‹ Les fleurs de givreChapitre 45 sur 51 · L AVALANCHE · texte numérisé non relu

L AVALANCHE

Sui la pente traîtresse; et demain les rayons Du soleil matinal, glissant au fond du gouffre, En vain y chercheront le voyageur qui souffre, N y verront se mouvoir que les lynx et les ours.

Par moments, tout se tait dans les défilés sourds :

Seuls les sinistres cris des hiboux sous les arbres Profilant leurs troncs froids et blancs comme des marbres,. Interrompent le long silence du désert Farouche et monotone où le regard se perd.

Rien de plus saisissant que ce silence morne Planant comme la mort dans l’espace sans borne;

Et l’on dirait que l’air même est tout attristé Par ce coup si brutal de la fatalité.

Maintenant le vent pleure à travers les Rocheuses,.

Tous les agonisants et les morts entassés

Hélas ! sont disparus sous les replis glacés

Du suaire tramé des fils de l’avalanche

Qui d’instant en instant choit d’une cime blanche.

Et de même qu’on croit parfois sous terre ouïr Ceux que le fossoyeur se hâte d’enfouir,

Il nous semble, penchés sur la nouvelle tombe, Entendre de l’abîme, où déjà le soir tombe,

Monter une plaintive et poignante rumeur.

Enfin tout bruit au loin décroît, s’efface et meurt. Et, comme pour cacher l’horreur de ce désastre, Une nuit glaciale, où ne brille aucun astre,

Où pas un être humain ne bouge, pas un seul,

Sur le blanc précipice étend son noir linceul,

T^ESinffîEXlT

Resurrexit! . Un ange a renversé la pierre

Qui recouvrait hier le tombeau du printemps. Floréal est vainqueur des glaces, des autans. Et son flamboîment fait clignoter la paupière.

En larges nappes d’or s’épanche la lumière Sur nos bois que la neige a voilés si longtemps.

La fleur brille, et les cœurs aux espoirs éclatants Se rouvrent comme aux feux du ciel la primevère.

AU FIL DES HEURES

Et souvent notre œil voit, dans le ravissement,

La nuit, irradier au fond du firmament

Les sables lactescents du chemin de Saint-J acques.

Tout chante et resplendit sous le flambeau vernal,

Et la forêt, le champ, la colline et le val

Ont l’éclat triomphant d’un clair matin de Pâques.

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