NOS PETITS CERCUEILS
[HAQUE fois que je passe auprès du cimetière, Mes yeux, involontairement, Y relisent mon nom gravé sur une pierre ; Et je m'émeus profondément.
Je m'imagine alors qu'au delà du mur sombre,
Mon nom soudain a résonné, Et que la mort est là, qui m'appelle dans l'ombre,
Comme si l'heure avait sonné !
C'est la chair de ma chair qui dans ce lieu sommeille, Un fils que nous nommions Henri ;
Et l'aspect de sa tombe en mon âme réveille Son souvenir toujours chéri !
Il était né là-bas, sur le sol de la France ;
Mais de Paris, son lieu natal, Il avait rapporté ce germe de souffrance
Qui lui devait être fatal.
A.-HASILK RorTHIEl! 140
Je n'oublîrai jamais la profondeur étrange De ses grands yeux d'azur bruni,
Qui semblaient posséder quelque chose de l'ange, Et regarder vers l'infini !
En vérité, la vie est un pèlerinage
Accompagné de bien des deuils ! . . .
Et nul n'y peut longtemps poursuivre son voyage Sans y semer quelques cercueils !
Ils sont trois maintenant qui dans la mort attendent
Les auteurs de leurs jours. . .
C'est le terme fatal où toutes choses tendent,
Avec tous nos amours !
Au début du voyage, à la céleste voûte
Ils se sont élancés !
Et dans des lieux divers j'ai laissé sur ma route
Leurs tombeaux dispersés.
Boutons à peine éclos à l'arbre de la vie,
Ils s'en allaient fleurir, Quand les anges de Dieu, pour orner la Patrie,
Sont venus les cueillir !
L'un mourut en naissant ; l'autre semblait promettre
De vivre de longs jours.
Lorsqu'un décret subit et sévère du Maître
Vint en trancher le cours.
Nous l'avons bien pleuré, notre petit Gustave !
Il était si charmant, Avec ses yeux rêveurs, sa ligure suave,
Et son babil constant !
Quand je retourne aux lieux où repose leur cendre,
Je sens qu'ils sont heureux, Et que mes pleurs, hélas ! j'aurais dû les répandre
Sur moi, non pas sur eux !
Que de chagrins, mon Dieu ! dans une vie entière !
Si nous comptions nos deuils, Nous voudrions aller rejoindre au cimetière
Tous nos petits cercueils !