L’AVALANCHE
Un jour du mois de mars sur le flanc des Rocheuses..
Le soleil éclatant fond les couches neigeuses Enveloppant les monts couronnés par l’éther. Pas un souffle de vent ne tressaille dans l’air. Pas un nuage au ciel ne fait tache. Un silence Inexprimable dort sur l’étendue immense.
On dirait que la paix des temps originels A toujours habité les glaciers éternels.
Dans les plis sinueux et clairs de chaque pente Comme un boa d’argent un ruisselet serpente; Et sur les gorges plane une rose vapeur.
Mais soudain, au milieu de ce calme trompeur.
Où l’on entend à peine un gazouillis d’eau vive, Eclate le sifflet d’une locomotive.
Un train de voyageurs s’avance . Le voici
Qui sort en rugissant d’un massif obscurci Par la fumée aux flots tourbillonnants qu’exhale Le grand monstre de fer. Plus prompt que la rafale A travers l’infini du brumeux Océan,
Il rase l’entonnoir d’un abîme béant
Dont la profondeur sombre et morne est insondable.
Tout à coup un fracas sinistre et formidable Retentit, dominant les mille bruits d’enfer Du convoi tortueux sur les longs rails de fer... Horreur ! . . . Un lourd fragment d’un glacier géant glisse. . . Et les pesants wagons dans l’affreux précipice Croulent, tordus, troués, réduits en mille éclats,
Cent malheureux blessés gisent sur le verglas,
Affolés de douleur, éperdus d’épouvante;
Et parmi les lambeaux de chair encor vivante,
Parmi les ais, les freins, les ressorts, les essieux,
Des bras désespérés se tendent vers les cieux,
Des cris et des sanglots dans des râles s’éteignent.
Un grand fauve de loin flaire les corps qui saignent Dans la neige roulant en épais tourbillons