‹ Les fleurs de la poesie canadienneChapitre 10 sur 73 · PREMIÈRE COMMUNION · texte numérisé non relu

PREMIÈRE COMMUNION

Laissez venir à moi tous ces petits enfants ;

Le royaume des cieux est pour qui leur ressemble,

A dit le doux Jésus. Les petits tous ensemble S’avancèrent sans crainte, émus et triomphants.

Et lui, le grand docteur, l’oracle, la sagesse,

Près de lui, tour à tour, souriant les plaça,

S’inclina tendrement et puis les embrassa.

Laissant tous les savants rire de sa faiblesse ;

Car l’homme, c’était tout aux yeux du pharisien,

La femme, peu de chose... et l’enfant n’était rien.

Laissez venir à moi toutes ces jeunes têtes,

Dit le Seigneur Jésus. Dans ses plus belles fêtes.

Du fond du tabernacle il nous appelle encor ;

Il n’attend point que l’âge ait mûri nos pensées,

Il les prend en leur fleur à peine commencées,

Et tous les séraphins avec leur harpe d’or Font résonner des cieux l’harmonieuse enceinte,

Quand par vous conviés devers la table sainte, » Seigneur, en longue file, émus et triomphants,

Pour la première fois s’avancent vos enfants.

Laissez venir à moi ces pauvres jeunes âmes,

Dit -il encore : au ciel assurons leur bonheur,

Avant que du démon les embûches infâmes Ne troublent leur éclat, ne souillent leur candeur.

(1) Ces vers furent composés à l’occasion d’une fête de première communion dans un couvent de la Congrégation de Notre-Dame. Ils devaient être récités par la fille de l’auteur devant Monseigneur de Montréal ; de là cette strophe de circonstance qui termine la pièce :

Laissez venir à moi tous ces petits enfants,

Dit un jour une femme à nos anciens sauvages ;

Prêtez-moi-les un peu : je vous les rendrai sages Et meilleures, qui sait ? que les enfants des blancs.

Les blancs, les Iroquois, lui donnèrent leurs filles,

Les plus rebelles comme aussi les plus gentilles.

Son œuvre existe encor ; ses desseins triomphants Sont inscrits radieux aux pages de l’histoire :

Mais pour mieux assurer leur bonheur et sa gloire,

Ne cessez. Monseigneur, de bénir ses enfants.

P.-J.-O. CHAUVEAU

Et l’on voit s’envoler mille blanches colombes,

Et les mères, hélas ! sur de nouvelles tombes Ne cessent de pleurer. Les plaintes de Rachel Redisent dans Rama leur désespoir cruel ;

Plus d’une ne veut point, dans sa colère folle, Que la main de Dieu même un instant la console !

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