‹ Les fleurs de la poesie canadienneChapitre 17 sur 73 · AUX MARINS DE « LA CAPRICIEUSE · texte numérisé non relu

AUX MARINS DE « LA CAPRICIEUSE

Quoi ! déjà nous quitter : Quoi ! sur notre allégresse Venir jeter sitôt un voile de tristesse ?

De contempler souvent votre noble étendard Nos regards s’étaient fait une douce habitude.

Et vous nous l’enlevez ! Ah ! quelle solitude Va créer parmi nous ce douloureux départ !

Vous partez, et bientôt, voguant vers la patrie,

Vos voiles salûront cette mère chérie !

On vous demandera, là-bas, si les Français Parmi les Canadiens ont retrouvé des frères.

Dites-leur que, suivant les traces de nos pères,

Nous n’oublîrons jamais leur gloire et leurs bienfaits.

Car, pendant les longs jours où la France oublieuse Nous laissait à nous seuls la tâche glorieuse De défendre son nom contre un nouveau destin.

Nous avons conservé le brillant héritage Légué par nos aïeux, pur de tout alliage,

Sans jamais rien laisser aux ronces du chemin.

Enfants abandonnés bien loin de notre mère.

On nous a vus grandir à l’ombre tutélaire D’un pouvoir trop longtemps jaloux de sa grandeur Unissant leurs drapeaux, ces deux reines suprêmes Ont maintenant chacune une part de nous-mêmes : Albion notre foi, la France notre cœur.

Adieu, noble drapeau ! Te verrons-nous encore ? Déployant au soleil ta splendeur tricolore,

Emportant avec toi nos vœux et notre amour.

Tu vas sous d’autres cieux promener ta puissance.

Ah ! du moins, en partant, laissez -nous l’espérance De pouvoir, ô Français, chanter votre retour.

Ces naïfs paysans de nos jeunes campagnes Où vous avez trouvé vos antiques Bretagnes,

Au village de vous parleront bien longtemps.

Et quand viendra l’hiver et ses longues soirées,

Des souvenirs français ces âmes altérées Bien souvent rediront le retour de nos gens !

Comme ce vieux soldat qui chantait votre gloire,

Et dont, barde inconnu, j’ai raconté l’histoire,

Sur ces mêmes remparts nous porterons nos pas ;

Là, jetant nos regards sur le fleuve sonore,

Vous attendant toujours, nous redirons encore :

Ne paraissent-ils pas ?

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