A EDMOND ROSTAND
Elle monte, elle monte et monte encore, encore Puis elle fait pleuvoir dans l’air calme et sonore Les notes d’un refrain sans fin et sans pareil.
Le doux poète ailé, dans ses envols sublimes, Embrassant du regard toute l’immensité,
Voyant au loin décroître et s’effacer les cimes, S’aplanir de la mer le grand flot tourmenté, Applaudit l’homme au champ d’un cri plein de gaîté, Nargue l’aboi des loups et l’horreur des abîmes.
Comme l’oiseau gaulois dans l’infini du ciel,
La France dit un chant qui jamais ne s’achève... Jetant aux travailleurs un vivat fraternel,
Dans les sphères de l’Art toujours elle s’élève, Et, l’œil vers l’Idéal, sur les ailes du Rêve,
Se rit des envieux qui lui crachent le fiel.
Oui, la France ressemble à la libre alouette Dont le trille, au matin, éclate le premier Et fait taire aussitôt le hibou, la chouette.... Non pas au coq banal, stupide et chicanier, Qui, roi de basse-cour, trône sur un fumier, Et, ne pouvant monter, se moque du poète.
AU FIL DES HEURES
Elle ne prétend pas, comme ton Chantecler,
Faire lever l’aurore. Etant lumière et vie,
Elle lance partout un fécondant éclair;
Et si ses chants d amour, que chaque peuple envie Cessaient de caresser son oreille ravie,
L’Europe ne serait bientôt qu’un morne enfer.
^Non, non, le coq n est pas l’oiseau qui nous rappelle
La nation planant sur les plus fiers sommets .
C’est la reine des airs, la sœur de l’hirondelle,
Qu à l’aube nul rival ne devance jamais,
Qui chante au firmament pour dire de plus près Au maître souverain sa chanson immortelle.
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