PREMIÈRE COMMUNION
Laissez venir à moi tous ces petits enfants ;
Le royaume des cieux est pour qui leur ressemble,
A dit le doux Jésus. Les petits tous ensemble S’avancèrent sans crainte, émus et triomphants.
Et lui, le grand docteur, l’oracle, la sagesse,
Près de lui, tour à tour, souriant les plaça,
S’inclina tendrement et puis les embrassa.
Laissant tous les savants rire de sa faiblesse ;
Car l’homme, c’était tout aux yeux du pharisien,
La femme, peu de chose... et l’enfant n’était rien.
Laissez venir à moi toutes ces jeunes têtes,
Dit le Seigneur Jésus. Dans ses plus belles fêtes.
Du fond du tabernacle il nous appelle encor ;
Il n’attend point que l’âge ait mûri nos pensées,
Il les prend en leur fleur à peine commencées,
Et tous les séraphins avec leur harpe d’or Font résonner des cieux l’harmonieuse enceinte,
Quand par vous conviés devers la table sainte, » Seigneur, en longue file, émus et triomphants,
Pour la première fois s’avancent vos enfants.
Laissez venir à moi ces pauvres jeunes âmes,
Dit -il encore : au ciel assurons leur bonheur,
Avant que du démon les embûches infâmes Ne troublent leur éclat, ne souillent leur candeur.
(1) Ces vers furent composés à l’occasion d’une fête de première communion dans un couvent de la Congrégation de Notre-Dame. Ils devaient être récités par la fille de l’auteur devant Monseigneur de Montréal ; de là cette strophe de circonstance qui termine la pièce :
Laissez venir à moi tous ces petits enfants,
Dit un jour une femme à nos anciens sauvages ;
Prêtez-moi-les un peu : je vous les rendrai sages Et meilleures, qui sait ? que les enfants des blancs.
Les blancs, les Iroquois, lui donnèrent leurs filles,
Les plus rebelles comme aussi les plus gentilles.
Son œuvre existe encor ; ses desseins triomphants Sont inscrits radieux aux pages de l’histoire :
Mais pour mieux assurer leur bonheur et sa gloire,
Ne cessez. Monseigneur, de bénir ses enfants.
P.-J.-O. CHAUVEAU
Et l’on voit s’envoler mille blanches colombes,
Et les mères, hélas ! sur de nouvelles tombes Ne cessent de pleurer. Les plaintes de Rachel Redisent dans Rama leur désespoir cruel ;
Plus d’une ne veut point, dans sa colère folle, Que la main de Dieu même un instant la console !