‹ Les fleurs de la poésie canadienne. 2. éd., augmentée et précédée d'une préfChapitre 53 sur 73 · LA TOMBE DE CADIEUX · texte numérisé non relu

LA TOMBE DE CADIEUX

f'^UR un îlot désert de l'Ottawa sauvage, \ Le voyageur remarque, à deux pas du rivage, ^^ Un tertre que la ronce achève de couvrir : Un jour, quelqu'un ici s'arrêta pour mourir.

L'humble tombe des bois n'a ni grille ni marbre ; ' Mais, poète naïf, à l'écorce d'un arbre Cet étrange mourant confia son regret.

Jetant sa plainte amère au vent de la forêt. La légende a doré cette histoire touchante : L'arbre n'est plus debout ; mais le peuple qui chante, Bien souvent, au hameau, fredonne en soupirant La complainte qu'alors chanta Cadieux mourant.

O sinistre Ottawa, combien de sombres drames Dieu n'a-t-il pas écrits dans le pli de tes lames Et sur les flancs rugueux de tes âpres récifs ! Dans les ombres du soir, combien de cris plaintifs, Combien de longs sanglots, combien de plaintes vagues Ne se mêlent-ils pas aux clameurs de tes vagues ? Ah ! c'est que, sous tes flots et dans les sables mous. Bien des corps délaissés dorment dans les remous !

Ceux-là n'ont pas même eu leurs quelques pieds de

[terre : Leur linceul est l'oubli, leur tombe est un mystère. Jamais, au fond des bois, le touriste rêvant Ne lira leurs adieux sur le bouleau mouvant :

Et, le soir, au foyer, nulle voix printanière Ne mêlera leurs noms aux chants de la chaumière. Pour eux nuls souvenirs, nul bruit de pas aimés . . . Dans vos tombeaux errants, pauvres perdus, dormez !

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