‹ Les fleurs de la poésie canadienne. 2. éd., augmentée et précédée d'une préfChapitre 23 sur 73 · LA CHAPELLE DE TADOUSSAC · texte numérisé non relu

LA CHAPELLE DE TADOUSSAC

fALUT, ô nuit d'été ! rumeurs harmonieuses Qui montez de la grève aux collines poudreuses ^jj^ Qu'un jour Cartier foula !

Salut, humble clocher de l'antique chapelle Qui domine les flots et dont la voix rappelle Les flls de Loyola !

Dis-moi, tandis qu'épris des soupirs de la brise. De la vague qui pleure et se roule et se brise

Au pied de ces talus.

Je crois ouïr au loin comme une âme qui prie Et, montant vers le ciel, parle à ma rêverie

Des jours qui ne sont plus ;

Dis-moi, que cherchaient-ils ces bons missionnaires Dont les mains ont béni tes lambris séculaires ?

L'or ou la volupté ?

Au siècle où nous vivons ces dons plaisent aux hommes; A nous le temps suffit, aveugles ((ue nous sommes !

Eux ont l'éternité !

" Longtemps, pareil au lynx à l'œil faux et pertide, " Le mal, à notre insu, nous imposa ses lois ; " Prions ! prions, enfants des bois !

" Prions ! laissons le mal aux cruels Iroquois : " Le soleil des chrétiens nous éclaire et nous guide !

" Il donne leur arôme aux fleurs, " Il enseigne au castor à bâtir ses cabanes ;

" Sa parole a séché nos pleurs, " Sa main verse la paix autour de nos savanes.

" Plus suave qu'un soir d'été, " A ses festins d'amour notre Dieu nous appelle.

" Pour nous, de nos maux attristé, *' Il vient chaque matin visiter sa chapelle !

" O Dieu ! c'est toi qui nous soutiens " Au fond de nos forêts, dans nos chasses lointaines ;

" Qui fais tomber dans nos liens " Et les oiseaux de l'air et le gibier des plaines.

" Toi seul, tu calmes la douleur, " Quand la dent de la faim ron^e notre poitrine !

" Souffrir ! c'est encor le bonheur !

" N'ea-tu pas mort pour nous, là-bas, sur la colline ?

" Tes prêtres nous ont enseigné " A craindre des méchants la présence funeste ;

" Mais pour eux ton cœur a saigné :

" Pour nous tous, o Jésus, que ton pardon nous reste.

" Pareils à la taupe sans yeux, " Ils errent dans la nuit au fond de leur ornière :

" Par pitié, fais briller pour eux " Le plus petit rayon de ta grande lumière !

" Dieu, descends sur nos coteaux !

" Viens dans ta magnificence !

" Pour t' adorer en silence, " Les tribus, dans leurs bateaux, " Ont franchi l'espace immense :

" Dieu, descends sur nos coteaux ! "

Plus doux que la chanson des lointaines cascades, Qui grandit, murmure et s'enfuit.

Résonnaient les accents des naïves peuplades. Montant sur l'aile de la nuit ...

Ils s'élevaient encor ; la mer impétueuse,

Aplanissant son large dos, Vint mêler sur la plage à leur note pieuse

Le chant moins grave de ses flots . . .

92 LOfTIS-.T.-C. FISET

Ces jours sont déjà loin dans la brume des âges Où chantaient et priaient les peuplades sauvages

Dans l'anse au sable d'or ! . , .

Leur trace a disparu dès longtemps de ces rives ; Mais on entend, le soir, leurs voix lentes, plaintives,

Qui s'éveillent encor.

Elles semblent pleurer le destin de leur race Qui recule sans bruit, s'amoindrit et s'efface

Pour nous céder le pas, Semblable à ses forêts, naguère si voisines. Dont le feu dévorant a rongé les racines.

Qui ne renaîtront pas.

Phare du voyageur, seule au bord de la dune. Leur chapelle a bravé la ruine commune

Et triomphe du temps !

Comme pour annoncer que l'Eglise de Pierre Jusques au dernier jour bénira de la terre

Les derniers habitants !

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