‹ Les fleurs de la poesie canadienneChapitre 21 sur 73 · L’ALOUETTE · texte numérisé non relu

L’ALOUETTE

Voici le jour ; n’entends-tu pas le chant de l’alouette qui s’élève sur la rive ?

Shakespeare.

Alouette

Gentillette,

Ta^voix jette /

OCTAVE CRÉMAZIE

Chaque matin un chant si radieux,

Si sonore,

Que l’aurore Doute encore

S’il naît sur terre ou s’il descend des cieux.

Dans le bois solitaire,

D’un chant mélodieux Le rossignol, ton frère, Jette les sons joyeux.

Toi sur la rive humide Où s’arrêtent les flots.

Ta voix douce et rapide Vient consoler nos maux.

C’est pour toi que l’aurore Vient dissiper la nuit ; Pour toi le soleil dore Chaque fleur, chaque fruit ; C’est pour toi que la rose, Ouvrant ses yeux pourprés, Répand, à peine éclose.

Ses parfums dans les prés.

Car ta voix matinale, Saluant le soleil Et la fleur virginale A son premier réveil, Répand dans la nature Tous ses brillants accords, Et se mêle au murmure Des vagues sur nos bords.

Quand la nuit de son voile Assombrit l’horizon,

A la première étoile,- Tu redis ta chanson ;

Ainsi, douce alouette,

Ta voix chante toujours.

Et la mort seule arrête Tes chants et tes amours.

Au matin de nos jours, quand l’avenir en fleurs Étale devant nous ses riantes couleurs,

Nous trouvons dans notre âme,

Pour saluer la vie, un chant pur et joyeux,

Car le bonheur alors brille devant nos yeux Comme un rayon de flamme.

Mais, comme l’alouette, à l’approche du soir.

Brisés par la douleur, trompés dans leur espoir,

Nos cœurs pleins de tristesse Ne trouvent plus, hélas ! leurs accents du matin,

Car ils ont vu se perdre aux ronces du chemin

Les chants et les vertus qui charmaient leur jeunesse.

Mgr LAVAL,

Page 1