‹ Les fleurs de la poésie canadienne. 2. éd., augmentée et précédée d'une préfChapitre 45 sur 73 · SAINT-MALO · texte numérisé non relu

SAINT-MALO

^oici lapre Océan.

La houle vient lécher Les sables de la grève et le pied du rocher Où Saint-Malo, qu'un bloc de sombres tours crénelle, Semble veiller, debout comme une sentinelle. Sur les grands plateaux verts, l'air est tout embaumé Des arômes nouveaux que le souffle de mai Mêle à l'acre senteur des pins et des mélèzes -^* ' Qu'on voit dans le lointain penchés sur les falaises. Le soleil verse un flot de rayons printaniers ^

Sur les toits de la ville et sur les blancs huniers '*T Qui s'ouvrent dans le port, prêts à quitter la côte. C'est un jour solennel, jour de la Pentecôte.

La cathédrale a mis ses habits les plus beaux ; Sur les autels de marbre un essaim de flambeaux Lutte dans l'ombre avec les splendeurs irrisées Des grands traits lumineux qui tombent des croisées.

Agenouillé tout près des balustres bénits. Un groupe de marins que le hâle a brunis. Devant le Dieu qui fait le calme et la tempête, Dans le recueillement prie en courbant la tête.

Un homme au front serein, au port ferme et vaillant,

Calme comme un héros, fier comme un Castillan,

L'allure mâle et l'œil avide d'aventure,

Domine chacun d'eux par sa haute stature.

C'est Cartier, c'est le chef par la France indiqué ;

C'est l'apôtre nouveau par le destin marqué

Pour aller, en dépit de l'Océan qui gronde,

Porter le verbe saint à l'autre bout du monde !

Un éclair brille au front de ce prédestiné.

Soudain, du sanctuaire un signal est donné.

Et, sous les vastes nefs pendant que l'orgue roule

Son accord grandiose et sonore, la foule

Se lève, et, délirante, en un cri de stentor,

Entonne en frémissant le Veni, Creator !

De quels mots vous peindrais-je, ô spectacle sublime ? Jamais, aux jours sacrés, des parvis de Solime, Chant terrestre, qu'un chœur éternel acheva, Ne monta plus sincère aux pieds de Jéhova !

L'émotion saisit la foule tout entière,

Quand, du haut de l'autel, l'homme de la prière,

Ému, laissa tomber ces paroles d'adieu :

" Vaillants chrétiens, allez sous la garde Dieu ! "

(3 mon pays, ce fut dans cette aube de gloire Que s'ouvrit le premier feuillet de ton histoire ! Trois jours après, du haut de ses mâchecoulis Par le fer et le feu mainte fois démolis, Saint-Malo regardait, fendant la vague molle, Trois voiliers qui doublaient la pointe de son mole,

Et, dans les reflets d'or d'un beau soleil levant,

Gagnaient la haute mer toutes voiles au vent.

Le carillon mugit dans les tours ébranlées ;

Du haut des bastions en bruyantes volées

Le canon fait gronder ses tonnantes rumeurs ;

Et, salués de loin par vingt mille clameurs,

Au bruit de l'airain sourd et du bronze qui fume,

Cartier et ses vaisseaux s'enfoncent dans la brume !

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