bicêtre
Rendre évident ce fait partout connu
Que sa maîtresse elle-même avait maître.
Jugez, devant l'implicite tabac,
S'il vit soudain, clair comme au fond d'un lac,
Qu'il était bien ce qu'on le disait être.
« Oh! « cria-t-il a à moi de pareils traits. A moi, banquier donl un banquier est père ! Si j'en croyais ma trop juste colère, Fille sans foi, céans je te battrais.
— Ose ! » Il osa, ce sauvage Bulgare. Lors celle-ci, loin de se gendarmer, « Sais-tu pourquoi » dit-elle « ce cigare Se trouve là?... Pour te faire former ».
Un avoué de la cité d'Isaure, De l'aube au soir et du soir à l'aurore, Va du Courrier disant le plus de mal.
Ce rabatin a moult raison, que diantre ! Notre Courrier est un piètre journal ; Et moi cpii tiens la lyre, un piètre chantre; Puisque, d'après ce critique moral, Nous faut juger des hommes par le ventre : Or, il le sait, mon ventre est très frugal. Lui, par contraire, il est là sans rival. Chez ses amis pour lécher l'assiette, Comme un caniche il est toujours en quête : Son appétit est même si glouton Que pour le voir manger, assure-t-on, Cens l'ont parfois pris à leur régalade. Le fait suivant qui point n'est gascon riade Le prouve.
Un jour qu'il était fort malade Et qu'il avait l'ordre exprès déjeune, .
On voulut voir s'il pourrait se borner. Quelqu'un, au liou d'une tisane fade, Vienl tout joyeux le quérir pour diner. Notre homme a l'air d'abord de s'étonner ;
Mais du quelqu'un la charmante quelqu'une, Dame aux yeux noirs, à la peau lisse et brune, Tout aussitôt lui vient en dire autant. Douce tentation ! Il hésite pourtant.
Enfin le fils d'iceux qui trempait dans la ligue, Se présente à son tour avec un grand éclat, Et lui dit: « cher ami, nous avons certain plat... Tu vas voir... Ce plat seul vaut un peu de fatigue ». Que vouliez-vous qu'il fit contre trois ?... qu'il... Dînât!!