‹ Les fleurs de givreChapitre 29 sur 51 · CURÉ DE BRIGHTON, CHICAGO · texte numérisé non relu

CURÉ DE BRIGHTON, CHICAGO

Le sort vous a poussé hors du vallon natal,

Et le vent de l’exil souffle dans votre voile;

Mais toujours devant vous, noble ami, luit l’étoile Qui montre le chemin aux chercheurs d’idéal.

Vous êtes loin, bien loin ; mais toujours dans votre âme Survit le souvenir du pays des aïeux,

Où la France a tracé son sillon radieux,

Où la foi dans les cœurs garde toute sa flamme.

Toujours vous chérissez le fleuve solennel

Que nos grands bois touffus ombragent de leur dôme

Vous chérissez le vieil et suave idiome

Que sur vos lèvres mit le baiser maternel.

INTIMA VERBA

Avec toute l’ardeur modeste des apôtres.

Soutenu par l’espoir, conscient du danger,

Vous luttez constamment, sous le ciel étranger. Pour faire aimer le Christ et défendre les nôtres.

Vous vous heurtez souvent au sarcasme moqueur D’implacables jaloux méditant notre perte.

A tous les suppliants votre main est ouverte;

Quand vous n’avez plus d’or, vous donnez . votre cœur „

Grâce à la charité dont le feu vous embrase, Rayonne un sanctuaire, aux modestes lambris, Où bien des pèlerins fatigués et meurtris Viennent se retremper aux sources de l’extase,

Votre zèle est passé dans votre humble troupeau ; Et votre nom vivra sans fin dans sa mémoire. Brillant comme un reflet du flambeau de la gloire. Vibrant comme les plis de quelque fier drapeau !

AU PRINTEMPS

A J ,-M . Fleury.

Te Deum laudamus! ... Avril A chassé les froids, le grésil,

Les avalanches .

Notre printemps est de retour, Et partout un frisson d’amour Court sous les branches.

La vie a germé de la mort.

Adieu les bourrasques du nord !

La brise est chaude.

Où le frimas étincelait

INTIMA VERBA

L’herbe naissante a le reflet De l’émeraude.

Même dans l’arbre renversé La sève bout à flot pressé Et s’extravase.

Dans le val désert et muet La source, où rien ne remuait.

Palpite et jase.

Le soleil argente l’arceau Du pin et l’azur du ruisseau;

La feuille pousse;

La pervenche s’épanouit;

Des hymnes montent jour et nuit Des nids de mousse.

Voilé d’un diaphane encens,

Avec mille bruits caressants Le flot déferle;

Et, le soir, l’astre au firmament Luit de l’éclat du diamant Et de la perle.

D’âcres parfums sortent des eaux.

Le vent, balançant les roseaux,

AU PRINTEMPS

Chasse la brume.

Le bosquet semble un reposoir, Et, comme un énorme encensoir, Le coteau fume.

Oh ! oui, tout est ressuscité ;

Tout reprend sa fécondité Et sa caresse.

Hommes et bêtes sont joyeux.

La nature aux cœurs comme aux yeux Jette l’ivresse.

Cependant le charme inouï Que prodigue à l’être ébloui Mai qui flamboie,

Hélas ! ne sait plus m’émouvoir; Mon âme est fermée à l’espoir Comme à la joie.

Je songe qu’une autre saison Va ternir encor le gazon Et les étoiles.

Je revois neiges et glaçons; Et je sens déjà des frissons Jusques aux moelles.

INTIMA VERBA

Du sombre hiver je suis hanté.

Comme un poète l’a chanté Dans sa tristesse,

Celui que le sort a blessé « N’a qu’un printemps, c’est son passé, « C’est sa jeunesse!»

Après la neige et le froid noir, Je me plais pourtant à revoir Le lis éclore,

Rutiler le soleil joyeux Sur les tombeaux silencieux Qu’il baigne et dore.

Je me plais, désertant mon seuil, Lorsque du merle ou du bouvreuil Les chants s’éveillent,

A rentrer dans les champs étroits Où, couchés au pied de la croix, Les miens sommeillent.

Dans le cimetière dormant Je retrouve un isolement

AU PRINTEMPS

Qui me repose;

Je rêve qu’avant bien des jours J’irai là poser pour toujours Mon front morose.

Je rêve qu’en un soir de mai, Au flanc d’un coteau parfumé De l’âpre Beau ce,

Sous la terre je sentirai Qu’une fleur du sol adoré Croît sur ma fosse;

Que cette fleur du doux pays Où je reçus d’êtres chéris L’adieu suprême.

Avec ses lèvres de carmin Peut-être aura baisé la main De ceux que j’aime.

Et je compte qu’à son parfum,

A pas lents, dans l’ombre, quelqu’un, Dont je vénère Les nobles et pieux accents,

Viendra parfois mêler l’encens D’une prière.

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